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Apocalyptica : "Apocalyptica"
Les sanglots longs des violons de l’automne...

lundi 14 mars 2005, par Marc Lenglet, Vincent Ouslati

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Après avoir privilégié les reprises qui les avaient fait connaître, Apocalyptica, le célèbre groupe de violoncellistes metalleux, persiste dans son souhait de proposer ses propres compositions. Le très mitigé Reflections avait visiblement servi de rôdage à Apocalyptica, car avec ce nouvel album éponyme, le groupe vient de réussir brillamment son examen d’entrée dans la cour des grands.

Surprise dès la première piste : Life burns ! ne ressemble en rien à ce à quoi on s’attendait de la part d’Apocalyptica. Il s’agit d’un brûlot foudroyant, incisif au possible, chanté par Lauri Ylönen, leader des Rasmus. Contre toute attente, ce morceau, qu’on pourrait soupçonner de prime abord d’être un « bête » morceau de metal à la guitare est joué lui aussi au violoncelle, mais avec une distorsion telle qu’on ne reconnaît réellement plus l’instrument ! Life burns ! a en tout cas le potentiel pour être le Paranoid d’Apocalyptica, le morceau si efficace, si ramassé, si foudroyant, qu’il serait apprécié par l’entièreté du public rock. Avec la présence d’une idole fédératrice au chant (qui a tout de même écrit les paroles, soyons honnêtes), les chances n’en sont que plus grandes. Rêvons, rêvons, ça fait toujours du bien.

On retrouve ce même Lauri Ylönen un peu plus loin sur le premier single, la ténébreuse balade Bittersweet, en duo avec Ville Valo de HIM. Hum... Les deux chanteurs finlandais les plus populaires à l’échelle internationale rassemblés sur un même disque ? C’est pour un gala humanitaire finlandais, avouez ? Ou alors, ça ne sentirait pas un peu le coup fourré destiné à attirer des hordes de petites goths prépubères qui achèteraient n’importe quoi pourvu que leur maître à penser soit de la partie ? Bon, quelles qu’en soient les raisons, on ne s’en tracassera pas plus que ça, puisque le morceau est de bonne facture, sombre et mélancolique, moins irritant que les Rasmus, et moins grossièrement nonchalant que HIM. 

Le reste de l’album est purement instrumental comme d’habitude. Si Reflections manquait sa cible et suscitait au mieux un intérêt poli, Apocalyptica libère enfin le plein potentiel d’un groupe qu’on ne considérait jusqu’ici que comme des spécialistes de la reprise qui exploitaient au maximum une excellente idée de départ. Il est vrai que leurs premières tentatives originales équivalaient - avec un effroyable jeu de mot à la clé - à pisser dans un violon. Apocalyptica semble avoir décidé ici d’exploiter pleinement le côté intrinsèquement déprimant de leurs instruments fétiches. Des titres comme Farewell ou Deathzone vibrent de tristesse et de mélancolie, constat auquel on n’arrivait pas souvent sur les albums précédents. Bien entendu, Dave Lombardo est à nouveau de l’aventure, et apporte ses talents de marteleur de fûts aux séquences les plus brutales de l’album (Betrayal/forgiveness). On remarquera par ailleurs tout au long de l’album une volonté de faire dans le trashy peut-être un peu excessive par moments, d’autant plus que la spécificité de la formation finlandaise se ressent définitivement plus dans les compositions apaisées. Autre guest-appearance assez curieuse, on notera la prestation de Manu du groupe Dolly sur le titre Quutamo, qui tire son épingle du jeu de fort belle manière.

Là où Reflections demeurait une aimable curiosité vite oubliée, Apocalyptica frappe un grand coup - malgré quelques petites fautes de goût - et impose le trio finlandais comme une formation pleine de ressources avec laquelle il faudra compter dans l’avenir.

M.L.


J’avais débuté mon Apocalypticathérapie par le vrombissant Cult, qui avait réveillé dans mon âme de jeune métalleux un penchant certain pour cette bande de fins Finnois (huhu, oubliez..). L’arrivée de Dave le Diabolique et de ses fûts infernaux tout droit venu de Slayer posait la question d’une certaine normalisation de Toppinen &Co, une façon de rentrer dans le rang. La fin de l’omniprésence des violoncelles sonnait dans mon esprit fatigué comme la fin de ce côté atypique qui me plaisait tant.

Alors, dois-je me flageller avec force à l’écoute de ce "Apocalyptica Mod°05" ? Premier morceau , Life burns, déroutant car les instruments sont méconnaissables, rentre-dedans, et le “Rasmus boy” s’en tire honorablement. Dans le cas de Life burns et Bittersweet, il faut l’avouer, Apocalyptica n’a pas encore trouvé “The Voice” mais on progresse. Quand Thor Et Odin auront fini de se barbouiller la gueule avec des Fjords, ils feraient bien de consacrer leur divins pouvoirs à dénicher un chanteur potable pour ce groupe. A noter la prestation de Manu du groupe français Dolly dans la dernière piste. Oubliable...

Le reste de l’album est lui purement instrumental, et plutôt de qualité, Eicca parvient à nous pondre des compositions agréablement tournées, notamment les passages calmes qui sont la vraie réussite de cet album, hormis Farewell qui, loin d’être imbuvable, n’ évite pas le pathos qu’engendre parfois le violoncelle. Mais, pourtant je n’accroche pas vraiment à cet album, trop dispersé. Étonnamment, Reflections était pour moi plus convaincant, pas exempt de défauts non plus, et l’on pouvait sans état d’âme lui évacuer deux ou trois pistes redondantes. Mais il y avait un je ne sais quoi de folie avec alternances de morceaux lents et mélodiques entrecoupés des coups de sang purement Nordiques, du genre, allez les gars, on y va à fond, de toute façon on est les seuls dans notre créneau, on peut se faire plaisir et comprenne qui pourra, par Thor !!

Pour ce nouvel opus, on dirait que tout ce petit monde s’est assagi, plus pro, moins prompt à mettre la gomme, et ce malgré un Dave Lombardo qui officie avec talent au poste de batteur bombardier. Ce n’est pas encore ce coup-ci qu’Apocalyptica nous sortira son chef-d’œuvre (mais n’est-ce pas déjà le cas avec Cult ?) mais les efforts sont notables.

V.O.



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Marc Lenglet

Vincent Ouslati