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Cathedral : "The garden of unearthly delights"
Du stone progressif !? Vous n’avez rien d’autre en stock ?

mardi 17 janvier 2006, par Geoffroy Bodart

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Pris d’une frénésie mégalomaniaque pour leur huitième album, les Anglais de Cathedral ont décidé de mettre les petits plats dans les grands et de faire dans le grandiloquent. Le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur de l’ambition du combo ni de nos légitimes espérances en considération de ce qui était annoncé. Ca ne veut pas dire que c’est foncièrement mauvais.

Il y avait le rock progressif, le metal progressif, la pop progressive. Voici maintenant venue l’heure du stone progressif. Boah ! Après tout, pourquoi pas ? Il y a toutefois une flagrante contradiction, dans l’énoncé même du genre. Si les digressions pseudo-intello sur l’étiquetage (et par conséquent la traçabilité) des groupes ne vous intéresse pas, vous pouvez sauter le paragraphe qui suit.

Car après tout, qu’est-ce que le progressif (qu’est-ce qu’il devrait être, du moins) ? Une musique exploratrice, audacieuse, innovante. Une musique cérébrale, donc. Et le stone, qu’est-ce que c’est ? L’inverse, une musique qui regarde en arrière et qui revient aux racines du gros rock qui tache. Une musique qui vient des tripes, donc. Faut-il en déduire que le stone progressif n’existerait pas ? Ben si, puisque Cathedral en fait sur cet album. Nous avons ainsi droit à un gros machin qui mélange tant que faire se peut du heavy-metal, du doom, du folk, du stoner, du death, du psychédélique, et toute la sainte clique. Mais au lieu de fusionner ces genres, Cathedral les aligne. Au lieu de les transcender, ce disque ne fait qu’en accumuler les dérives et les poncifs. Il ne manque désormais plus que des petits malins s’ingénient à faire du punk progressif. La boucle serait bouclée.

La première partie de cet opus n’est pas fondamentalement novatrice. Du bon gros son à la limite entre death et stoner, un chant furieux et caricatural, des musiciens doués. Mais malgré une avalanche continue de riffs plus entraînants les uns que les autres (mention spéciale à North Berwick Witch Trial) et de soli virtuoses, la sauce a du mal à prendre. Il manque un petit quelque chose, qui ferait basculer ce Jardin des délices surnaturels (qui oserait soutenir que l’album n’est pas conceptuel avec un titre pareil ?) soit dans une furia rock’n’rollesque primaire mais jouissive, soit dans un projet plus épique aux ambiances dantesques et oppressantes. Il manque donc à ce disque une âme, une personnalité, une ambiance propre. Le groupe ne semble pas s’être donné les moyens d’illustrer le plus adéquatement son propos. Ce n’est pourtant pas l’ambition qui leur manquait, comme en atteste The garden, morceau de résistance de cet album, puisqu’il fricote avec la demi-heure.

Pour vous présenter ce morceau, emblématique de l’album, nous allons vous révéler un scoop ! La manière de composer de Cathedral, comme si vous étiez en studio à côté d’eux. Quand on compose un album (que les compositeurs brevetés et assermentés m’arrêtent si je me trompe), on a toujours des morceaux, des extraits qui ne servent pas et n’apparaissent généralement pas sur l’album. A la limite, quand on est marié à Courtney Love, ces chutes de studio sont éditées tous les cinq ans après votre suicide. Mais ça reste l’exception. En général, ces rebus restent inédits. Mais Cathedral se trouvait face à deux contraintes qui l’ont poussé à enfreindre cette règle tacite : tout d’abord, ils avaient à peine une demi-heure de musique potable, ce qui était peu ; ensuite, ils avaient décidé de faire du progressif. C’est alors que, de concert, ils ont eu l’idée, que les fans acharnés (et donc par définition sourds) ont trouvée géniale, d’assembler en un seul bloc toutes ces chutes de studio. Incroyable, non ? Imaginez la scène d’ici :
- Pff, vous commencez à me les casser, j’ai déjà pondu des douzaines de riffs, et on n’a que neuf chansons. J’sais plus quoi inventer, moi.
- Attend, j’ai une idée. T’as enregistré tous tes riffs et tes essais foireux ?
- Ben ouais, au cas où il y en aurait eu un ou deux de potables, pourquoi ?
- On va faire une chanson progressive avec tout ça.
- Une chanson progressive ? Mais qu’est-ce que c’est ?
- Il faut aligner à la suite tout ce que tu as composé, c’est tout.
- C’est tout ?
- Ben oui, une chanson progressive, ça doit être long, il doit y avoir plein de changements de rythme, pas de ligne conductrice. Enfin tout ça, quoi. T’as jamais écouté Dream Theater ?
- Ceux qui sont pas foutus de terminer correctement leurs chansons ? C’est du progressif, ça ?
- Exactement.
- Mais c’est tout con à faire ! Mais je te préviens, j’ai vingt bonnes minutes de riffs, comme ça. Ca va pas être un peu chiant ?
- Peut-être un peu. Il faudrait calmer tout ça. Oh ! Idée !
- Quoi ?
- On a composé aussi une ou deux chansons plus calmes qu’on s’était attribuées pour nos side-projects. On va les mettre dedans.
- Mais on arrange ça dans quel ordre ?
- Fais pas chier avec ces détails ! Entasse tout ça comme ça vient.
- Et les paroles ? On ne va quand même pas faire tout ce bazar en instrumental ?
- C’est juste. Oh, on va faire comme avec les riffs : tu prends des flames, des burn, des hell, des garden, des evil, des witch, tu mélanges et tu régurgites.

Comment nous sommes entrés en possession de ces révélations inédites ? Interview exclusive ? Télépathie ? Espionnage industriel ? Rien de tout ça ! Il aura suffi d’écouter cette très lourde, fatigante, vaine et prétentieuse soupe. Tout n’est pas si mauvais que ça. En enchaînant des riffs pendant une demi-heure, il est clair qu’il y en a quelques-uns de bien foutus et qui accrochent. On peut même aller plus loin et affirmer que ce mastodonte comporte certains des meilleurs moments de l’album. C’est toutefois loin d’être suffisant pour faire une bonne chanson. Mais le plus important, et le plus grave, c’est que finalement, en raison même de son absence totale (et je suppose, assumée) d’unité, ce titre ne dégage rien comme ambiance. C’est un peu dommage car il y a là le potentiel pour accoucher d’un morceau culte.

« Tout ça pour ça », serait-on tenté de conclure.



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Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Cathedral : "The garden of unearthly delights"
(1/1) 9 juillet 2007, par méchant cartman en fusion




Cathedral : "The garden of unearthly delights"

9 juillet 2007, par méchant cartman en fusion [retour au début des forums]

superbe article

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