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Caïna : "Mourner"
Il y a quand même des gens bizarres...

vendredi 22 juin 2007, par Geoffroy Bodart

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Envie d’épater la galerie ? Envie d’écouter quelque chose à la fois retors, compliqué et pratiquement inconnu ? Envie plutôt de vous plonger dans un univers nauséeux et maladif (oui, oui, on a parfois envie de ça aussi) ? Envie de faire dégager quelques invités aux oreilles trop habituées au miel ? Ou tout simplement envie de profiter de nouvelles expériences musicales, seul dans un recoin obscur d’une cave, en oubliant que dehors il y a encore un monde qui tourne sans vous ?

Caïna, c’est avant tout du black metal. Il y a donc de grosses guitares et du chant guttural. Mais Caïna, c’est aussi de la folk. On a donc des complaintes acoustiques au chant clair. Mais Caïa c’est encore du post-rock. Cela implique de longues plages atmosphériques, bruitistes et expérimentales. Saupoudrez le tout d’une production crasseuse, de laquelle émaneraient presque quelques effluves d’égouts new-yorkais et enrobez d’un propos morbide duquel se dégagent quelques vagues relents satanistes. Si, pour terminer, on vous annonce qu’il s’agit d’un projet solo, alors vous aurez tout à fait raison de penser que certains d’entre nous n’ont manifestement pas eu une enfance facile.

Cette tambouille écorche un peu le palais lors des premières cuillérées, interpelle par son goût acre et les lourdeurs d’estomac qu’elle occasionne. Mais on y revient, et c’est là l’essentiel. Et on y découvre tous ses arômes, tout ce travail. Evidemment, ça reste de la cuisine expérimentale, on est loin de la cuisine fast-food prémâchée et bourrée d’anti-vomitifs vous empêchant de renvoyer sur le carrelage votre haché cinquante pourcents plastique-burger, cinquante pourcents rat-burger.

Avec une telle propension à l’expérimentation et à la diversité musicale, on peut difficilement émettre un avis clair sur Mourner, qui soit valable pour l’ensemble de l’album. Même si on parvient à rentrer dans le monde opaque d’Andrew Curtis-Brignell, on n’appréciera pas de la même façon l’oppressante introduction, Waves engulf a pier, plage mi-bruitiste, mi-mélodique (une simple mais très parlante petite partie de piano répétée et déclinée à l’envi) que n’aurait pas renié un Godspeed You ! Black Emperor sous Prozac, les imprévisibles variations de rythme et de thème de Requiem fo shattered timbers, les éructations ridicules de Hideous gnosis ou le minimalisme et la détresse de Morgawr, sans conteste le titre le plus accessible puisque Curtis-Brignell ne fait qu’y gratter sa guitare en se lamentant de sa voix fragile et hésitante.

Alors que ce projet ne devait au départ être qu’un groupe de black metal de plus, la personnalité de son auteur en a fait quelque chose de radicalement différent. A un tel point que l’amateur de gros riffs pachydermiques et de soli supersoniques ne pourra être que déçu, car lorsque la guitare est branchée et saturée, ce n’est que pour ériger des murs sonores sur lesquels le chant vient écraser sa désillusion. Seul reliquat de la musique extrême, quelques poussifs déchirements de cordes vocales viennent irriter les oreilles, mais ils ne sont qu’un élément parmi la foultitude d’idées apportées et d’approches envisagées pour construire Mourner. Et désormais, c’est bien le goût de la recherche et de la destruction massive de tout ce qui pourrait ressembler à un canevas qui semble guider Curtis-Brignell. Il paraît que ce dernier, âgé d’une vingtaine d’années à peine, commence à se faire un nom dans les cercles underground. On lui souhaite de continuer ses investigations musicales et son travail sur l’épure de ses morceaux, afin de se débarrasser des quelques derniers tics encombrants (on a du mal à prendre au sérieux certaines invectives satanistes) qui lui barrent encore la route vers une musique définitivement unique et stimulante, mais toujours aussi sombre et empreinte de tourments.



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Geoffroy Bodart