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Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"
Disney parade

samedi 3 juin 2006, par Marc Lenglet

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Si Bal Sagoth était un membre du show-business français, je le verrais bien comme un curieux croisement de Bernard-Henri Lévi et de Michel Leeb. Tout comme BHL, Bal Sagoth voudrait bien avoir l’air, mais n’a pas l’air du tout. Tout comme Michel Leeb, Bal Sagoth fait rire. Mais c’est un rire difficilement assumé... un rire un peu honteux. On en rit comme on rirait d’un clown Auguste au cirque, parce que l’humiliation, c’est toujours drôle quand on n’est pas directement concerné.

Pourtant, je dois avouer que le concept fondateur de Bal Sagoth a tout pour me plaire. Il faut savoir que Bal Sagoth a étendu un imaginaire alambiqué sur près de six albums (The chtonic chronicles clôture en effet la deuxième épopée imaginée par le groupe, celle de la couronne d’obsidienne), synopsis constitué de flash-backs, de références perpétuelles aux anciens albums, d’extraits de soi-disant manuscrits oubliés et de dialogues théâtraux entre personnage mythiques. Une formation dont les livrets contiennent davantage d’informations que l’entièreté des collections de la British Library, c’est, à mes yeux, une formation qui a une idée assez nette de ses ambitions et qui ne se contente pas de cogiter treize heures en studio pour aboutir à la conclusion « qu’une chanson avec le diable et des pentacles, ça serait tout de même bien vu ». En outre, quand un groupe évoque des Grands Anciens plongés dans le sommeil depuis des centaines d’éons, des combats inter-dimensionnels entre divinités antédiluviennes et les légendes qui hantent encore les hommes au sujet de l’Atlantide, du continent perdu de Mû, de la Lémurie ou de la cité d’Ys, tout cela dans une intrigante régurgitation des œuvres de H.P. Lovecraft, Edgar Rice Burroughs ou Robert E. Howard, ça devient sincèrement excitant. Mais bon, les grandes idées ne font pas les grands hommes, comme on peut s’en rendre cruellement compte ici.

Pour ceux qui ignoreraient la démarche artistique de cette formation britannique au nom si suave, il faut savoir que trois composantes principales forment l’architecture de la musique de Bal Sagoth. Par ordre d’intérêt croissant, l’aspect purement black metal, les orchestrations et les interventions parlées du chanteur.

Commençons par l’aspect purement black metal de la chose. Inutile de rêver, il n’y a là rien qui puisse sortir de l’ordinaire : des lignes de guitares vues, revues, recyclées, réutilisées et périmées depuis plus de dix ans, des cavalcades de batterie ou des déferlement de blast-beats clichés à mort, un chanteur qui fait tout son possible pour correspondre au profil de petit rat enragé avec corpse-paint inclus que tout groupe de sataniste amateur scandinave recherche, des tendances heavy, voire trash, histoire de ratisser large... Le mot qui me vient directement à l’esprit est « Pouah ! ». De ce point de vue, Bal Sagoth aurait mérité de rester dans sa cave, comme tous ces lampistes acrimonieux qui pensent avoir trouvé la seule et unique voie de transcrire le mal et les ténèbres en musique. Mais ce sont les deux autres composantes, et surtout leur force comique aussi irrésistible qu’involontaire, qui placent Bal Sagoth un peu en marge de la grande famille du black metal.

Tenez, prenez les orchestrations symphoniques par exemple. A l’exception de quelques indécrottables morlocks musicaux, les groupes de black metal rêvent pour la plupart de disposer d’une escouade de musiciens classiques pour mieux souligner la noirceur de leur art et la puissance des images qu’ils évoquent. Avec ses thématiques dignes d’une superproduction hollywoodienne, Bal Sagoth est totalement concerné par cette tendance. Mais de deux choses l’une : soit le groupe n’a jamais eu les moyens de s’offrir un orchestre correct (ni même des enregistrements symphoniques corrects), soit il voue une passion secrète au son de Human League, car leurs instrumentations sonnent toujours cheap et hors propos. Entendre ces trompettes de synthétiseur Casio au beau milieu du récit de la lugubre avancée des troupes lémuriennes du prince Lofar à travers les glaces mystiques étincelantes de Thule la disparue (ne riez pas, c’est plus ou moins ce à quoi ressemblent les titres des morceaux en anglais : rappelez vous de The Splendour Of A Thousand Swords Gleaming Beneath The Blazon Of The Hyperborean Empire Part III... !), je ne sais pas, mais moi, j’y perçois un second degré que nos artistes maudits, eux, n’avaient certainement pas imaginé.

Cerise sur le gâteau, le chanteur Lord Byron (Ben quoi ? Ca vaut toujours mieux que « Necrosodomisator », non ?) passe la moitié de l’album à déclamer, d’une voix de stentor de café-théâtre, les sombres légendes des éons oubliés de l’histoire de l’humanité. De quoi rappeler les grognements des méchants dans les dessin animés de notre enfance...

Pourtant, pour être parfaitement complet, The chtonic chronicle est probablement leur meilleure réalisation depuis A black moon broods over Lemuria. Non seulement, on distingue quelques mélodies relativement intéressantes au milieu du massacre mais, surtout, on déniche sur ce nouvel album quelques-uns des ajouts symphoniques les moins grotesques de toute la carrière du groupe, tandis que Lord Byron a finalement pris la décision de s’offrir des cours d’art dramatique (niveau débutant, leçon un : « apprendre à ne plus marmonner »). Bref, Bal Sagoth semble avoir enfin pris la mesure du ridicule qui était le sien et a tenté d’y remédier du mieux qu’il pouvait. Est-ce suffisant pour faire des Chtonic chronicles un album intéressant ? Non, vraiment pas.



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Marc Lenglet





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"
(1/4) 2 décembre 2009, par Killy
Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"
(2/4) 16 décembre 2006, par Zabos
Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"
(3/4) 21 juillet 2006, par Starfire
Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"
(4/4) 3 juin 2006, par jp




Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"

2 décembre 2009, par Killy [retour au début des forums]

Mhmm j’ai arrêté de lire la chronique à partir de corpse paint. Bal Sagoth déguisé en sataniste de bas étage ? Eh bien non je ne crois pas.

Certes en live ça n’a pas l’envergure d’un album studio mais je ne crois pas les avoir jamais vu cachés derrière les artifices classiques du genre black.
Et puisqu’on y est les blast beats ne font pas partie de la ligne habituelle de batterie de Bal Sagoth il me semble même que c’est la première fois qu’ils en utilisent.
Alors oui certes c’est un peu kitsch mais en même temps ils ne vivent pas de leur musique et la composent avec passion avant tout. Ils n’ont pas les moyens de se payer un orchestre et composent avec ce qu’ils peuvent. Tout le monde n’a pas les ressources d’un Dimmu ou d’un Cradle.
Bien sur on peut se moquer, ne pas aimer, mais je trouve l’article vraiment condescendant pour pas grand chose. Qui sur pop-rock peut être intéressé par une obscure formation anglo-saxonne de Black sympho ?

Vous devriez peut être parler de l’album The Great Maddening du groupe Le Grand Guignol, autrement plus intéressant pour des personnes non habituées au genre.
Ce n’est clairement pas leur meilleur album mais tout de même pas de quoi le prendre de haut.
(oui j’ai découvert le site par la chronique en question un peu tard mais je n’avais encore jamais eu l’occasion d’écouter vraiment leurs deux derniers albums avant ces jours ci).

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Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"

16 décembre 2006, par Zabos [retour au début des forums]

A BLack Moon Broods Over Lemuria savait poser quelques bonnes ambiances, entre autres les passages très lourds du morceau "A Black Moon Broods Over Lemuria", ou les frénésies de "Enthroned in the temple of the serpent kings". Les nappes de clavier outrancières sont à l’arrière-plan, elles participent d’une ambiance sans écraser tout le reste.

C’est pour moi le seul album de Bal Sagoth que je puisse prendre au sérieux.

D’ailleurs, je suis capable d’écouter les autres albums en entier, mais non sans sourire, sans appeller un copain pour lui dire "écoute ça, tu vas bien te bidonner". Je ne sais pas dans quelle mesure les membres de Bal Sagoth jouent le second degré, mais pour ma part, en dehors de l’album cité au début, je ne peux que m’ennuyer invariablement à leur écoute si je ne l’invoque pas...

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Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"

21 juillet 2006, par Starfire [retour au début des forums]

Il est vrai que le groupe fait sourire beaucoup de gens, de par les titres à rallonges pompeux, les arrangements grandiloquents pas toujours réalistes, les voix parlées etc ...
Malgré tous ces défauts, je suis fan de leur musique ( peut-être parce que je ne la prend pas trop au sérieux ) justement, le groupe revendique lui-même son côté "comics" ( BDs américaines ) , ce qu’on lui reproche est sûrement une démarche volontaire affirmée et orginale. Ils ont le mérite de pratiquer une musique qui ne ressemble à rien et qui va bien au-delà d’un groupe de Métal traditionnel niveau inventivité, arrangements et même technicité . Certains passages constituent même pour moi des pépîtes ( certains riffs de guitare sont monstrueux ) , ils sont malheureusement boudées par le grand public, leurs albums sont une vraie invitation au voyage.

Je recommande chaudement à ceux qui veulent tenter l’aventure de se procurer l’album " Starfire Burning Upon The Ice-Veiled Throne Of Ultima Thule " ( Ouf ! ) .

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Bal Sagoth : "The chtonic chronicles"

3 juin 2006, par jp [retour au début des forums]

Faudra quand même que j’écoute, car j’ai lu autre part une chronique élogieuse (et bien argumentée) de cet album.
Les gouts et les couleurs...

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