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Celtic Frost : "Monotheist"
Six feet under

dimanche 10 septembre 2006, par Marc Lenglet

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La Suisse, ce sont des alpages proprets, de généreuses vaches laitières mauves, du bon fromage plein de trous, des édelweiss et de charmantes villageoises avec les cheveux coiffés en corne de bouc. Paradoxalement, la Suisse, c’est aussi Celtic Frost. Avec des chefs-d’œuvre de la trempe de To mega therion et Into the pandemonium, les Helvètes s’étaient imposés comme une des formations les plus prometteuses du metal européen du milieu des années 80. Défrichant les chemins qui allaient aboutir à l’explosion du death-metal, le groupe possédait en outre une identité forte, reposant sur l’utilisation d’instruments classiques et de chœurs, et un don incroyable pour installer une atmosphère lugubre et malsaine...

Dès 1988 pourtant, le groupe splittait pour toute une avalanche de raisons personnelles et financières... Avant de réapparaître six mois plus tard sous un format radicalement différent. L’improbable Cold lake lorgnait sans complexes du côté du glam-metal en vogue de la fin des années 80, faisant table rase de ce que les commentateurs de l’époque avaient parfois considéré comme du « metal d’avant-garde ». La manœuvre était-elle audacieuse ? Outrageusement pécuniaire ? Toujours est-il que les membres du groupes eux-mêmes ne manifestaient guère d’entrain à poursuivre l’aventure. Personne ne s’y trompa et Celtic Frost retourna rapidement à une bienheureuse obscurité. Le dernier enregistrement en date fut une compilation de démos et de raretés en 1992. Le Celtic Frost qui ressurgit aujourd’hui, encore auréolé de sa légende noire, a pris le parti d’oublier sa pathétique agonie et de reprendre le cours de histoire là où il s’était réellement arrêté, voici 18 ans.

Progeny joue le rôle de charnière avec ces temps légendaire où l’intégralité des groupe des groupes trash, death ou black formés dans la seconde moitié des années 80 prenaient fiévreusement des notes à l’écoute du groupe suisse afin de maximiser l’impact de leurs futures exactions sataniques. Rythmique plombée, riffs sourds et saignants, vociférations caverneuses, on retrouve dans cette ouverture l’essentiel du grand Celtic Frost d’antan, au travers d’un morceau qui incarne ce que le death-metal peut générer de meilleur.

Pourtant, ce n’est absolument pas par cet hommage aux temps révolus que Celtic Frost prouvera qu’il représente aujourd’hui à la fois le passé et l’avenir du metal extrème. Dès la seconde plage (Ground), le rythme général s’engourdit, tandis que l’atmosphère devient sépulcrale et diaboliquement noire. Nous parlons ici d’un cas époustouflant de possession d’album. Rien ne semble surnager au coeur de Monotheist en dehors de ce sentiment de prostration nauséeuse. Tout y transpire la mort, l’échec absolu, la décrépitude des vains idéaux. Les quelques explosions de fureur impuissante qui troubleront ce requiem macabre de loin en loin (Domain of decay) semblent hurler leurs ultimes impressions de l’univers. Rien ne sert de lutter pour l’espérance... Tous, nous mourrons comme des esclaves, après avoir vécu comme des esclaves. L’imposant Tom Gabriel Fisher incante plus qu’il ne chante ses textes, amenant l’auditeur exactement là il le souhaite, au cœur d’un insondable trou noir dont nul ne songerait à s’échapper, toutes les issues débouchant sur un nouveau gouffre sans espoir. Les grondements de colère rentrée de ce démon se muent parfois en un chant solennel et glacial (l’extraordinaire Obscured), qui n’a rien envier à celui d’un Peter Murphy ou un Andrew Eldritch, tandis que derrière la sérénité livide d’un A dying God coming into human flesh, on sent les guitares toujours à l’affût, prêtes à bondir et à déchiqueter le silence ; ce qu’elles font d’ailleurs sans se faire prier.

La seul lumière de Monotheist se retrouve dans ces vocalises mystiques que n’auraient pas renié un Dead Can Dance. Encore qu’elles n’aient rien de très rassurant... Mais au moins éprouve-t-on la vision fugace d’une petite étincelle de vie dans ce ténébreux jardin des asphodèles. Quand au splendide final, le mégalomane triptyque Totengott/Synagoga Satanae/Winter requiem, il se déploie sans considération des restes de sensibilités de l’auditeur, déjà bien éprouvé après ce périple souterrain. Tout au long de sa vingtaine de minutes, il retrouve tout autant la déferlante de sauvagerie des groupes de black-metal que les mornes et écrasantes odyssées des groupes de doom. Winter requiem est un final réjouissant après ce calvaire mental, qui accorde - enfin - un bienheureux repos dans le néant.

Monotheist est un album étouffant et démoniaque, une œuvre au noir qui vous donnera l’impression d’être enterré vivant, raclant vainement la terre pour apercevoir la lumière une dernière fois. Rarement un album aura laissé filtrer une telle noirceur, un tel dégoût, une telle souffrance étalée d’une manière aussi impudique que vengeresse. Le retour de Celtic Frost n’était peut être pas la résurrection la plus médiatique de l’année (Mötley Crüe et les Guns’n Roses se font toujours désirer). Gageons qu’il sera sans conteste la plus inattendue et la plus extraordinaire.



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Celtic Frost : "Monotheist"
(1/1) 23 octobre 2008, par mathieu




Celtic Frost : "Monotheist"

23 octobre 2008, par mathieu [retour au début des forums]

Monotheist a été ma porte d’entrée dans l’univers de Celtic Frost. Un ami me l’a conseillé, et, hoonêtement, ce n’est qu’après une dizaine d’écoutes que j’ai commencé à plus ou moins assimiler le language musical.

Depuis j’ai aussi acheté ’Into the Pandemonium’ et ’To Mega Therion’.

Je suppose que, 2 ans plus tard, ça n’a plus grand sens, mais j’ai bien aimé votre chronique..

bien à vous

mathieu

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