|
|
KoRn : "KoRn" Psychothérapie de choc mercredi 15 février 2006, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
Il faut avoir vécu en direct la formidable montée en puissance de KoRn dans ses premières années d’activité pour comprendre à quel point son premier album a pu faire, en son temps, l’effet d’une véritable bombe nucléaire et - n’ayons pas peur des mots - avec quel génie féroce il s’est montré capable d’inverser la vapeur en faveur d’une scène metal moribonde. La pochette, lourde de noires suppositions, laisse déjà planer un sentiment diffus de malaise. Le contenu est bien pire encore.
En dépit de son statut de patriarche de la scène nu-metal, KoRn n’a depuis bien longtemps rien de mieux à nous proposer que de bons albums, bien fichus, bien produits, mais dont la spécificité se dilue en de coûteuses tentatives de s’offrir une certaine respectabilité. Voici dix ans, le combo californien était à mille lieux de s’imaginer qu’il connaîtrait une telle destinée. Une innocence sincère qui lui permit probablement de larguer, en toute méconnaissance de cause, un tel pavé au cœur de la terne scène metal de l’époque. Ecrasé en un bref combat singulier par la vague de rock alternatif du début des années 90, le metal bariolé et festif de la grande époque survivait sous perfusion grâce aux dividendes engrangées en des temps meilleurs. Plutôt que de s’obstiner à réanimer ses restes cocaïnés, KoRn va sauver la mise en proposant quelque chose de radicalement différent, quelque chose de si novateur et inattendu qu’eux-mêmes rechigneront à leurs débuts à se considérer comme un groupe de metal. Les manipulations génétiques entre metal et hip-hop avaient certes déjà été tentées : Aerosmith et Anthrax s’y étaient essayés, Suicidal Tendencies et Faith No More avaient creusés le sujet plus profondément et Rage Against The Machine en avait fait son fond de commerce. KoRn allait reprendre l’expérience là où elle avait été abandonnée et n’aura de cesse d’approfondir sa maîtrise de la fusion des genres, même si un trop radical virage sur Follow the leader leur attirera des commentaires plutôt partagés. En combinant cet aspect hybride avec une violence caractéristique du hardcore ou de l’indus, le résultat allait se révéler aussi inattendu que jouissif. KoRn ne serait cependant rien sans les musiciens hors normes qui le composent. Des guitaristes qui accordent leurs instruments à un niveau effroyablement bas, des lignes mélodiques épileptiques et brutalement changeantes, et un son de basse unique et révolutionnaire, que l’on doit à l’excentrique autant qu’imprévisible Fieldy. Et surtout, Jonathan Davis, un chanteur hystérique et désaxé qui compense sa voix incertaine d’alors par une violence verbale et vocale à faire froid dans le dos. Abusé sexuellement dans son enfance, adolescent ingrat moqué par ses camarades (le titre Faget), assistant du coroner du comté à la morgue, le moins que l’on puisse dire est que Jon Davis n’est pas forcément quelqu’un d’équilibré à cette époque, et cela se ressent dès que les premières lignes de chant sont posées... ou plutôt crachées sans ménagement à la face du monde. Tous ses démons intérieurs y explosent avec une intensité effrayante, en une dérangeante version d’un divan de psychanalyse. D’une extrémité à l’autre, ce ne sont qu’éruptions de haine, crises de larmes, halètements de souffrance, au travers de morceaux qui ne ressemblaient à rien de connu jusqu’alors. Blind, le premier single à avoir révélé au monde l’existence de KoRn (par ailleurs morceau composé pour le premier groupe de Davis, Sex Art) est un exemple de simplicité et d’efficacité comme on aimerait en voir plus souvent. Shoots & Ladders, sa célèbre intro à la cornemuse et son air de comptine malsaine, est sans doute l’une des expériences sonores les plus saisissantes qu’on avait entendu jusqu’alors, tandis que des chefs-d’œuvres cathartiques tels que Need to et Daddy dégoulinent d’un réalisme presque douloureux. Davis projette sa souffrance dans ces titres avec une telle intensité, une telle volonté de la faire ressentir à tous, qu’on est tout prêt à s’abandonner à son jeu pervers. Non, exprimer de la souffrance, ce n’est pas juste crier très fort et toujours sur le même ton. Certains aujourd’hui ne l’ont toujours pas compris, mais vendent malgré tout des semi-remorques de disques. Sans doute, la souffrance est-elle devenue plus binaire qu’à l’époque... Avec, dans un registre très différent, l’extraordinaire et « Cure-esque » Untouchables, ce premier album du combo de Bakersfield est un chef-d’œuvre absolu, entier, d’une brutale honnêteté. Sa progéniture ne tardera malheureusement pas à dégénérer en désespérants avortons mal dégrossis qui confondent blessures enfouies et accidents de skateboard. Tant pis, on ne choisit pas ses enfants. Et de toute façon, ce vibrant malstrom de bruit, de rage et de douleur les dédouanera de toute responsabilité pour de longues années encore. |
|||
|
|
|
Il y a 12 contribution(s) au forum. KoRn : "KoRn"
(1/5) 5 mai 2006, par Linka KoRn : "KoRn"
(2/5) 21 février 2006, par Nimh KoRn : "KoRn"
(3/5) 16 février 2006, par Niels KoRn : "KoRn"
(4/5) 16 février 2006, par Antipop-rock obsessionnelle KoRn : "KoRn"
(5/5) 15 février 2006, par Paipone |
KoRn : "KoRn" 16 février 2006, par Marc Lenglet [retour au début des forums] Il se trouve dans la rubrique en cours d’Orange metallique. Et pour synthétiser, j’en pense beaucoup de bien...au point de l’avoir mis dans mon top 5 de l’année.
KoRn : "KoRn" 16 février 2006, par Zouzou [retour au début des forums] "Signé : Un clavier avec des doigts dessus" Mais malheureusement pas de cerveau. KoRn : "KoRn" 16 février 2006, par R.T. [retour au début des forums] Mais c’est incroyable ça. Les gens sont incapables de voir du second degré ou quoi. Pourtant, elle en fait suffisament des tonnes pour qu’il n’y ait pas le moindre doute. Il faut lire les textes au lieu de simplement les regarder. Mea culpa 16 février 2006, par Zouzou [retour au début des forums] Maintenant que tu le dis...
KoRn : "KoRn" 16 février 2006, par Uncle Luke [retour au début des forums] R.T., j’ai honte, mais je me serais fait avoir si je n’avais pas lu ta réponse. Le seul truc qui m’a fait douter, c’était "Anti pop-rock obsessionnelle", mais le reste est similaire à ce que j’ai lu ailleurs et qui n’était pas du second degré. Sinon, excellente chronique, qui m’apprend ce que je voulais savoir sur cet album et le contexte dans lequel il a été fait. C’est bizarre, mais je ressents de la nostalgie quand j’y pense, alors qu’il n’est pourtant pas bien vieux. KoRn : "KoRn" 16 février 2006 [retour au début des forums] Ton QI frise le 000000000000000000 absolu !
KoRn : "KoRn" 15 février 2006, par kid j [retour au début des forums] les 3 premieres chansons de FTL sont tres tres impressionantes en effet...
|