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Cradle Of Filth : "Damnation and a day"
L’Eden, côté sombre

jeudi 12 juin 2003, par Marc Lenglet

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Après la comtesse Bathory et le culte de Chtulu, le groupe de vampires anglais s’attaque à présent aux mythes des origines, la chute de Satan et la tentation d’Adam et Eve, au travers d’une grande fresque symphonique qui s’éloigne toujours plus du carcan étouffant du black metal.

Cradle of Filth est un groupe qui, dès le départ, a refusé la compétition de ses cousins scandinaves au titre de groupe le plus négatif, et s’est tourné vers un romantisme lyrique et noir, tant au plan musical que syntaxique, en soignant tout particulièrement ses textes et en usant et abusant des instrumentations classiques. Si le plus souvent, le résultat était tout à fait à la hauteur des espérances du groupe, il arrivait parfois qu’il sombre totalement dans le kitch, en raison d’une production indigente. De plus, la voix de Dani Filth, suraiguë jusqu’à l’excès, n’a jamais laissé personne indifférent : on l’adore ou on la déteste. Cradle of Filth est donc un groupe qui divise : son côté atypique et son refus d’en rester au stade des éructations primaires et pseudo-satanistes lui ont attiré autant d’admirateurs que de détracteurs.

Cruelty & the beast, l’excellent album qui les a tirés de l’underground, possédait de nombreux aspects symphoniques, mais sa violence et son rythme demeuraient encore assez typés « black metal ». L’album suivant, Midian, débordait littéralement d’orchestrations à la qualité assez inégale. Sympathique mais assez vite oublié. Suivirent, en très peu de temps, un live, un best-of et un album surtout composé de covers (Bitter suites to Succubi), tous les trois fort superflus. Il était temps que l’unique groupe de black à être signé sur une major nous fournisse une nouvelle production qui soit à la fois originale et intéressante, et se débarrasse de cette entêtante odeur de gros sous qui leur colle aux faux-crocs depuis quelque temps.

Damnation & a day, comme indiqué plus haut, s’intéresse cette fois au démon des origines et à sa déchéance hors du jardin d’Eden. L’album est divisé en quatre sections de trois chansons, chacune étant introduite par un court morceau instrumental et des citations de la Genèse. Cependant, il semble que cette division n’ait absolument pas pour objectif de délimiter des groupes de chansons très différentes dans leur thème ou leur style musical, l’album étant relativement homogène. Cradle of Filth s’est adjoint les services de l’orchestre de Budapest pour les parties instrumentales de sa dernière création mais, alors qu’après un Midian surchargé, on aurait pu craindre de voir se reproduire la même erreur ici, les anglais ont utilisé avec parcimonie la puissance de l’orchestre, qui ne fait que souligner leur travail, et ne s’impose jamais au premier plan. Le résultat est de très haute volée et, sans en devenir musicalement ascétique pour autant, le groupe ne s’est pas livré à un déballage de prétention mal placée à la « j’ai un plus gros orchestre que toi »...

Mais là ou Damnation & a day s’avère particulièrement remarquable, c’est au niveau de la variété des styles abordés sur cet album. Même si on trouve encore des pistes ultra rapides qui rappellent fortement le black metal des origines, elles sont en nette minorité sur cet album. La majorité des chansons flirtent plutôt du côté du trash, voire du heavy metal, avec des mélodies souvent accrocheuses (Better to reign in Hell et ses imparables premiers riffs... !). Dans le même ordre d’idée, Dani Filth ne reste pas cantonné à ses glapissements de lémure. Au contraire, à de nombreuses occasions, il n’hésite pas à nous gratifier de sa voix death, ou de sa voix claire et grave, qui confère une ténébreuse ambiance gothique à des titres comme Thank God for the suffering. Cradle of filth est devenu un véritable patchwork musical, jonglant avec tous les styles de metal et de chant, et passant de l’un à l’autre sans que jamais on ait l’impression d’une transition loupée. Bien sûr, le ton général reste considérablement plus lourd et violent que du heavy classique, mais il semblerait que Dani et son fluctuant line-up soient décidés à évoluer, suivant en cela une mouvance qui semble se généraliser dans le black metal (si même Marduk s’y met !). Cela nous donne un album à l’atmosphère globalement sombre et horrifique tout en restant assez éclectique. Comparé au relatif manque de profondeur de Midian, on ne peut qu’être entièrement convaincus par l’efficacité et la complexité des compositions de ce Damnation & a day. S’il est peut être moins percutant que le dernier album des rivaux de toujours, Dimmu Borgir, il domine pourtant ce fameux Puritanical euphoric misanthropia au point de vue du raffinement et de l’ambiance.

Un excellent album de metal extrème, qui achèvera sans doute de les brouiller avec leurs fans de la première heure, mais devrait leur en attirer facilement de nouveaux. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

> Cradle Of Filth : "Damnation and a day"
(1/1) 19 juillet 2005, par satan




> Cradle Of Filth : "Damnation and a day"

19 juillet 2005, par satan [retour au début des forums]

cradle c’est le meilleur groupe de black metal
vive dani filth

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