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Cradle Of Filth : "Godspeed on the Devil’s thunder"
Les contes de la crypte

mercredi 5 novembre 2008, par Vincent Ouslati

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Nous, Jean de Malestroit, évêque de Nantes et frère Jean Blouyn, bachelier en texte sacré, vice-inquisiteur, siégeant en tribunal ;

Étant consultés et nous assistant deux évêques, docteurs en jurisprudence et en texte sacré ;

Ouïes les dépositions des témoins produits par nous, fidèlement examinés et leurs paroles exactement transcrites ;

Ouïe la confession spontanée faite devant nous ;

Te déclarons, toi, Gilles de Rais, présent en justice devant nous, hérétique, apostat, coupable d’horrible invocation des démons, de meurtres d’enfants et de crimes odieux ;

Prononçons la sentence d’excommunication et te disons, comme tel, devoir être puni par les peines du droit séculier, salutairement corrigé, comme le veulent les canons. Fait en présence des notaires soussignés, de Pierre de l’Hospital, président de Bretagne, et autres honorables et nobles hommes, en Grande cour supérieure , siégeant en tribunal au château de Nantes, pour justice être rendue, le mardi 25 octobre 1440, à 3 heures du matin.

“J’en ai assez fait pour faire condamner à la mort dix mille hommes.”

Gilles De Rais.

Il y eut dans la lumière d’une gloire méritée l’illustre Gilles de Montmorency-Laval, comte de Brienne, maréchal de France, compagnon de Jeanne d’Arc, seigneur de Rais, d’Ingrandes et de Champtocé-sur-Loire. Puis, dans l’ombre du personnage respectable se dessina peu à peu le surnommé Barbe-Bleue, le meurtrier possédé, soupçonné puis condamné pour des agissements aux relents de rites sataniques, des meurtres (l’accusation parlera de 140 assassinats, la rumeur se rapproche de 800 !), des infanticides, des tortures, des viols, une litanie d’atrocités qui dépassent de loin ce qu’on peut encore montrer au cinéma aujourd’hui. A la lecture des vices du noble serial killer, on a du mal à croire que tout cela soit la pure vérité, d’autant que les tribunaux d’alors n’avaient pas leur pareil pour remettre une couche de diableries et de perversion sur des accusations déjà lourdes. Les meurtres commenceront en 1432, soit un an après la condamnation au bûcher de Jeanne d’Arc, qui elle aussi subira les foudres ecclésiastiques pour des motifs bien différents, mais avec des accusations assez similaires, en gros, un deal avec Méphisto en bonne et due forme, chose fort mal acceptée à l’époque visiblement.

Il n’en fallait pas plus pour que nos vampires favoris s’intéressent de même au noble “Saigneur” de Retz. Ce n’est pas la première fois que Cradle Of Filth se délecte des œuvres d’un noble taré suite à deux siècles de mariages consanguins. En 1998, nous avions eu notamment un album basé sur les plaisirs natatoires de la Comtesse Bathory, The Cruelty & the beast, qui, contrairement à Cléopâtre et ses bains de Monsavon, privilégiait une baignoire de sang frais pour soigner sa nécrophilie galopante. Dans le même rayon, Diane de Poitiers se faisait bien importer de l’urine de mâle espagnol qu’elle utilisait comme dentifrice (efficace, je ne sais pas, mais ça coutait cher, parait-il). Les mauvaises langues persifleront que Cradle Of Filth ferait mieux de se remettre à faire de la bonne musique plutôt que de lire les Contes de Perrault dans leur parking. Pourtant, supposons que le sujet a inspiré nos nyctalopes métalleux, cet album est une franche réussite. Loin du passable mais pas exceptionnel Thornography, Cradle s’est remis à bosser au lieu de se partager les bénefs des ventes de t-shirts, Godspeed on the Devil’s thunder a de quoi en remontrer aux éternels concurrents de Dimmu Borgir. Car Dani a grimpé sur son tabouret en tibias de chèvres et s’est décidé à démontrer que son berceau d’ordures avait encore de beaux restes. Premier aspect fort plaisant, Cradle ne s’est pas lancé dans un concept album interminable avec des plages d’un quart d’heure chacune. Treize titres, deux atteignant péniblement les neuf minutes, plutôt concis lorsque l’on compare avec l’encyclopédique Nostradamus de Judas Priest paru lui aussi cette année. Concis donc, et surtout, Dani a poursuivi sa mue ! Encore partagé sur Thornography entre cris porcins et grosse voix qui fait peur, notre amoureux de l’hémoglobine en poudre a su trouver un bon équilibre pour les vocaux. Conservant naturellement son timbre de voix si délicieusement désagréable couplé à des intonations plus humaines et compréhensibles, le chant cette fois-ci ne fera peut-être plus autant fuir qu’auparavant. C’est alors avec un plaisir non dissimulé que nous suivons la vie de cet homme d’une piété exemplaire, qui se laissera tenter par le Diable, commettant les pires atrocités, puis, cherchant la rédemption, ira quémander la clémence divine pour ses crimes, histoire de réserver son strapontin pour le Paradis. Non seulement la biographie présentée est passionnante, mais la musique est loin d’être en reste.

Partagée entre titres bien rentre-dedans (Shat out of Hell qui ouvre l’album en est un bon exemple) et plages plus ambiantes dont le Cradle a le secret, Godspeed on the Devil’s thunder s’écoute avec un égal bonheur d’une traite, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas supporté aussi bien un disque de leur part sans zapper nerveusement. Grandiloquence oblige, orchestrations et chœurs féminins sont de la partie, mais à doses mesurées cependant, la nouvelle fournée de nos vampires ne se veut pas indigeste, un mal pourtant récurrent dans ce type de performances. Un anglophone convaincu aura encore quelques difficultés à saisir toute la poésie contenue dans la voix du Daninou aux dents en plastique, mais les progrès sont notables.

Autre point très agréable, on ne nous a pas fait l’injure de coller par centaines des intermèdes acoustiques pompeux entre chaque titre, C.O.F. a préféré soigné les ambiances au sein même des morceaux plutôt que de cacher un manque d’inspiration par trois violons et un orgue d’église durant deux minutes trente. Tout en restant très soigné, Godspeed on the Devil’s thunder va a l’essentiel. On pourra regretter parfois des chœurs un peu limites cuculs, mais rien de bien grave, l’ensemble reste d’un excellent niveau, disons d’un niveau qu’on n’espérait plus depuis Midian il y a de cela huit ans.

De la gloire aux meurtres, de la piété à la folie meurtrière, des catacombes de sa demeure de Tiffauges au bûcher, Cradle Of Filth nous offre à entendre un conte horrifique qui impressionne par sa maîtrise, le sang attire le vampire et semble visiblement lui filer une inspiration quelque peu évaporée ces derniers temps.

PS : Pour les férus d’histoires saignantes, je les invite à lire Le procès de Gilles de Rais, de Georges Bataille, éditions Pauvert. Sinon, vous avez aussi Wikipédia...



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Vincent Ouslati





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Cradle Of Filth : "Godspeed on the Devil’s thunder"
(1/2) 18 décembre 2008
Cradle Of Filth : "Godspeed on the Devil’s thunder"
(2/2) 6 novembre 2008




Cradle Of Filth : "Godspeed on the Devil’s thunder"

18 décembre 2008 [retour au début des forums]

1ère réaction :
Ils ont enfin récupéré un bon batteur ! Et rien que pour ça, l’album vaut le coup.

2ème réaction :
Les passages symphoniques sont mieux intégrés que jamais. Et rien que pour ça, l’album vaut le coup.

3ème réaction :
Les grateux se font plaisir. Et rien que pour ça, l’album vaut le coup.

Dire que je n’attendais plus rien de ce groupe...

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Cradle Of Filth : "Godspeed on the Devil’s thunder"

6 novembre 2008 [retour au début des forums]

Un grave anachronisme s’est glissé dans votre onctueux bain de sang : ce n’est pas du Monsavon qu’elle utilisait mais du Cleopatra, plus simplement, l’albâtresse ;-)

http://www.culturepub.fr/videos/cle...

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