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Sepultura : "Roots"
Des racines et des ailes

jeudi 18 septembre 2008, par Marc Lenglet

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Il est très rare qu’un groupe de metal attire l’attention de la presse généraliste, a fortiori un groupe de metal gravitant dans les sphères extrêmes. Tout au plus les responsables pages culturelles les plus ouverts abordent-ils de temps à autre une formation comme Metallica, pour citer un exemple bateau, dont la renommée est telle qu’on ne peut décemment faire comme si elle n’existait pas. C’est pourtant ce qui arriva au Roots de Sepultura, en 1996, qui révéla au monde que non seulement le metal respirait encore mais qu’il avait même contaminé des terres aussi lointaines que le Brésil. Et tout cela grâce à un unique élément, relativement novateur quoique déjà très politiquement correct : la rencontre du metal et de la world-music.

Redoutable machine de combat dans sa catégorie, Sepultura demeurait inconnu en dehors du cercle des amateurs de thrash. Histoire de remédier à cette situation, le groupe brésilien, sous la houlette de son leader/dictateur Max Cavalera, amorça sa métamorphose dans deux directions différentes. Tout d’abord, après avoir pris la mesure des nouvelles tendances du metal, KoRn et Deftones en tête, Sepultura prit la décision d’abandonner le thrash pur et dur pratiqué jusqu’alors pour s’approprier les caractéristiques des formations en vogue. Breed apart par exemple, est très influencé par les premiers albums de KoRn, avec ce chant pour moitié murmuré, pour moitié hurlé. Lookaway est également symptomatique de cette évolution, qui deviendrait commune à de nombreuses formations dans les années qui suivraient (voir par exemple la transition - nettement moins convaincante - de Machine Head). Sur ce dernier titre, on retrouve d’ailleurs Jonathan Davis de KoRn et Mike Patton de Faith No More crédités au chant, tandis que DJ Lethal vient poser quelques scratchs. Enfin, la production, confiée à Ross Robinson (qui produisit ensuite Cure), s’inscrit parfaitement dans la mouvance qui tenait le haut du pavé durant la seconde moitié des années 90. Dans l’ensemble, la lourdeur et la relative simplicité de cette nouvelle optique ne sont pas sans faire regretter les fulgurances et la haute précision d’un Beneath the remains, voire d’un Chaos A.D.. Malgré la présence de l’immortel Roots bloody roots, sans doute l’un des titres les plus emblématiques du metal des années 90, on qualifiera, avec le recul, ce choix artistique d’hasardeux et vraisemblablement guidé par des impératifs de vente. Heureusement, la seconde innovation apportée par Sepultura, nettement plus intéressante celle-là, compense largement cette volonté de dégraissage nu-metal.

Sepultura désire que son art soit représentatif de son origine géographique et tourne son regard vers le lieu où bat le cœur musical du Brésil, la province du nord-est et plus précisément la ville de Bahia, patrie de la samba-reggae, du baião et de la capoeira. L’objectif était d’inclure les caractéristiques rythmiques et mélodiques de ces courants folkloriques au sein d’une musique ultra violente. Si l’évolution dans les parties de guitare n’est pas toujours très perceptible (et se remarque principalement au niveau de la nouvelle orientation nu-metal du groupe), le véritable héros de Roots est incontestablement le batteur Igor Cavalera, qui amène une spécificité et un groove jamais vu jusqu’alors dans une formation de ce genre. Refusant de se cantonner à la facette afro-européenne de la culture brésilienne, Sepultura décida également de faire participer des Indiens Xavante - une tribu vivant repliée sur elle même dans les jungles du Mato Grosso - à la conception de l’album. Peu suspects de sympathies envers les Blancs, les Indiens finirent cependant par accepter la proposition. Selon la petite histoire, la musique de Sepultura leur avaient apparemment tapé dans l’oeil, et ils supposaient que ces chevelus couverts de tatouages étaient discriminés tout comme eux. Nombre de compositions incluent ainsi des percussions ou des chants tribaux réalisés par les Xavante et un titre (Itsári) leur est même intégralement dédié.

Aussi célèbre soit-il, Roots possède son lot de détracteurs : entre les puristes mécontents de voir une supposée intégrité sacrifiée sur l’autel des tendances en vogue, et ceux pour qui cet album reste encore beaucoup trop marqué par son héritage thrash et death, Roots éprouve parfois quelques difficultés à se faire sa place, même s’il doit s’agir d’un des albums de metal qu’on retrouve le plus fréquemment sur les étagères de ceux qui ne sont pas plus amateurs du genre que ça. Il est vrai qu’à l’exception de la rythmique, l’optique neo marque une nette baisse de régime dans la richesse des compositions du groupe. Pourtant, Roots ne manque pas de compositions de très haute volée. Ratamahatta par exemple, véritable acte de naissance du tribal-metal et symbiose la plus convaincante qui soit sur l’album, Roots bloody roots évidemment, mais aussi Cut throat et le brutal et concis Dictatorshit.

Roots marque pourtant un arrêt assez net dans la montée en puissance et en qualité de Sepultura. Pas forcément supérieur aux albums précédents, Roots est le témoignage d’une mutation. Sepultura s’y transforme en quelque chose de neuf, de radicalement différent de ce qu’il était jusque là, tout en s’imposant à la hussarde comme une référence historique, non plus du thrash mais du rock en général. Avec ses qualités évidentes mais ses faiblesses tout aussi visibles (du moins, selon que l’on ait une approche rigide du parcours d’un groupe ou au contraire, que l’on salue tout changement au minimum comme un volonté de lutter contre la sclérose artistique), Roots fut, dans un certain sens, un point culminant en forme de chant du cygne pour Sepultura, puisque ni Soulfly (trop éparpillé), ni le Sepultura de Derrick Green (qui semble définitivement coincé en seconde division) ne retrouvèrent jamais le niveau atteint sur cet album. Reste à découvrir ce que Cavalera Conspiracy nous réserve pour l’avenir.



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Sepultura : "Roots"
(1/1) 24 décembre 2010, par Nicodick




Sepultura : "Roots"

24 décembre 2010, par Nicodick [retour au début des forums]

Encore un article de M. langlet qui decidemant ne maitrise pas bien son sujet.. Deja Sepultura avait pris un tournant majeur ds leur style musicale avec chaos ad, qui n’est plus un album de thrash( nb que seulement 3 albums de sep sont thrash, scysophrenia, beneath et arise ) mais qui deja adopte un un style plus lent, que les album precedent , des morceaux aux structures plus simple plus droit au but , roots s’inscrit dans cette evolution , mais la vrais tourant c’est CHAOS AD, qui na rien a voir avec ARISE alors qu’ils ont deux ans d’ecarts. Bosse un peu ton sujet ou fait des articles sur U2 mec...

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