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Deftones : "Saturday night wrist"
Le château dans le ciel

mercredi 15 novembre 2006, par Albin Wagener

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Un cinquième album, ça s’attend comme un grand cru viticole : on patiente fébrilement, on hésite entre enthousiasme imprudent et crainte d’être déçu par une resucée en manque d’inspiration. Après un quatrième album éponyme et sans grande surprise, le groupe de Sacramento nous livre une cuvée qui renoue avec les prises de risques du mythique White pony, mais dans un autre genre...

Il est vrai que ces dernières années, les fans du groupe de metal le plus innovant de ces dernières années (probablement avec The Mars Volta, d’ailleurs) ont eu la joie de pouvoir se procurer deux perles avant de se délecter de ce Saturday night wrist : un B-sides & Rarities encourageant et surtout ce magnifique album de Team Sleep (voir ici), qui avait d’ailleurs gagné sa place au panthéon des meilleures surprises de 2005. Et bien justement, du Team Sleep, on en retrouve ici. Car même si les fans retrouveront le bon son bien lourd si caractéristique de la bande à Chino, ce dernier a su tirer profit de son side-project pour proposer sans nul doute des compositions plus aériennes, mais non sans risques. Preuve à l’appui : c’est le producteur Bob Ezrin, réputé pour ses travaux avec Pink Floyd ou encore Jane’s Addiction, qui a mis la main à la pâte afin de réaliser un disque hanté par les démons de Chino et habité par un univers que l’on ne retrouvera nulle part ailleurs.

Les inconditionnels auront sans doute eu la chance de visionner le clip du premier single de Hole in the earth et de remarquer une tonalité moins terrienne, plus céleste. Alors bien sûr, on ne renoue pas non plus avec les titres les plus barrés de White pony, mais on retrouve d’excellentes comètes. A vrai dire, dès les premiers titres de l’album, jusqu’à l’interlude U,u,d,d,l,r,l,r,a,b,select,start, on est embarqué dans un voyage à la fois chaotique et passionnant : Beware et Cherry waves s’impriment en tête grâce aux miaulements imprévisibles de Moreno, et l’empirique scie sauteuse Rapture nous rappelle que les Deftones excellent dans l’art du metal expérimental et novateur, tout comme Rats ! Rats ! Rats !, qui joue dans la même cour. Et puis il y a l’explosif Mein, qui invite les vocalises caverneuses de Serj Tankian de System Of A Down.

Sur l’électronique très cold-wave de Pink cellphone, on retrouve la patte acide du Lucky you de leur précédent album, avec ici en bonus la voix de Annie Hardy de Giant Drag. On y atteint les sommets d’une musique qui se veut à la fois indestructible et vulnérable (comme dans Xerces, formidable exercice nostalgique et décalé), et aussi bien agressive que pensive. A ce titre, Combat est probablement le titre qui représente le mieux cette cinquième merveille de l’univers des Deftones, avec son introduction progressive et minimale, puis une incursion rythmique tous riffs dehors, possédée par un Chino hurlant, puis qui s’apaise progressivement sur un refrain plus contemplatif, plus mélancolique également.

Très sérieusement, on dépasse ici de très loin le quatrième album au crâne évocateur pour passer dans une dimension à la fois plus intime et plus psychotique. Emmenés par leur leader charismatique, les Deftones prouvent une nouvelle fois qu’ils savent évoluer et retranscrire à merveille la palette des émotions humaines les plus diverses et les plus contradictoires, et ce au coeur des mêmes titres (écoutez donc Rivière pour en être convaincus). On se rend compte que Saturday night wrist repousse les limites jalonnées par ce groupe, qui a su générer malgré lui une bonne partie du néo-métal (qui n’a malheureusement pas véritablement su s’inspirer de son talent et de sa prise de risques). Avec ce cinquième opus, les Deftones viennent de confirmer leur génie et de se hisser au rang de groupe culte.



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Albin Wagener





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Deftones : "Saturday night wrist"
(1/1) 15 novembre 2006




Deftones : "Saturday night wrist"

15 novembre 2006 [retour au début des forums]

Bonne chronique pour cet excellent album. Ca fait plaisir de voir des groupes trouver leur identité, même si ça tend souvent vers plus sage et moins énervé.

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