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Kyuss : "Welcome to Sky Valley"
L’herbe du Diable et la petite fumée

samedi 14 août 2010, par Vincent Ouslati

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Lorsque Carlos Castaneda publie l’Herbe du Diable et la petite fumée, nombreux seront ceux qui se fouteront de sa gueule. Un scientifique (anthropologue) dit sérieux ne peut décemment raconter des conneries aussi puissantes que ses récits de trip au jus de racines et de courses à poil dans le désert. Le mystérieux Don Juan qui l’initie aux rituels chamaniques dont il se dit le témoin et l’acteur serait parfaitement inventé, et Carlos ne serait qu’un pauvre fabulateur, autant dans sa vie personnelle que professionnelle.

Soit, Castaneda élude certains moments et en glorifie d’autres, mais aucune règle ne lui imposait un travail d’une précision maladive et malgré quelques tournures trop peu personnelles pour être franches, le texte, même gonflé, même arrangeant une réalité déjà bien malmenée, reste toujours aussi passionnant, et peu importe au fond la réalité des faits.

Sans faire beaucoup d’efforts, la lecture de Castaneda et l’écoute de Kyuss s’entremêlent parfois dans mon absurde quotidienneté et loin d’un hasard, les liens se devinent aisément. La coïncidence porte en premier lieu sur un aspect géographique. Don Juan Mutis est d’origine Yaqui, peuple basé entre l’Arizona et l’Etat mexicain de Sonora. Kyuss lui trouve ses origines dans la Californie voisine, à Palm Desert. Mêmes terres arides, mêmes cinglés notoires, mêmes métissages plus ou moins volontaires, mêmes esprits malades.

Castaneda use de Don Juan comme d’un miroir à ses propres pensées philosophiques, et les trips au peyotl ne sont ici que pour développer et désinhiber ses ardeurs d’intellectuel raté. Les drogues facilitent l’exposition de ses idées, la chaleur et l’aridité faisant le reste. Kyuss ne procède pas autrement dès ses origines, Josh Homme utilise l’environnement proche et les esprits malmenés par les drogues et la chaleur infernale pour alimenter sa musique. Là est ce fameux stoner journalistico-proclamé qui ne restera jamais qu’un effet marginal (mais magistral) de quelques allumés sur le rock souffreteux.

La lourdeur des éléments qui se dépeint dans la lourdeur des guitares, les hallucinations qui s’entendent, comble pour un phénomène visuel, dans les vocalises à peine justes de Garcia. Que faut-il décrire dans la musique de Kyuss mis à part cette écrasante démence ? Une folie parfaitement dosée cependant, Welcome to sky valley atteint une sorte d’excellence tout en usant des mêmes artifices que ses prédécesseurs. Chez Kyuss, le plomb vaut bien plus que l’or.

Entre puissance et subtilité, Demon cleaner reste un sommet de force écrasante, pourtant contrebalancé par le doigté sensible d’un Homme apaisant sur Space cadet, cet art de forcer le trait et d’en affiner l’aspect, de l’élégance des psychopathes.
Disque d’un absolu génie, n’allons pas en remettre trois chapitres et limitez-vous à écouter inlassablement Gardenia, Asteroid ou encore Odyssey, diamants dans la mine, conquérant d’un univers parallèle où les loups parlent aux humains, où les chacals s’animent sur les peaux "finement" frappées de Brant Bjork.
Qu’il est maladroit de vouloir défendre ce voyage dans la vallée du ciel qui vous fournit en quintaux une pléiade de sentiments divers, jamais loin du plaisir, de la plénitude et de sublimes envies libertaires. Kyuss... Et dire qu’on oublie parfois ces dingues dans le panthéon de la musique, honte sur ma tronche.

« Si l’homme cependant surmonte sa fatigue et accomplit son destin, on pourra vraiment l’appeler homme de savoir, même s’il n’a pu qu’un bref moment repousser son dernier ennemi invincible. Ce moment de clarté, de puissance et de savoir aura suffit. »*

*Carlos Castaneda, L’herbe du diable et la petite fumée Editions 10/18 P. 90.



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Vincent Ouslati