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Baroness : "The blue record"
Période bleue

samedi 31 juillet 2010, par Arnaud Splendore

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Baroness fait partie de ces groupes qui défient les classifications. Jetez un œil sur Internet, vous trouverez un paquet de qualificatifs pour décrire la musique du groupe. Post-core, progressif, sludge, doom, stoner, punk... Hormis le rap et la techno, les Américains ont dû passer par toutes les couleurs du spectre musical. C’est d’ailleurs assez amusant de voir de soi-disant experts s’envoyer des pains virtuels pour tenter de raccrocher le groupe à « leur » scène. Pour ma part, je me contenterai de citer Lemmy : « It doesn’t matter what you call it, it’s only rock’n’roll ! ». Comme toujours, Lemmy est la voix de la sagesse. The blue record est un album de rock, et même un putain d’album de rock !

Mais le jeu de la chronique fait qu’il me faut bien trouver un moyen de qualifier la musique de Baroness. Je pourrais me contenter de vous envoyer sur leur MySpace afin d’écouter le bazar et vous inviter à vous faire votre propre opinion, mais mon sens inné de l’intégrité me pousse à refuser la solution de facilité. Chroniqueur musical, ce n’est pas une occupation, c’est un sacerdoce ! Or donc, suivez-moi un instant alors que je vais tenter de décortiquer ce Blue record, et laissez-moi vous dire qu’il y a du boulot. Et après, rendez-vous un service et allez quand même sur leur MySpace, vous ne le regretterez pas !

La première chose qui vous saute aux oreilles à l’écoute de Blue record, c’est la filiation évidente avec Mastodon. Les guitares sonnent grasses et sales, la rythmique est syncopée à souhait, le chant hurlé fleure bon les racines hardcore du groupe et les paroles sont allègrement ésotériques. On retrouve même chez Baroness la dégaine de clodo popularisée par Mastodon. Pourtant, si la comparaison entre les deux groupes est évidente, il existe un paquet de différences qui font que Baroness n’est pas loin de mettre en péril la suprématie de leurs confrères.

Déjà, il faut bien reconnaître que si la musique de Mastodon est riche et complexe, elle n’est pas vraiment facile d’accès. Si je m’écoutais, j’irais même jusqu’à dire que, sur la longueur, leurs albums auraient tendance à être un peu chiants. Point de cela chez Baroness, The blue record est beaucoup plus facile d’accès qu’un Blood mountain, par exemple. Le groupe fait sonner les chanson de façon tellement naturelle qu’on jurerait que l’album a été enregistré en une prise, lors d’une jam-session pliée en une heure chrono.

Pourtant, les choses ne sont pas aussi simples qu’il n’y paraît. A la première écoute, l’album passe comme une lettre à la poste, à tel point qu’on a du mal à se rendre compte du temps qui vient de passer. The blue record pourrait durer une heure ou trente minutes que ça ne ferait pas de différence. Les chansons sont directes et possèdent une énergie propre, quasi punk dans l’esprit, à l’instar de A horse called Golgotha, le genre de brûlot qui a son petit succès en fin de soirée. Mais quand on prête plus d’attention à la musique, c’est là qu’on se rend compte du boulot abattu par Baroness et des milliers de choses que se passent sur cet album.

Illustration parfaite de ce propos, le titre Jake leg est, au premier abord, une sorte d’hymne punkoïde, du genre que l’on scande le poing levé et une bière dans l’autre main. On est pourtant loin du minimalisme à la Ramones, ne serait-ce que cette intro où John Baizley et Peter Adams, les deux guitaristes, nous gratifient d’un duo de guitares digne de Thin Lizzy. Et ce thème revient d’ailleurs à plusieurs reprises durant la chanson, chaque fois avec un petit détail qui change, histoire de garder l’attention de l’auditeur. Mais le vrai génie de Baroness est de faire cohabiter tous ces éléments tout en conservant le côté accessible de leur musique. Jamais l’un de ces deux aspects n’entre en conflit avec l’autre, et le tout forme ce qu’on appelle couramment « un putain d’album ».

Et le groupe pousse le vice jusqu’à appliquer cette alchimie à l’entièreté de l’album. Les titres s’enchaînent le plus naturellement du monde et, quand Baroness se permet un break plus calme sur l’hypnotique Ogeechee hymnal, c’est pour mieux écraser l’auditeur sous sa toute-puissance quand le titre se fond en un véritable rouleau compresseur, sous la forme du monstrueux A horse called Gologtha. De même avec Swollen halo, dont la montée en puissance sert à mieux reprendre le refrain de Steel that sleeps the eye, la ballade folk qui précédait, fusionnant les deux chansons en un tout d’une efficacité redoutable. Baroness ose et réussit tout avec un naturel quasi outrancier, et se permet même un petit voyage du côté de chez Led Zeppelin, avec un Blackpowder Orchard qui fleure bon le dirigeable en plomb. Quand on vous dit que les petits gars sont bourrés de talent !

Au risque de tomber à court de qualificatifs, difficile de ne pas se montrer dithyrambique vis-à-vis de ce Blue record. Pour leur deuxième album, les Américains de Baroness signe un coup de maître. Du mec qui veut se passer un album bien énergique histoire de se défouler au fondu de musique possédé d’une tendance pathologique à tout décortiquer et analyser, chacun trouvera son bonheur, pour peu que vous ne soyez pas allergique aux grosses guitares et aux chanteurs qui hurlent (auquel cas je peux peut-être vous orienter vers un best-of de Céline Dion).

Avec The red album, Baroness affichait une vénération des maîtres de Mastodon, mais sur ce Blue record, Baroness transcende son art et dépasse, à mon sens, leurs maîtres de trois bonnes coudées, apportant à sa musique la fraîcheur et la spontanéité qui manque à Mastodon. Un album tout bonnement indispensable et je ne saurais trop vous conseiller de vous ruer chez votre disquaire préféré au plus vite. Vous me remercierez plus tard !



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Arnaud Splendore





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Baroness : "The blue record"
(1/2) 3 août 2010
Baroness : "The blue record"
(2/2) 31 juillet 2010




Baroness : "The blue record"

3 août 2010 [retour au début des forums]

Bon article, belle pochette. Merci.

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Baroness : "The blue record"

31 juillet 2010 [retour au début des forums]

"pour peu que vous ne soyez pas allergique aux grosses guitares et aux chanteurs qui hurlent (auquel cas je peux peut-être vous orienter vers un best-of de Céline Dion)."

Céline Dion, elle hurle aussi !

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