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Moonspell : "SIN/Pecado"
Et Dieu créa le péché...

dimanche 21 janvier 2007, par Geoffroy Bodart

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Le moins que l’on puisse dire à propos de Moonspell est qu’il s’agit d’un des groupes les plus polymorphes de la scène metal. Entre black metal cataclysmique et hurleur au possible (Wolfheart, Memorial), metal gothique classique mais fabuleusement torché (Irreligious) et ce SIN/Pecado, les Portugais nous auront offert plus de sons, de sensations et d’ambiances différentes que l’immense majorité de leurs petits camarades de jeux. Un groupe inconstant ? Un groupe qui se cherche sans se trouver ? Non. Tout simplement un groupe qui ose. Car si dix ans ont passé depuis sa sortie, cet album refuse toujours obstinément de vieillir. C’est la marque des grands disques, des classiques, pas de ceux qui étaient en avance sur leur temps, mais de ceux qui ont ce petit quelque chose qui leur permet d’accéder à l’immortalité (oui, à ce point-là).

Avec SIN/Pecado, Moonspell propose son album le plus ambitieux, le plus audacieux et le plus contradictoire. Contradictoire en effet car, autant cet album est le plus accessible de leur discographie pour le grand public, autant il constitue leur effort le plus abouti, le plus travaillé et le plus expérimental. Cette alchimie rare est le fait de la quasi-disparition des hurlements inaudibles dont votre serviteur est si friand au profit d’un chant d’une justesse et d’une puissance étonnantes. On la doit également à ces quelques effets électroniques, à ces titres mid-tempo, à ce travail sur les ambiances (qui ne sont pas expédiées avec une simple nappe de clavier ou d’orgue comme on en a trop souvent entendu). Magdalene est l’exemple le plus frappant et le plus fabuleux de cette nouvelle (et, l’avenir nous l’aura appris, temporaire) orientation. Un rythme lancinant, des paroles mystérieuses, un refrain hypnotique, un fantastique travail à la batterie, ce titre a tout d’un hymne pour fada de l’occultisme. Des plages de transition comme Flesh et ses sonorités arabisantes, des bizarreries électro-indus à la Eurotic A participent de même à l’accomplissement de cet objectif d’élargissement du spectre musical exploré.

De là à en déduire que nous n’avons plus du tout affaire à un groupe ni à un album de metal, il n’y a qu’un pas qu’il ne faut surtout pas franchir. Pour preuve Abysmo. Je mets au défi n’importe quel chevelu d’écouter ça assis sur une chaise, les mains posées sur les genoux, sans bouger. C’est valable également pour tous les autres, quel que soit leur style de prédilection. Ce morceau est l’un des plus ravageurs qui soit et fait ressortir des instincts enfouis bien loin de course éperdue face au danger. Ne pas oublier non plus Mute, son riff pesant, à la limite du doom, accompagné par les inévitables claviers grandiloquents, et son solo de guitare ciselé à l’extrême. Let the children cum to me mettra également tout le monde d’accord.

Ces deux pans que d’aucuns pourraient trouver antinomiques de la musique offerte sur SIN/Pecado réussissent en outre le tour de force d’être complémentaires. Il ne s’agit pas d’alterner calme et tempête, douceur et rugosité de manière métronomique pour ainsi essayer de donner à chacun quelque chose qui lui plaira, mais d’exprimer, d’une certaine manière, la réconciliation du masculin et du féminin, puisqu’il s’agit-là du propos principal du disque. Car même s’il ne forme pas un bloc compact dont le sens ne peut être perçu qu’une fois envisagé comme un tout, cet album est presque conceptuel, de par sa thématique, mais aussi de par l’unité de son, et l’enchaînement qui semble évident d’une chanson à l’autre. Et puis, même si les mélodies sont là, même si le sens du titre qui fout la frite est indéniable, les clichés de production et de construction des chansons (couplet-refrain) ont été balancés dans un fossé quelques kilomètres plus tôt, le groupe préférant des structures recherchées, demandant un investissement de la part de l’auditeur. Comme son nom l’indique, SIN/Pecado traite du péché. Le péché originel, cela va de soi. Certains pourraient craindre, de la part d’un groupe de metal qui s’attaque à un sujet religieux, une débauche de propos haineux et de provocations satanistes. Il n’en est rien. Fernando Ribeiro et ses acolytes ne se gênent évidemment pas pour fustiger le catholicisme (confer le détournement de l’imagerie religieuse de la pochette du disque, même si celle-ci est plus sage que ce qu’on a déjà pu observer), mais la démarche ne sonne pas gratuite et elle permet quelques solides réflexions, comme sur Handmade God, par exemple, qui traite de la parentalité (They promised me a miracle / A private God for me to hold / They promised me a miracle / Someone to really really love ; Is it right to indulge on an ecstasy / of creating a God that sees what I see / looks exactly like me / rather what I wanted to be. Sans pour autant être hermétique, SIN/Pecado n’est pas de ces albums qui s’écoutent confortablement avec le cerveau débranché si l’on veut correctement l’appréhender et jouir des incessantes surprises dont il est constitué.

Enfin il y a cette rythmique qui ouvre et clôt l’album, donnant une impression de boucle, d’Urobore, de retour au point de départ pour démarrer un nouveau cycle. Outre la pertinence de l’allusion au serpent qui se mord la queue (le serpent est bien sûr l’incarnation du mal, du péché originel, et les allusions au reptile sont légions tout au long du disque), par cette allusion symbolique, le groupe affirme que l’album se suffit à lui-même et assume le statut d’OVNI, de disque à part, de SIN/Pecado dans sa discographie. Et surtout, Moonspell avoue être conscient d’avoir atteint son Absolu.



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Geoffroy Bodart