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Amorphis : "Skyforger"
Nouvelle théorie de l’Évolution

jeudi 28 mai 2009, par Vincent Ouslati

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Selon Darwin, l’Homme serait un singe devenu par hasard plus intelligent que la moyenne et qui aurait un jour snobé ses potes trop cons pour lui. Si cette théorie de l’évolution est vraie, Lamarck pensait par exemple qu’il ne s’agissait aucunement de hasard mais bien de mutation héréditaire, prenons par exemple la girafe qui... pardon je m’égare. Bref, Amorphis pourrait bien être un bon exemple de la théorie darwinienne mais rapporté au petit monde de la musique. Soit un deatheux moins bourrin que ses congénères qui, emmerdé par le vent soufflant fort dans les crânes s’en est allé voir sur un autre cocotier. Quinze ans d’évolutions, ça donne Skyforger qui a autant de rapports avec le death primitif que Cro-Magnon avec les tickets restau.

Notre primate moins neuneu a démarré par le death mélodique vers 1994 Ap. JC. Le reste de la horde jugeait que ça faisait un peu tapette et les mâles dominants manifestèrent leur désaccord avec force cris tout en brandissant leurs membres virils en guise d’intimidation suprême. Hors de question qu’on vire babouine, nous on aime imiter le râle d’un brontosaure, taper sur des peaux de mammouth et forniquer par pure nécessité de survie, c’est ça l’esprit.
Amorphis n’avait plus cœur à poursuivre dans ce sens, et sentait qu’il y avait mieux à faire. Au delà de la caverne, le ciel était d’un beau bleu limpide, le soleil trônait majestueux au dessus des têtes, un léger vent faisait mouvoir les crinières et apportaient aux naseaux nombre de senteurs nouvelles, inconnues.

Alors le petit Cro-Deatheux a évolué, muté, s’est débarrassé de sa panoplie de Big Foot mal dégrossi et a fait, pas après pas, un foudroyant parcours dans des zones encore vierges. Le primitif est devenu plus mature, moins sombre et repoussant. La voix a changé, passant des borborygmes incompréhensibles à une belle tonalité claire, conservant simplement les cris primaires pour effrayer les prédateurs. Le tambour martelé dans un mouvement imbécile et basique a fait place à de la nuance, à de la sophistication. L’"animal" se prit de passion pour de nouveaux instruments incongrus comme le piano, laissant évacuer des sons délicats bien loin des barbarismes de sa horde de beaufs.

Exemplaire est le parcours d’Amorphis, cherchant par tous les moyens à rendre sa musique inattendue, un socle fondé sur ses sombres origines, les branches allant titiller tout élément un tant soit peu mélodique qui pourrait les extraire de la boue. Le pic de cette grande mue aura certainement été atteint avec Silent waters voilà deux ans. Je serai d’ailleurs assez vicieux pour vous le conseiller en premier lieu avant même Skyforger. Non pas que ce nouvel album soit mauvais, mais il reprend peu ou prou la même recette que son prédécesseur, ce qui indique une certaine pause dans l’évolution de l’espèce.

Une pause, pas une régression, car Skyforger, bien que similaire dans ses choix mélodiques est un bien bel album. Des origines on en trouve encore quelques traces comme cette courte partie chantée/growlée sur Sampo ou Majestic beast. Un peu comme ce reste de queue que nous, z’êtres z’humains, nous trimballons au bout de la colonne vertébrale (tâtez-vous le derrière, vous allez voir). Ca ne sert plus à grand-chose, mais c’est un petit rappel intéressant. Mis à part ce détail anatomique, Le groupe a depuis déjà quelques temps orné sa musique de touches folkloriques, de vernis presque pop (non c’est pas un blasphème). Et il n’y a pas à douter que ces Finlandais ont fait tache dans un pays ou le death sanglant et bas du front régnait en maitre.

Folk, pop, metal, gothique, il faudrait utiliser le chapeau de cet article pour définir avec une précision de scribe l’ensemble des composantes de la musique du groupe. Certains éléments me rappellent Paradise Lost, d’autres vont plus nettement dans un heavy maidenien (soli de guitare sur From the heaven of my heart). Ajoutées aux notes de pur folklore des fjords disséminées un peu partout et l’air très dansant global, Skyforger est incontestablement du grand ouvrage, tel le bébé parfait que tous les parents rêvent d’avoir.

Peut-être est-ce justement que cet album est un peu trop lisse, trop peu dissemblable. Il marque donc un petite pause dans cette progression tant louée et fait office de solide confirmation à défaut d’être un pic créatif. Pas grave en soi, vu que cet opus est encore nettement au dessus de la moyenne. On attend quand même impatiemment la prochaine étape de la mue.



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Vincent Ouslati





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Amorphis : "Skyforger"
(1/1) 27 novembre 2015




Amorphis : "Skyforger"

27 novembre 2015 [retour au début des forums]

The melodies of the songs are captivating. Sure, this is one great album. - Dennis Wong YOR Health

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