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Blind Guardian : "A twist in the Myth"
Retour aux sources

dimanche 17 septembre 2006, par Marc Lenglet

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Parrain, avec Helloween et quelques autres vieux sages, de toute la scène metal classique d’outre-Rhin, Blind Guardian se distingua rapidement par l’optique résolument Fantasy de ses productions, toutes inspirées de grandes épopées (imaginaires ou pas, mais le plus souvent liées de près ou de loin aux écrits de J.R.R. Tolkien). Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’Anduin et ceux qui ont héroïquement gagné leur réputation de guerriers-troubadours du metal ont progressivement transformé leur petit groupe de metal héroïque en une référence absolue du genre. Nightfall in Middle Earth et surtout, A night at the Opera marquèrent la métamorphose décisive du groupe, qui cessa alors d’être un groupe de metal stricto senso pour muer en l’équivalent électrifié d’un opéra wagnerien.

Conscients qu’il n’était sans doute pas possible d’encore surenchérir après l’apothéose de A night at the Opera, les bardes de Krefeld ont retourné leur veste sans remords, et sont revenus à quelque chose de plus concentré et carré. Effectivement, on se rend très vite compte que Blind Guardian semble avoir régressé jusqu’aux années de Somewhere far beyond, la puissance symphonique et une meilleure maîtrise de son sujet en plus. On retrouve certes des témoignages tirés en droite ligne des différentes périodes de l’histoire du groupe, mais l’esprit général du nouvel album indique clairement une volonté de revenir à des choses plus simples : les morceaux de cet opus dépassent rarement les cinq minutes et présentent une construction beaucoup plus traditionnelle.

Il s’agit bien là d’un « Twist in the myth », que les plus pessimistes considéreront comme l’affirmation sans ambages que Blind Guardian n’a plus l’intention de faire valoir ses prétentions au trône du « plus grand groupe de metal héroico-progressif ». D’un autre côté, nombreux étaient ceux qui avaient éprouvé des difficultés à avaler le fameux Night at the Opera. La complexité, l’ossature tarabiscotée de l’ensemble et le souci maniaque du détail que proposait cet imposant travail rendaient caduques toute tentative d’écoute « superficielle » et Blind Guardian y avait peut-être perdu en puissance brute ce qu’il gagnait en génie de la composition. En tant qu’amateur de longue date du groupe, je me positionne parmi ceux qui, bien que tout à fait admiratifs de leurs plus anciennes réalisations, avaient eu l’impression à ce moment de toucher l’infini du bout des doigts. Il est peut-être utile de le signaler : je ne doute pas que les amateurs de morceaux plus incisifs considèrent A twist in the Myth comme un bienheureux retour aux sources. Vu mes tendances personnelles, inutile de vous dire que si je m’étais contenté d’un bref contact avec le nouvel album, toutes les conditions étaient rassemblées pour encourir une sévère déception...

Pourtant, à y regarder de plus près, Blind Guardien a su conserver tout ce qui faisait sa spécificité en l’adaptant à cette optique musicale moins luxuriante : le chant inspiré et métamorphique de Hansi Kürsch, les refrains à reprendre en cœur à la table du banquet (Lionheart), les mélopées médiévales plus vraies que nature (Skald & shadows) ou simplement cet esprit de tournoi et de prouesses chevaleresques qui transparaît dans certaines des chevauchées de guitares de l’album (Turn the page). La ballade Carry the blessed home surprend par son côté un peu trop naïf mais Blind Guardian arrive comme jadis à lui conférer suffisamment de majesté pour éviter le naufrage. Fly, assez conventionnel en surface, offre d’intéressantes percussions tribales et un refrain surprenant qui la dote d’une toute autre envergure.

C’est tout l’art de Blind Guardian de réussir, à chaque tentative, à œuvrer dans le domaine éculé du metal épique en esquivant la platitude d’un Hammerfall et la surenchère symphonique d’un Rhapsody. N’empêche... quand bien même la fidélité de Blind Guardian à ses méthodes fondatrices est clairement visible, le fan des derniers albums pourrait être déçu du manque d’ambition manifeste de Twist in the Myth. Quelques écoutes plus approfondies ne manqueront cependant pas de révéler progressivement les nombreuses qualités qui se cachent derrière la façade plus convenue du nouvel album. A twist in the Myth n’est sans doute pas un indispensable de la discographie du groupe mais une nouvelle preuve que, même quand il réduit drastiquement ses ambitions artistiques, Blind Guardian possède toujours une ou deux longueurs d’avance sur n’importe lequel de ses rivaux.



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Blind Guardian : "A twist in the Myth"
(1/2) 11 octobre 2016
Blind Guardian : "A twist in the Myth"
(2/2) 21 octobre 2006




Blind Guardian : "A twist in the Myth"

11 octobre 2016 [retour au début des forums]

I couldn’t agree more of this review. This band was really on top of the other music bands. - Dennis Wong YOR Health

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Blind Guardian : "A twist in the Myth"

21 octobre 2006 [retour au début des forums]

"entre la platitude d’un hammerfall (ou de n’importe quel groupe du genre) et le délire synphonique d’un Rhapsody (dont le dernier album est d’une nullité sans fond)"
On peut dire que pour une fois, vous avez su résumer en quelques mots les qualités majeures de BG, auxquelles nous rajouterons le talent indéniable de son chanteur.

N’empêche : _Nihil novi sub sole : qu’apporte de nouveau cet album ? à part Fly ... _Les chansons ont parfois un caractère trop décousu, à multiplier les breaks pour rien : l’urgence de BG se noie parfois dans une complexité assez vaine. Ils feraient mieux de mettre moins de thèmes dans leurs chansons afin de les développer davantage. _La production est une horreur (sorte de truc au son ultra compacte 100% polyesther), qui me fait presque regretter le temps d’imaginations from the other side.

On ne sait pas trop où veut en venir BG avec cet album...les chansons d’imaginations ou de NIME avaient elles au moins toutes un thème directeur : c’est moins évident ici, avec des titres qui se traînent parfois en longueur avec des breaks inutiles (on touche parfois presque au ridicule rhapsodien)
Finalement, pour reprendre un autre site, leur album le plus directe est peut-être l’un des plus difficiles à avaler.

Peut-être le dernier bon album de BG.
Et l’une des meilleures sorties metal de l’année, à n’en pas douter. (dans un autre genre, je lui préfère le dernier Tool)

NB : je me répète, mais qu’est-ce que c’est que cette production asseptisée ? ils veulent que leur album sonne aussi bien sur CD qu’en MP3 128 ? que les possesseurs de bon matériel audio soient frustrés jusqu’à retourner en enfance ?
Une bonne production doit rendre l’auditeur proche des musiciens. Là, c’est un peu comme si un mur me séparait de BG.
Par opposition, le dernier Tool lui au moins est excellement produit. Mais tant qu’à faire, aujourd’hui, si je veux du son correct, je me vois obligé de choisir le jazz, la musique électronique, ou le classique.

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