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Evergrey : "Monday morning apocalypse"
Metal régressif

mercredi 17 mai 2006, par Geoffroy Bodart

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On m’avait à l’époque présenté Evergrey comme un groupe de metal progressif. Mon œil. C’était un groupe de metal tout court. La musique était technique et les albums étaient conceptuels, certes, mais ce n’était quand même que du metal. Comme j’étais en plein trip progressif, un genre beau et noble, à ce moment-là, je les avais dédaigneusement laissés de côté. Aujourd’hui, je suis guéri et je me permets une analyse circonstanciée d’Evergrey : des cheveux longs, une origine nordique, du cuir, des clopes et du whiskey, plus de doute, c’est du metal !

Il a tout pour réussir, ce brave groupe. Un guitariste qui joue tout plein de notes en très peu de temps, un batteur avec des bras comme des cuisses, un bassiste qui ne la ramène pas trop, un claviériste qui peut faire autant dans le grandiloquent que dans le petit piano tout intimiste, et un chanteur-guitariste à la voix rauque et profonde, une vraie voix de mec qu’on aimerait pouvoir prendre quand on a quelque chose à dire à son patron.

Avec cette nouvelle livraison, Evergrey a simplifié le propos, supprimant ainsi tout doute qui aurait pu subsister quant au genre pratiqué. La technique est toujours là, mais moins démonstrative. Et surtout, pratiquement tous les morceaux sont centrés autour d’un riff et d’un refrain composé pour être repris par la foule en concert. Plus fédérateur, plus basique, et pratiquement exempt de toute orchestration, cet album risque de larguer en cours de route quelques amateurs qui appréciaient le caractère un poil plus trifouillé de leur musique. Mais il a également toutes les chances d’accrocher au passage toute une marmaille de headbangers qui préfèrent aux albums conceptuels des morceaux courts, rapidement assimilables et plus conventionnels dans la forme. C’est tant mieux pour tous ceux-là qui vont pouvoir faire connaissance avec la voix énorme de Tom S. Englund, véritable attraction du combo (les autres musiciens, pour autant talentueux qu’ils soient, ne se démarquant jamais vraiment de la horde et ne tranchant jamais avec les poncifs du genre).

Et forcément, comme on est en droit de l’attendre de la part d’un groupe de heavy suédois, ça dépote, et ce dès les premières secondes. Et l’énergie brute qui est le moteur de l’album ne cède que très rarement sa place à l’un ou l’autre petit intermède au piano, comme ce passage au milieu de In remembrance, ou le court instrumental Till Dagmar. Et pour ne pas finir sur une chanson similaire à toute la fournée, c’est également sur une ballade au piano, très sobre, mais pas renversante, que se conclut l’album. Ces quelques accalmies sont les bienvenues, non pas parce qu’elles permettent de souffler (l’album n’est pas si violent que ça au final) mais parce qu’elles apportent un peu de diversité, évitant de confronter l’auditeur à un disque linéaire, et permettent finalement de mieux profiter des différents assauts et cavalcades qui sont le lot du reste des compositions. Il est difficile, dans ces conditions, de mettre une chanson en avant. L’album s’écoute d’un trait et ne nécessite pas de gros efforts intellectuels pour en saisir toute la subtilité. Parfois, tout de même, une ligne de chant, un riff, un solo se détachent franchement de la mêlée et portent l’album un poil plus haut que bon nombre de ses semblables. Impossible de résister à l’intervention féminine lors du refrain de Still in the water ou à la furie de The curtain fall, par exemple.

Le contrepoids de ce gain d’efficacité est une durée de vie plus restreinte. Cet album marquera moins son temps que ses prédécesseurs. Les ambiances ne sont plus vraiment épaissies, réduites à la durée d’une seule chanson alors qu’elles pouvaient auparavant s’étaler sur tout un album. Finalement, le meilleur moyen bien apprécier Monday morning apocalypse, c’est de n’en attendre ni un disque sombre, gothique et inspiré, ni un chef-d’œuvre de metal. Il ne faut rien en attendre, donc, sinon un bon moment à taper du pied.



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Geoffroy Bodart