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Cradle Of Filth : "Nymphetamine"
Vampirique et lunatique

lundi 25 octobre 2004, par Marc Lenglet

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Avec Cradle Of Filth, il n’y a pas de demi-mesure : soit on les adore, soit on les exècre. Ayant été le premier pionnier à hisser le black metal hors de son carcan underground et à le rendre supportable pour de simples profanes amateurs de metal classique, il est acclamé par les uns et méprisé par les autres. Jamais en retard d’une trouvaille, la formation britannique aborde ici un style bien différent de ses précédentes exactions, moins épique, moins grandiloquent, qui lui fera perdre certains de ses fans et en convertir de nouveaux. Comme d’habitude.

Depuis peu, Cradle Of Filth s’était occupé à dénaturer son black metal horrifique, déjà pas tout à fait conforme aux « canons de beauté » du genre, en y injectant des éléments heavy, trash et gothiques, tout en le parant lourdement d’orchestrations symphoniques. Malgré un côté un peu indigeste, Damnation & a day avait convaincu pas mal de monde, y compris votre serviteur. Cette symphonie biblique m’avait en fin de compte laissé une bonne impression, jusqu’à ce que je jette une oreille sur le fondamental Death cult Armageddon des challengers norvégiens de Dimmu Borgir, élaboré plus ou moins suivant la même recette, mais visiblement pas avec les mêmes ingrédients. A la sortie de ce bouillant chef d’œuvre, Damnation & the day disparut totalement de ma playlist. J’en oubliais même l’avoir accueilli avec plaisir quelques moins plus tôt. A quoi bon vouloir discuter des vertus comparées de Richard Wagner et de Richard Clayderman, après tout ?

Brûlé depuis longtemps aux yeux des puristes, Cradle Of Filth s’était également fait voler la vedette dans le registre du "black metal-symphonique-qui-n’est-plus-tout-à-fait-du-black-metal,-foi-d’Astaroth". Que faire, sinon réintégrer sa crypte en attendant des jours meilleurs ? C’était mal connaître la pugnacité du hurleur en chef miniature. A force de s’être fait le héraut du line-up éjectable, Dani Filth y a gagné une capacité d’adaptation digne d’un Nosferatu. Les orthodoxes le maudissent haineusement ? Les évolutionnistes n’ont d’yeux que pour les cousins norvégiens ? Qu’à cela ne tienne ! On va bien voir ce que pourraient en penser les amateurs de musique extrême au sens large, ceux qui sont à priori dépourvus d’empathie pour les enregistrements caverneux ou la surenchère symphonique ! En grattant un peu dans toutes les arcanes de la musique brutale, avec pour seul mot d’ordre de rester dans le domaines du metal satanico-erotico-subversif, ça devrait pouvoir plaire, non ?

On entend donc un peu de tout de tout au fil des plages : quelques scories de black metal (Mother of abominations), des ficelles trash de la grande époque (Gilded cunt), de plaintives mélodies gothiques roucoulées par Liv Kristine, quelques accents à la Maiden et autres gloires de la NWOBHM, voire même des envolées héroïques dans la grande tradition du metal germanique. Au final, les vocalises criardes restent ce qui rattache le plus Cradle à ses origines. Mais même dans ce dernier cas, la volonté d’évolution est clairement perceptible. Celui que l’on surnomme, dans les milieux autorisés, le chipmunk des ténèbres semble avoir consenti à un effort minimal d’articulation, et ses hurlements y ont gagné en clarté et en audibilité... Au moins restent-ils plus supportables sur le long terme que jadis.

Cradle Of Filth, c’est également toute une imagerie diabolico-érotique, présente depuis les origines du groupe ; et le titre de cet album, hommage un peu ridicule à l’addiction suscitée par la gent féminine chez les mâles normalement constitués, prouve, si besoin en était, que Dani et ses sbires ne comptent guère toucher à une recette qui fonctionne. Malgré ces changements fondamentaux dans la direction musicale des vampires anglais, on retrouve l’atmosphère macabre et Gothic-Horror chère au groupe et l’utilisation abusive des claviers, si elle se fait moins ressentir qu’au sein d’albums plus anciens, reste assez caractéristique de la griffe Cradle Of Filth. De ce point de vue là au moins, pas de surprises : cet aspect de la musique du groupe persiste à balancer entre le bien pensé et la faute de goût. On n’en est pas encore au comique involontaire d’un Bal-Sagoth, mais parfois, il ne s’en faudrait vraiment que d’un cheveu...

On gagne en fait en impact immédiat ce que l’on en perd en atmosphère savamment concoctée. Mais, à trop vouloir simplifier sa recette, Cradle risquerait-il de devenir un « bête » groupe de metal comme il en existe tant d’autres ? Ou, au contraire, ont-il pris une décision audacieuse et mûrement réfléchie ? Un choix qui leur évite d’avoir à mener un combat d’arrière garde pour la suprématie d’une scène où ils ne comptent plus réellement qu’en termes de ventes ?

De prime abord, le résultat n’est pas désagréable. Certaines pièces (Nemesis, Medusa & Hemlock,...) se révèlent même d’excellente facture, avec des lignes mélodiques irrésistibles. Malheureusement, en dépit de quelques réussites notables, ce nouvel album manque tout de même dramatiquement de personnalité. Rien d’abominable, mais Cradle Of Filth nous avait habitué à beaucoup mieux. La lassitude s’installe un peu trop rapidement, et on se prend vite à regretter le romantisme transylvanien d’un Dusk & her embrace, face auquel la décharge de puissance de Nymphetamine tombe un peu à plat. Voilà donc un album sympathique, hargneux et cruel comme il faut, mais pas vraiment extraordinaire. Dans le champ de la musique extrême, il n’est pas bien difficile de dénicher mieux. Le côté percutant et sans fioritures de ces nouvelles compositions devrait néanmoins nous valoir des concerts un peu plus excitants qu’auparavant. Mais dans ce domaine-là non plus, ce n’est pas bien difficile...



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

> Cradle Of Filth : "Nymphetamine"
(1/1) 12 janvier 2005, par meli-melo




> Cradle Of Filth : "Nymphetamine"

12 janvier 2005, par meli-melo [retour au début des forums]

Je vois pas pq cradle devraient abandonner les claviers,ni pq ils changeraient de style et pq on veut a chaque sortie d’album s’attendre a quelque chose de différent ?si on aime un groupe c’est pour ce qu’il fait a la base pas pour qu’il change au fur et a mesure des albums soit-disant ca fait "gagner en maturité"...perso je trouve que cet album est nickel maintenant j’espère ne pas etre decue au live car c’est la la plus grande faiblesse de cradle of filth.

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