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Gamma Ray : "Land of the free"
Testament

lundi 12 mars 2007, par Marc Lenglet

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Le power-metal (ou speed mélodique, ça dépend des chapelles), c’est le heavy-metal en version Plus. Plus de rythmiques tapageuses, plus de soli impossibles à réaliser pour le commun des guitaristes, plus d’emphase dans le chant et l’instrumentation, plus de vitesse, plus de gloire guerrière, de puissance et de hauts faits d’armes... Bref, c’est le heavy poussé dans ses derniers retranchements.

Aujourd’hui, cette sous-variété survoltée du heavy des origines ne suscite le plus souvent que baillements et haussements d’épaules fatalistes. Après de fastes années à faire la une de la presse spécialisée, Gamma Ray lui-même est redevenu un groupe relativement obscur, dont la majeure partie du public est composé de compatriotes, et dont les derniers albums n’ont pas vraiment convaincu qui que ce soit. Le power-metal, à ressasser les mêmes clichés et les mêmes plan-plans guitares, a fini par se mordre la queue, et aucun groupe n’a réussi à s’imposer sur la durée comme un orfèvre à même de transcender le côté bateau du genre. Si on veut se souvenir de ce que le power-metal européen arrivait à réaliser quand il était inspiré, il ne reste plus qu’à réécouter cet excellent Land of the free. Pourtant, cet album à présent légendaire ne partait pas gagnant au départ. Ralf Scheepers, le chanteur des premières heures du groupe, venait juste de quitter le navire, dans l’espoir de décrocher la place laissée vacante par Rob Halford au sein de Judas Priest (au lieu de quoi, il finira par atterrir chez les seconds couteaux - du moins si vous n’avez pas le bonheur d’être Allemand - de Primal Fear, mais soit...). Kai Hansen, en digne père soucieux du devenir de sa progéniture, décide alors d’assurer lui-même le rôle de frontman de son groupe. Loin du grain hargneux - et souvent digne de Rob Halford d’ailleurs - de Scheepers, le père Hansen tape plutôt dans le registre du chanteur standard de power-metal. Autrement dit - et tout cliché sur le genre mis à part - capable de passer sans explications du chant grave et sensuel - mais pas convaincant pour autant - aux couinements suraiguës pas davantage admirables. Mais le pire, c’est que cette transition fonctionnera à la perfection, et qu’on n’imagine pas aujourd’hui le groupe pourvu d’une autre identitié musicale.

Pour faire court, Land of the free est le meilleur album de Gamma Ray et peut-être l’un des meilleurs albums de power-metal à avoir jamais vu le jour. Le genre étant assez redondant et ne permettant pas grande fantaisie, il est un peu difficile d’explique ce qui distingue ce disque de ses légions de concurrents en casques à cornes. Peut-être tout simplement que la technique de haute-voltige des musiciens s’accompagne cette fois d’un véritable travail sur les chansons et de refrains à même de faire se lever simultanément ciquante mille gobelets de bière tiède dans une quelconque plaine wetsphalienne ? Mais ça, un groupe bas du front comme Hammerfall y arrive tout aussi aisément. Il y aussi le fait qu’avec ses compositions assez longues, ses quelques interludes et sa manie de changer brusquement de tempo au coeur des morceaux, Land of the free courtise légèrement le metal progressif. Rien à voir avec un Dream Theater évidemment, mais Land of the free se montre nettement plus surprenant et varié que le commun des albums de power-metal.

Il faut dire aussi que l’album démarre avec ce qui est peut-être bien la meilleure pièce jamais composée par Gamma Ray : Rebellion in dreamland, chef-d’œuvre épique de plus de huit minutes, qui réussit le tour de force d’être à la fois totalement destructuré (oubliez la construction couplet/refrain/pont en vogue dans le metal classique : il semble qu’il y ait quatre ou cinq compositions différentes qui entretiennent des relations incestueuses au sein de Rebellion in dreamland !) et formidablement cohérent et accrocheur, avec ses refrains qui vous donnent envie d’aller secourir la veuve et l’orphelin en Mordor. Ou plutôt dans l’univers original élaboré par Hansen, puisque Land of the free repose sur sa propre cosmogonie, celle d’un pays enchanté dirigé par un seigneur tyrannique dont le peuple finira par secouer le joug. Oui, je sais ce que vous pensez... Mais bon dieu, vous écoutez ce genre d’album pour qu’un récit chevaleresque contribue à votre édification personnelle ou plutôt pour vous flanquer des soli et une rythmique de Wisigoth en rût pleins les esgourdes ? En tout cas, après ce plat de résistance servi dès l’entrée, l’album pourrait bien être complètement insipide qu’on s’en foutrait comme de sa première épée longue +2 « Tueuse d’orques ». Le décollage était à ce point stratosphérique qu’on se complait alors pendant cinquante minutes dans cette succession de poncifs heroic-fantasy brillamment agencés. De toute façon, le problème ne se pose pas vraiment en ces termes. Evidemment, il y a des hauts (Abyss of the void) et des bas (Salvation’s calling) sur l’album, mais dans l’ensemble, même si la suite des événements ne présente pas grand-chose de férocement original, force est de reconnaître que tous les morceaux sont bien ficelés, entraînants et guerriers à souhait. Des Man on a mission ou des Gods of deliverance, s’ils sont assez téléphonés et prévisibles, n’en restent pas moins des pièces d’héroïsme suffisamment basique et évident pour frapper au coeur n’importe quel amateur de metal engagé dans une cause humanitaire, comme vaincre le sorcier de la montagne de feu ou conquérir l’île de Roi-lézard. Même l’inévitable balade, Farewell, représente le summum de ce que peut offrir un groupe de power-metal sans sombrer dans le cabotinage.

Land of the free est au final un superbe témoignage d’un passé un peu révolu. Preuve que le power-metal a toujours été capable d’aligner de très bonnes choses, avant que son immobilisme pathologique et la surenchère de groupes peu inspirés se réclamant de ses valeurs ne vienne le transformer en symbole vivant du folklore teuton de mauvais goût.



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Marc Lenglet





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Gamma Ray : "Land of the free"
(1/2) 12 mars 2007, par N
Gamma Ray : "Land of the free"
(2/2) 12 mars 2007




Gamma Ray : "Land of the free"

12 mars 2007, par N [retour au début des forums]

C’est vraiment juste histoire de faire un article car pour dire que Gamma Ray n’a rien fait de concluant depuis "Land of the Free" ou encore que, dans le même style, aucun groupe ne soit capable depuis cette décennie de sortir quelque chose de valable, il faut vraiment ne pas avoir écouté le superbe "New World Order" ou tout simplement les petits chefs-d’oeuvre que Edguy nous sort.

Quoique... je peux comprendre, "Land of the Free" est un album tellement surprenant de qualité.

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    Gamma Ray : "Land of the free"

    12 mars 2007, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


    Oh si justement...j’ai également chroniqué New World Order sur ce site, chronique très positive d’ailleurs...mais avec le recul, je dois dire que je ne l’écoute plus guère aujourd’hui, contrairement à Land of the free. Quant à Edguy, ils ont atteint une sorte de perfection avec Mandrake mais les deux albums qui sont sortis depuis lors, s’ils ne sont pas mal du tout en soi, manquent de peps. Enfin, je ne vois ni Gamma Ray ni Edguy s’imposer aujourd’hui en leader indiscuté du courant power metal allemand.

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Gamma Ray : "Land of the free"

12 mars 2007 [retour au début des forums]

C’est quoi ce site où on préfère nous parler d’un vieux Gamma Ray tout pourri plutôt que du nouveau Stooges ???

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    Gamma Ray : "Land of the free"

    12 mars 2007, par Badrock [retour au début des forums]


    ...Peut-être qu’il existe d’autres styles en dehors de la pop-rock et du r’n’b...

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      Gamma Ray : "Land of the free"

      12 mars 2007 [retour au début des forums]


      Et Somewhere Out In Space, c’est insignifiant ?

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        Gamma Ray : "Land of the free"

        17 mars 2007 [retour au début des forums]


        Le problème, c’est que somewhere out in space est beaucoup plus inégal que Land of the Free, avec des morceaux passablement ennuyeux (the winged horse en tête) ou sans intérêt aucun (le solo de batterie de zimmermann). Et ses deux meilleurs morceaux (into the Black Hole et Somewhere out in Space) sont d’une structure plus basique que Rebellion in Dreamland.

        Quand à Powerplant, c’est un très bon album. Son problème est que, préfigurant No World Order, il se contente de reprendre à la sauce Gamma Ray tous les poncifs des groupes heavy des années 80. Un bon travail de synthèse, génial pour le néophyte, très pêchu mais qui n’apporte pas grand chose au genre (mais comparé aux productions de Helloween de la même époque, Powerplant et Somewhere out in space sont infiniment supérieures). Et puis, à part As short as Hell, toutes les chansons sont vraiment excellentes.

        Par contre, le côté positif de Somewhere et Powerplant, par rapport à Land of the Free, c’est le côté déconnade, davantage perceptible dans des chansons débilissimes (Lost in the Future, Valley of the King, Watcher in the Sky, Heavy metal Universe, pour ne citer que les plus drôles).

        Enfin, j’aimerai que l’on parle davantage du plus gros défaut de Gamma Ray : la production. C’est une horreur. Lisse, plate, pâle, sans puissance ni profondeur, sans le grain ou le côté crasseux que l’on aime, elle digitalise au possible le travail des musiciens...imaginez seulement Land of the Free remixé par Townsend, ou bien avec la même production que Aenima de Tool !

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          Gamma Ray : "Land of the free"

          18 mars 2007, par N [retour au début des forums]


          "qui n’apporte pas grand chose au genre", dès qu’un groupe apporte quelque chose à un genre, on lui trouve un autre nom de genre, donc l’évolution des genres... Ce qui compte (ceci est un avis), c’est qu’il y est de la bonne musique, de bonnes mélodies, entrainantes à souhait, que l’on garde dans la tête une bonne partie de la journée. J’en reviens à Edguy qui, pour moi, n’a jamais trop évolué, mais qu’est ce que c’est bon !

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