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Cannibal Corpse : "Evisceration Plague"
Vous reprendrez bien quelques boyaux...

vendredi 18 décembre 2009, par Vincent Ouslati

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Je suis par nature un être sensible et aimable, j’aime la rosée du matin qui perle sur les fleurs, les petits oiseaux et la soupe aux vermicelles. Mais je peux aussi muter en cet être sombre et torturé qui écoute, tout barbouillé du sang d’un bébé mort-né le dernier immondice de Cannibal Corpse. Non pas que j’aime vraiment ça, mais j’en écoute parfois pour me rappeler à quel point j’aime les jolies fleurs perlées de rosée et de vermicelles précédemment citées. Evisceration plague, c’est un peu comme un troll qui se masturbe sur un parterre de dahlias, les plus tordus d’entre nous y verront quelque chose de fabuleusement puissant et révolté, moi ça me donne juste envie de sauver les dahlias.

Allons bon, je joue ma chochotte, fait dans mes bas et recule devant le death metal extrêmement bruitiste des cannibales. Vrai que c’est pas ma grosse passion les Canigou Boys, autant je parviens à trouver un certain plaisir même malsain chez Napalm Death, autant un blocage persistent se fait jour lorsqu’il s’agit de Cannibal Corpse. Pas tant d’ailleurs dans leur univers graphique soit-disant provoc’ à mort, c’est gore certes, pas fin itou, moche parfois, bien que la notion de beauté et laideur est bien floue ma p’tite dame d’abord. Butchered at birth par exemple, bien cracra aux entournures mais vraie œuvre d’art !

Pour le coup, Evisceration plague est presque sobre, quelques zombies qui prennent la pause dans l’obscurité, c’est au moins plus élaboré que Kill, binaire à tous les étages, binaire comme sa devanture. A noter que je ne parle ici que du côté graphique de nos étripeurs, je vais de ce pas boucler ce chapitre et en venir à la musique si tant est que ce terme correspond au travail des Floridiens. En parlant de Floride (c’est mon jour "digressions," veuillez m’en excuser), il faudra un jour qu’on m’explique comment l’on peut gueuler dans un micro qu’on va éviscérer des vierges et mixer leurs tripes avec leurs glandes salivaires alors qu’on se trouve dans un hamac sur une plage de Miami. Autant Jack The Ripper qui charcute à Whitechapel je dis pas, mais là... Passons à la musique dis-je.

Il y a deux manières d’aborder le death gore de Cannibal Corpse ou autre "Bloody Sodomy", la première étant de ne pas l’aborder. Et de juger ce type de truc comme la pire incarnation de ce qui peut se vendre sous couvert que c’est une forme d’art brut. Alors que c’est simplement de la merde...

La seconde option étant de se décoincer un peu et de ne pas oublier un point important, tout ça n’est qu’une farce ! De l’entertainment ni plus ni moins bas-de-plafond que Manowar, Kiss, et autres folles peinturlurées qui avant de faire de la musique ont bien pigé que ce qui fait vendre, c’est le marketing, l’image. En gros, choisis ton créneau, vise la clientèle et offre-lui ce qu’elle veut, et si la provoc’ peut faire vendre, fais-en de pleines charettes.

De fait, Evisceration plague côté musique n’a au fond rien de franchement éblouissant, ni rien de déroutant d’ailleurs. Ça reste du gros death sans originalité, classique, fait pour évacuer sa haine et cracher ses amygdales au plafond sans préavis. George Fisher, pardon, Corpsegrinder, en est toujours au stade "aboyer c’est chanter", c’est donc toujours aussi inaudible mais les textes n’ont de toute manière que peu d’importance pour l’auditeur sain de corps et d’esprit. Par contre, c’est lourd. Si Rob Barret, de retour depuis quelques temps aux guitares avait mis un peu de "légèreté" dans la bouillie, ça reste pas très digeste. Le petit con au fond de la salle va me dire "t’écoutes des groupes merdiques, après tu chiales et en plus tu l’écris". Vilain petit con qui n’a pas tort, si je n’aime pas, autant l’occulter et me remettre un bon vieil album de heavy avec plein de riffs et un vocaliste bronzé qui se la joue castra.

Moui, mais Cannibal Corpse, qu’on le veuille ou non, est une institution, reste une valeur sûre d’un genre que l’on peut détester sans aucunes difficultés. Là où on ne peut les attaquer, c’est sur les soit-disantes valeurs malsaines qu’ils véhiculent. Car on peut qualifier Hellhammer de Mayhem de connard de nazillon, ou la totalité des membres de Burzum ou Impaled Nazarene comme des groupuscules de nationalistes dangereux, mais que peut-on reprocher à nos amis nécrophages de Miami Beach ? Vous croyez honnêtement qu’ils bouffent tout crus des gosses en baskets avant de faire joujoux avec leurs boyaux ? Si je n’aime pas leur musique, si l’aspect visuel et textuel est autant rebutant qu’attirant (c’est fait pour...), les Canigou ont le mérite de suivre leur petit bonhomme de chemin crasseux, sans jamais chercher à ouvrir plus grande la porte de la boutique.

Je n’ai pas beaucoup glosé sur la musique (oui, musique) finalement. Pas compliqué, les fans et connaisseurs adoreront, les autres iront voir ailleurs. Les curieux tenteront l’expérience au moins une fois...



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Vincent Ouslati