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Dark Suns : "Grave human genuine"
Tout en contraste

jeudi 20 mars 2008, par Geoffroy Bodart

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Après deux albums remarqués mais qui ne sont toutefois pas parvenus à faire percer ce trio allemand, après avoir tapé dans les oreilles de groupes confirmés et prestigieux comme Opeth et Pain of Salvation, Dark Suns nous offre aujourd’hui l’album avant-gardiste qui pourrait asseoir sa réputation et le faire entrer dans la cour des grands.

Plutôt que d’enfoncer le clou en assumant leur death aussi agressif que progressif, et en essayant seulement de jouer plus fort et plus vite pour forcer les portes de la reconnaissance, Dark Suns a préféré repenser son approche et sa musique. Pas de profonde métamorphose à signaler, on navigue toujours dans les eaux tourmentées d’un metal vigoureux, atmosphérique, progressif et obscur, mais le combo a cette fois délaissé le plus gros de ses aspects les plus extrêmes. Exit donc le chant death qui les cantonnait à un grade de sous-Opeth. L’angle d’attaque inauguré sur ce Grave human genuine se veut multiple, mais cohérent.

Objectif atteint, si l’on considère la multitude d’ambiances créées tout au long de ces huit titres qui voient cohabiter, parfois (souvent même) au sein d’une même chanson, des plages atmosphériques tendues, des riffs typés death (la technique et la finesse en plus comme le démontre à foison Flies in amber), des expérimentations électro parfaitement intégrées (Amphibian halo, magnifiquement trippant, et qui rappelle ce que OSI a pu faire, par exemple), des passages épiques, ou une délicatesse et une sensibilité qui ne dénotent même pas (Thornchild, qui débute comme une complainte irlandaise, ou la tendre ballade Free of you, qui s’épuise tout de même un peu au terme de ses neuf minutes). Point culminant de la schizophrénie musicale atteint sur The chameleon defect, dont l’ambiance terrifiante vous fera inspecter le dessous de votre lit avant d’aller vous coucher.

Avec tout ça, on se rapproche désormais bien plus de Pain of Salvation que d’Opeth, et ce n’est pas ce chant clair tout en nuances qui nous contredira. La présence à la basse de Kristoffer Gildenlöw, frère de Daniel, le leader du groupe suédois, et qui avait quitté le navire avant la sortie de Scarsick, y est peut-être pour quelque chose, même s’il n’est crédité que comme musicien de session. Et en effet, à l’instar de Pain of Salvation, Dark Suns, pour tout progressif qu’il soit, ne se vautre en aucun cas dans le branlage de manche et la démonstration gratuite. Au contraire, les soli sont réduits à peau de chagrin et c’est surtout dans ce riffing saccadé, agressif et en constant mouvement que l’on trouvera matière à parenté avec les Suédois.

On évitera toutefois l’écoute du disque à l’occasion d’un congrès entre binoclards chevelus qui veulent s’adonner à une partie de jeu de rôle intelligente et réfléchie, en buvant l’une ou l’autre bière spéciale (mais pas de trop ! Il faut la savourer, et il faut demeurer à un niveau intellectuel convenable). Les ambiances glauques, morbides, contemplatives et angoissantes que dégagent les morceaux, l’alternance entre la violence, la folie, la douceur et l’introspection imposent une écoute nocturne, ouvrant la porte à tous les démons pour vous assurer une nuit où le sommeil le plus profond ne manquera pas de se voir interrompu par les cauchemars les plus tortueux...



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Geoffroy Bodart