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Iron Maiden : "No prayer for the dying"
Histoire d’amour

vendredi 28 mai 2010, par Arnaud Splendore

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1990, un garçon de quatorze ans tombe par hasard sur le clip de Holy smoke, à l’époque où MTV diffusait encore de la musique. Intrigué par ces sons faisant la part belle aux guitares, avec ce chanteur à la voix puissante à des kilomètres de la variété qui polluait déjà les ondes à l’époque, le garçon se rend chez son gentil disquaire, sort son argent de poche et s’empare de cet album à la pochette qui constitue déjà tout un poème (et qui va filer des cauchemars à sa mère pour les années à venir). Et là, c’est la révélation, l’introduction à tout un nouveau monde musical. Vingt ans plus tard, le garçon est devenu un fan intégral de metal et chronique des disques sur Pop-Rock. Voilà la parfaite occasion de rendre hommage à cet album initiatique.

Cette nouvelle décennie représente à plus d’un titre un tournant dans la carrière d’Iron Maiden. Pour la première fois depuis longtemps, le groupe doit faire face à un changement de personnel. Adrian Smith, fidèle de la maison Maiden depuis 1981, trouve que le groupe tourne en rond et décide d’aller chercher fortune en solo. Exit Smith, entre Janick Gers, guitariste relativement inconnu hormis une collaboration sur l’album solo de Bruce Dickinson, Tattoed millionaire. Plus qu’un changement de personnel, le départ de Smith représente un véritable bouleversement dans les habitudes des Anglais. En effet, cela brise non seulement une paire de guitaristes qui, depuis neuf ans, avait développé des habitudes de jeu aussi bien en studio que sur scène. Mais en plus, Smith était un des compositeurs principaux de Maiden, signant certains des titres les plus originaux du groupe, comme Wasted years ou Sea of madness.

Outre ce départ, Iron Maiden va devoir faire face à un autre problème. 1990 annonce un changement musical d’importance. Finis le faste et les productions grandiloquentes des années 80, le public a faim d’autre chose. Ce climat qui va annoncer l’avènement du grunge, Maiden l’a senti venir. Le groupe, surtout via Dickinson, garde bien à l’œil le pouls de la scène musicale et sent venir le changement. Maiden comprend bien que, s’ils veulent survivre à cette nouvelle décennie, ils ne peuvent plus se permettre de répéter inlassablement la formule qui fait de Seventh son of seventh son un album au lustre impeccable, mais totalement vide de substance. Ajoutez à cela les problèmes d’égo grandissants entre Dickinson et Steve Harris et vous obtenez tous les ingrédients d’une recette pour un désastre.

C’est un groupe aux abois qui rentre en studio pour mettre en boîte l’album qui va annoncer soit le renouveau soit la mort de la vierge de fer. Et dès les premiers accords de Tailgunner, on se rend compte que Maiden ne va pas se rendre sans combattre. La musique est agressive, Dickinson abandonne son chant stéréotypé au profit d’une voix plus rocailleuse et plus incisive, le groupe en veut et cela s’entend. Au niveau du son, No prayer for the dying est plus proche d’un Killers que d’un Powerslave. Oubliez le groupe bouffi d’orgueil qui régnait sans partage sur les années 80. Le Maiden des années 90 sera un groupe affamé, qui veut prouver qu’il a toujours sa place au sommet de la montagne du metal.

Alors qu’Iron Maiden, à la fin des années 80, se bornait à répéter une formule usée jusqu’à la corde, les anglais osent désormais se réinventer et tentent des choses inhabituelles. Pour exemple le monstrueux No prayer for the dying, chanson qui débute telle une balade, genre peu habituel pour le groupe, pour mieux exploser en une éruption de guitares, où Gers et Murray peuvent démontrer toute l’étendue de leur talent. La chanson est une véritable démonstration de l’art d’Iron Maiden, débarrassé des atours qui en avaient fait un cliché sur pattes et revenu aux bases de sa musique pour mieux se reconstruire.

Le groupe enchaîne les pains dans la gueule avec l’aisance d’un Mohammed Ali et porte l’estocade avec Run silent, run deep, à mon sens un des meilleurs titres de toute la carrière de Maiden. Les anglais reviennent à un de leurs thèmes de prédilection, la guerre, avec un titre se concentrant sur les sous-marins de la deuxième guerre mondiale. Le décor est posé rapidement et les ambiances nous emmènent littéralement sous l’eau avec les sous-mariniers. Dickinson y est à son meilleur, sa voix puissante portant la mélodie avec l’aisance qu’on lui connaît et la rythmique se mue en moteur diesel pour mieux immerger l’auditeur dans les ambiances du titre. Du grand art, du grand Maiden !

Étonnement, le seul titre de l’album qui a survécu et que le groupe joue toujours sur scène est Bring your daughter...To the slaughter. Composé par Gers et Dickinson, le titre devait à l’origine figurer sur l’album solo du chanteur, mais a été abandonné. Bruce l’a donc ressorti de ses cartons pour les sessions de No prayer for the dying. La chanson est une véritable dickinsonnerie (si vous me passez le néologisme) où le chanteur se fait vraiment plaisir, comme dans ce break quasiment murmuré, à des kilomètres de ses habitudes au sein de Maiden. Et c’est justement ce qui fait la force de ce titre. Bruce emmène le groupe avec lui dans des terres inconnues et c’est tout le groupe, comme débarrassé de ses chaînes, qui s’éclate sur ce titre.

Tout n’est pas pour autant parfait sur l’album. Fidèle à sa tradition, Maiden se loupe magistralement sur un ou deux titres, comme sur chacun de ses albums. Si The assassin est juste abominablement cliché, Hooks in you est un plantage intégral. Pour faire simple, on se croirait en présence d’un mauvais titre de Motley Crüe. Détail amusant, il s’agit de la dernier chanson qu’Adrian Smith (qui co-signe avec Dickinson) écrira pour Iron Maiden avant son retour des années plus tard. L’homme était notoirement dégouté du style Maiden et cela se sent dans ce titre, véritablement étranger au reste du catalogue du groupe. Heureusement, Maiden renoue avec une autre tradition, plus appréciable, celle de la chanson épique pour conclure l’album. Mother Russia termine admirablement l’album et nous procure une nouvelle démonstration du talent des guitaristes. Aussi bien du point de vue technique que des émotions, le titre est quasi parfait.

Pourtant, No prayer for the dying est généralement considéré comme un mauvais album par les fans, en tout cas le pire de la période Dickinson. Même le groupe n’y retourne que très rarement sur scène, à l’exception de Bring your daughter... comme je le disais plus haut. Personnellement, je continue de penser que No prayer for the dying est un album de qualité, plus intéressant d’un point de vue musical qu’un Seventh son ou qu’un Somewhere in time, deux albums où le groupe est totalement en roue libre et se contente de vivre de ses acquis. Et surtout, il est largement supérieur à son successeur, Fear of the dark, qui représente la grosse erreur de parcours de Maiden, période Dickinson. Mais cela, c’est une histoire pour une autre chronique...



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Arnaud Splendore





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Iron Maiden : "No prayer for the dying"
(1/2) 28 mai 2010, par Oli
Iron Maiden : "No prayer for the dying"
(2/2) 28 mai 2010




Iron Maiden : "No prayer for the dying"

28 mai 2010, par Oli [retour au début des forums]

Age oblige, moi c’est avec Killers que mes cages à miel (remember Zegut) furent baptisées. En effet, je partage ton avis, cet album fut le premier Maiden à me décevoir et cela fait bien longtemps qu’il n’est plus passé dans mon lecteur... Ta chronique m’a quand même donné envie de m’y replonger.

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Iron Maiden : "No prayer for the dying"

28 mai 2010 [retour au début des forums]

bof, de toute façon Maiden ça n’aura été intéressant que le temps de 2 albums avec Paul Di’Anno !

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