Pop-Rock.com



Dirge : "Wings of lead over dormant seas"
Ca parle de quoi, un post-coreux ?

lundi 29 octobre 2007, par Geoffroy Bodart

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Nile : "Those whom the gods detest"
Stratovarius : "Elements part.1"
Angra : "Temple of shadows"
Septic Flesh : "Communion"
Moonspell : "Night eternal"
Porcupine Tree : "Fear of a blank planet"
Type O Negative : "Dead again"
Tiamat : "Amenethes"
Therion : "Secret of the runes"
Impaled Nazarene : "Manifest"


Une fois n’est pas coutume, nous avons pris contact avec le groupe pour qu’il nous parle de son disque. Le chroniqueur va donc pouvoir un peu se reposer et se contenter de faire les liens entre les interventions des musiciens. Ce qui n’empêchera pas d’émettre tout de même un avis plus personnel (on ne se refait pas).

Les premiers instants plantent immédiatement le décor. Cette nappe de clavier et cette basse inquiétantes sont les signes précurseurs d’une irrésistible tempête dont les guitares ont tôt fait de souligner l’implacable puissance. Pendant vingt minutes, le groupe va nous faire vivre la tourmente, entre un sentiment de claustrophobie engendré par ces écrasants murs de guitares et cette immense solitude soulignée par un long passage bruitiste. Tiens, au fait, ça parle de quoi, un post-coreux (parce qu’il faut bien dire que le chant n’est pas spécialement limpide) ? Stéphane L., guitariste, nous explique que « Les thématiques abordées dans les textes épousent toujours les contours que prend la musique et l’atmosphère qu’elle véhicule. Les paroles se nourrissent de l’ambiance du morceau et en prennent fatalement la couleur. Et sans rentrer dans les détails, il est évident que certaines idées, certaines visions reviennent dans notre musique : le vide, les grands espaces, l’abandon mais aussi les forces de la Nature, sa puissance destructrice/purificatrice, ses symboliques... Après, la nébulosité des textes laisse la liberté à l’auditeur de les interpréter (ou pas) comme il l’entend ». Avec ces thématiques universelles, généralistes, Dirge s’impose directement comme un groupe non-revendicatif, fermé sur lui-même et qui ne veut rien à voir ni avec le monde extérieur, ni avec le reste de l’industrie musicale, ce que nous confirme Marc T., membre fondateur du groupe, guitariste, programmateur et chanteur, lorsqu’il affirme « on se fout un peut de tout ce qui se passe dans l’industrie musicale. On travail un peut de manière 70’s, on développe notre projet de manière très fermée, on se concentre sur notre travail. On est très focalisé sur nous, et pas sur l’extérieur ».

Les petites pop-songs innocentes et colorées, ce sera donc pour la prochaine fois. Dans l’univers développé par Dirge, si une chanson dure trois minutes, c’est qu’elle n’est qu’un intermède, comme en atteste le superbe End, infinite, aussi court que pertinent dans son rôle de trait d’union entre deux des monstres de l’album : le tonitruant Meridians qui ouvrait l’album et le bien nommé Epicentre, qui s’il débute de manière très atmosphérique (splendides trois premières minutes), va ensuite se charger de nous rappeler le sens de l’expression : « le calme avant la tempête ». Ces passages les plus puissants de Dirge ne sont pas des morceaux de bravoure techniques, ni même des prouesses de vitesse. Ils s’imposent surtout par leur lourdeur (caractéristique qui incite les puristes à parler de sludge plutôt que de post-core, et il est vrai que sur cet aspect, on est un cran plus loin que Cult of Luna ou même Neurosis). On notera au passage les titres des morceaux qui renvoient aux thématiques telles que les développait Stéphane L.

Comme pour tout mouvement musical qui sort des carcans, qu’il s’agisse du post-rock le plus sage, voire même du rock progressif, on va reprocher à Dirge de faire des « morceaux », et pas des « chansons » qui sont censées être guidées par une mélodie et pas se contenter de poser une ambiance. Deux jolies réactions du groupe nous sont parvenues face à ce genre de commentaires. Pour Marc T., c’est tout a fais vrai. Chaque groupe a sa démarche, son style (celui de Dirge n’étant pas de faire des chansons), le but étant que chaque auditeur puisse trouver ce qu’il cherche dans le style qu’il aime. Stéphane L. prend quant à lui moins de pincettes pour dire finalement la même chose : « Les personnes qui tiennent ce genre de discours étaient les mêmes qui regardaient de haut Presley ou Jerry Lee Lewis, puis les Stones, puis les Sex Pistols, puis la musique faite par des machines, etc. Des sortes d’Ayatollah du bon goût ultime, toujours en retard de vingt ans. C’est assez comique en fait. Alors, question cruciale : est-il plus difficile d’écrire une bonne chanson pop avec le couplet qui va bien et le refrain qui tue, ou d’ériger un décor sonore cohérent et dense ? Je pense que tout cela n’est que de la musique et qu’à partir de là, il n’y a même pas de débat à alimenter ».

L’album se poursuit avec un autre morceau tellurique, The Lotus continent, avant de se conclure sur Nulle part, dissonant par rapport au reste de l’album. Atmosphérique, menaçant, ce titre quoique chargé d’électricité refuse d’exploser et est magnifié par un chant clair. Absolument grandiose, un véritable chef-d’œuvre, qui démontre l’éclectisme de ce genre de groupe qui refusent de se cantonner à l’image qu’on pourrait leur accoler de méchants grogneurs qui ne font que taper et jouer fort. Isis a récemment ouvert son spectre musical vers des contrées plus accessibles (In the absence of truth) en faisant cohabiter son post-core avec les meilleures heures de la cold-wave et du rock des années 70’s. Des influences que l’on retrouve également chez Dirge dont les membres écoutent, en vrac Neil Young, Pink Floyd, les Beatles, The Cure, Depeche Mode, Siouxsie & The Banshees, de l’électro mais aussi du classique et des musiques de film. Nulle part n’est toutefois, pour Dirge, pas le signe précurseur d’une nouvelle orientation musicale pour l’avenir. « Nous ne nous refusons rien dans Dirge, signale Marc T., mais Nulle Part n’annonce pas une nouvelle direction musicale, c’est juste du Dirge avec un peut moins de guitares et un autre chanteur ».

A noter que la version commercialisée de l’album comprendra un deuxième disque, lequel ne contiendra qu’un seul titre, d’une heure, qui a donné son nom à l’album. Nous n’avons malheureusement pas pu écouter ce titre. Dommage pour cette chronique qui restera incomplète, mais le premier disque méritait à lui seul d’être présenté. Concernant ce fameux morceau , Marc T. raconte que « au départ il y avait deux idées de morceaux différents. En travaillant sur la première on c’est aperçu que le morceau serait trop long pour être sur l’album. Et comme on tenait impérativement à ce qu’il y soit, on a décidé de faire un double album. A partir de là, nous n’avions plus de contraintes de temps, ce qui nous a permis de retravailler le titre en profondeur et j’ai alors pensé qu’il serait idéal de mixer les deux idées ensemble ».



Répondre à cet article

Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Dirge : "Wings of lead over dormant seas"
(1/1) 4 novembre 2016




Dirge : "Wings of lead over dormant seas"

4 novembre 2016 [retour au début des forums]

There is no question of how nice this music is. - Morgan Exteriors

[Répondre à ce message]