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Deep Purple : "Purpendicular"
"Ritchie Blackmore ne connait pas les hémorroïdes, c’est un parfait trou du cul"

samedi 16 octobre 2010, par Vincent Ouslati

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A force de petites phrases de ce genre (celle-ci est de Ian Gillan) et de bouderies, le ménestrel taciturne se casse pour de bon. Marre d’avoir affaire à des ingrats, marre de supporter les poses de princesse d’un Gillan de nouveau parfaitement intégré au groupe, marre du hard-rock, Deep Purple crèvera sans lui. On subissait cette énième esclandre sans la craindre, il reviendra, il est comme ça. Mais cette fois-ci, il ne revint pas.

Qui pouvait remplacer un génie de la taille de Blackmore ? Lorsque le guitariste quitte la tournée qui suit la sortie de The battle rages onQ en 1993, ce n’est rien de moins qu’un Joe Satriani fraichement chauve qui assure l’intérim. Mais rien n’est décidé encore quant à une intégration à long terme. Yngwie Malmsteen n’étant pas disponible à moins de lui payer un château pour ses vacances, le groupe se rapproche finalement de Steve Morse.
Loin des accents néoclassiques de Blackmore, peu au fait du grattage de cordes au format hard-rock, Morse finit par convaincre tant les membres du groupe que les financiers de Deep Purple. Il finit par convaincre de par sa virtuosité et sa capacité indiscutable à s’approprier les classiques de la marque pourpre.

Evidemment que de nombreux baveux adeptes du maitre (désormais tout de plumes et de guêtres vêtues) ne voient pas ce remplacement comme une bonne nouvelle dans leur quotidien de fan. On juge Morse bien trop bourrin, trop écarté du jeu posé et précis de Blackmore, effectivement inégalable. Mais le groupe n’en a cure et privilégie désormais une entente cordiale en son sein, et Morse allie à son jeu de qualité une bonne humeur qui rejaillit rapidement sur les vieux rockeurs. De plus, Morse permet au groupe d’interpréter des titres détestés de Blackmore, notamment le sublime When a blind man cries (une face B de Machine Head) ou certaines partitions de Fireball.

Afin d’éviter de perdre les bonnes habitudes, Purpendicular se devait de démarrer sur un uppercut net et sans bavures, c’est chose faite avec Vavoom : Ted the mechanic, un plein sac de groove, un orgue sautilleur, un groupe qui rajeunit d’un coup, un sourire sur la figure. Morse prend ses marques et joue son rôle de détonateur, tentant le pari du métissage de son style d’avec le groove vieillot du Pourpre. Et ça marche, vraiment, d’autant que Gillan, très en voix, semble haranguer ses collègues à en remettre une couche dans cette poussée de joie presque juvénile et si agréable.

Purpendicular se doit de démontrer que le départ du colérique troubadour est un bienfait, une libération pour le groupe. C’est effectivement ce qui transparait de cet album plutôt imposant (une heure environ pour treize titres, respectable). La rage parfois détectable sur son prédécesseur The battle rages on se voit mise au rencard, on privilégie ici un hard plus FM, plus mélodique (Loosen my strings). Et bien que je puisse vomir sans honte aucune sur leur tentative honteuse de FMisation avancée sur Slaves and masters, j’ai du mal à critiquer cette approche - pourtant similaire - sur Purpendicular. Est-ce dû au fait que Joe Lynn Turner est nettement moins bon qu’un Gillan pourtant ici cinquantenaire ? J’ai pas peur et je vous dis que oui. Serait-ce que Morse, même parfois un peu perdu, reste suffisamment doué pour nous surprendre sur chaque titre alors que Blackmore jouait dans la même poussière depuis dix ans ? Ceint de mon courage légendaire, je vous rétorque nouvellement par l’affirmative.

Ce pari de la modernité ne pouvait être gagné qu’avec quelques compromissions. Le son est donc nettement moins cru et rock, sans virer soupe. Morse impose un jeu plus progressif, ce qui allonge parfois les morceaux dont la fameuse ballade Sometimes I feel like screamin’ qui s’orne de sept minutes d’une fort belle ligne de gratte et du chant tout en émotions de Gillan.
Des émotions l’on passe aux coups de pieds aux fesses avec Cascades : I’m not your lover, démarrant comme un tire-larmes puis s’énervant franchement. L’orgue de Jon Lord virevolte du refrain au final, le doyen du groupe suit la cadence sans faillir, se permettant un solo au beau milieu d’une rapidité respectable.

Oublions The aviator et Touch away qui ressemblent à peu de choses près à des ritournelles de Blackmore’s Night, car le festival de funk qui s’ensuit est bien trop grandiose comme pour ne pas le mentionner. Prenez Rosa’s cantina, mais surtout A castke full of rascals, avec les cris de Gillan, les folies sur les manches tant de Glover que de Morse, jamais des vieux n’ont paru aussi jeunes.

Les traces du hard-rock originel sont peu visibles et l’on est très loin des sempiternelles références In Rock et Machine Head mais peu importe vu que Deep Purple offrait ici un disque d’une énorme variété, un véritable magasin de jouets. On serait un peu tentés de juger que ce qui en résulte se voudrait bien plus moderne qu’il ne l’est en réalité. On voudrait aussi juger que la performance du petit nouveau, si elle insuffle une joie nouvelle, n’en est pas moins exempte de quelques fautes de goût. Mais ce serait être de bien mauvais poil que de ne pas reconnaitre ce plaisir communicatif, cette folie retrouvée de la part des Anglais.

En laissant leur chieur de service prendre la porte et les gonds avec, Deep Purple pouvait renaître de ses cendres, certes sans cette aura légendaire de trente ans d’âge, mais au moins pourvus d’un vrai plaisir de faire de la musique et de la bonne qui plus est. On peut s’en contenter sans gêne aucune.



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Vincent Ouslati





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Deep Purple : "Purpendicular"
(1/1) 6 décembre 2015




Deep Purple : "Purpendicular"

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I like the songs featured here. Such a nice musical material to have. - Dennis Wong YOR Health

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