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Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"
Un album pour les rassembler tous...

vendredi 8 septembre 2006, par Marc Lenglet, Vincent Ouslati

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Et dans l’extase à jamais les lier. Approchez, bonne gens, paladins et ménéstrels, et vous aussi gentils hobbits, car mon temps est compté. Brève sera ma faconde, car point de comparaison ne souffre cet album. Du Silmarillion son propos il tira. Et par la gloire du Gardien Aveugle, il le transfigura. Pénétrez son univers immémorial. Et ramenez de glorieux récits pour l’oncle Bilbon. Et de la bonne herbe à pipe à faire pâlir le vieux Brandebouc !

Pour ceux qui n’auraient qu’une vague notion de ce qu’est ce fameux Silmarillion, je me ferai un plaisir, au nom du site pédagogique Pop-Rock.com, de leur apprendre qu’il s’agit d’une œuvre majeure de J.R.R Tolkien dont les premières versions sont bien antérieures au célèbre Seigneur des anneaux (1917, pour être plus précis), mais à laquelle le grand écrivain ne cessera jamais d’apporter des retouches jusqu’à sa mort, en 1973. Bien moins narratif que l’œuvre phare de Tolkien, l’ouvrage est en fait une sorte de compilation inachevée de légendes, de contes, de chants, remontant aux premiers âges de la Terre du Milieu, et qui répondaient au désir du grand écrivain de doter son pays, la Grande-Bretagne (ou du moins l’idée qu’il s’en faisait) d’un immense corpus de légendes fondatrices. Parmi les récits de ces âges obscurs, le plus important - et celui qui sert de fil conducteur à ce sublime album de metal sorti en 1998 - concerne les Silmarils, joyaux elfiques renfermant la lumière divine des arbres de Valinor. Le vol de ces reliques par le seigneur noir Morgoth entraînera les peuples de la Terre du milieu dans la première de leurs guerres contre le mal. Voilà pour le background de ce classique de la littérature, transformé pour l’occasion en classique du metal.

Avec Into the storm, on taille directement dans le vif du sujet. Rarement la furie des éléments aura été suggérée avec autant de violence, autant d’urgence, autant de colère. Dès cet instant, tout qui aime laisser son esprit battre la campagne sera entraîné de gré ou de force pour près d’une heure et demie d’épopée flamboyante à travers le temps et les âges. We are following the will of the One/through the dark ages and into the storm, chante Hansi Kürsch. Sans aucune hésitation, mon ami, on suivra la volonté de l’unique sans même songer à lui tenir tête, ébahis devant la richesse et la magnificence des différents morceaux. Petit bond en avant à travers l’album : j’ai souvent pu lire que Mirror mirror, par son côté direct et rentre-dedans, était taillé pour être le single de l’album. Mais, mes petits amis, TOUS les morceaux de Nightfall in middle-earth, sont taillés pour être des singles en puissance, tant on a rarement vu autant de génie mélodique et épique aggloméré au même endroit. Enfin... tout ceci bien sûr dans un monde parallèle où les singles ne devraient pas correspondre au schéma radiophonique « trois-minutes-trente-et-un-refrain-qui-accroche-sinon-l’auditeur-passe-sur-la-fréquence-concurrente ».

Nightfall et ses chœurs d’outre-monde font naître les premières frissons, ces frissons qui vous parcourent la moelle épinière avec une vélocité grandissante, et vont, chez les spécimens les plus atteints - rassurez moi, je ne suis pas seul dans ce cas ? - jusqu’à provoquer de brèves démangeaisons, telle une horde de morpions hyperkinétiques. C’est à ce moment que la vérité se fait jour, on comprend qu’on est foutu, que Nightfall in middle-earth a happé sa proie avec dextérité et qu’aucune sortie de secours n’est prévue. Ces tressaillements de plaisir perdureront tout au long de l’aventure, savamment entretenus par des titres aux ténèbres magnifiques comme Blood tears ou Noldor, et seront parfois rehaussés d’une poussée d’adrénaline belliqueuse, le temps d’un Time stands still on the iron hill martial à souhait. Entre chaque piste un court intermède narratif plante le décor pour la suite des évènements. Ce qui peut paraître à première vue superflu, voire un peu niais, s’insère à la perfection dans l’architecture globale de l’album. On ne ressent finalement guère le statut d’intermède de ces pistes tant elles s’agencent le plus naturellement du monde au cœur des prouesses epic-metal de ce groupe allemand d’exception. Mieux encore, elles assoient avec brio la portée dramatique de l’adaptation metal de l’œuvre de Tolkien.

Vous méprisez l’Heroic-Fantasy ? Prenez Nightfall in Middle-Earth comme un excellent album de metal mélodique, sans vous attarder sur ses fondements. Considérez - même si ça m’arrache la gorge de donner un tel conseil - l’esprit épique de la chose comme un détail, concentrez-vous sur la puissance du chant, les refrains à l’efficacité renversante, la riche performance des lignes mélodiques. A l’inverse, si vous faites partie de ceux qui considèrent R.H. Salvatore comme un des plus grands auteurs contemporains, des esthètes qui voient blasons et épées entrecroisées au-dessus de la cheminée du salon comme marque de bon goût ultime, et des rêveurs qui regrettent à chaque instant de ne pas être né demi-orque... je me dispenserai dans ce cas de figure de tout commentaire, tant Nightfall in Middle-Earth fait partie de ces œuvres d’exception, ceux que l’on ne croise que deux ou trois fois au cours de sa vie musicale.

Je sais ce que vous allez dire : trop d’envolées dithyrambiques ne peuvent que faire germer une méfiance grandissante par rapport aux règles communément admises d’objectivité, règles que le chroniqueur serait bien le dernier à prendre en considération. D’autre part, pour les assidus du site qui ne partagent pas les mêmes désirs d’imaginaires, le chroniqueur, il a le malheur d’aimer Rhapsody, groupe lui aussi versé dans les dragons et les petits lutins. Mais la comparaison s’arrête là : nulle trace de kitch chez Blind Guardian, pas d’excès vocaux, pas de surenchère symphonique, pas de clips inspiré en droite ligne des peplums italiens au budget de 20000 lires. Car le groupe allemand, en général et sur cet album en particulier, développe une puissance, une majesté, une âme et, par dessus tout, un souffle épique d’une intensité que Rhapsody, malgré le soutien de tous les orchestres symphoniques de la planète, ne pourra jamais ne serait-ce que frôler du doigt. Dans un désir malsain de dénicher des impuretés sur ce chef d’œuvre décidément trop parfait, on se le repasse encore et encore, jusqu’à en user la lentille optique de la chaîne hi-fi, en quête du petit éclat sur la peinture rutilante, ou simplement dans l’espoir que la lassitude finisse par prendre le dessus. Mais rien n’y fait : chaque nouvelle écoute est une nouvelle découverte, une nouvelle joie inaltérable, une nouvelle odyssée dans un monde fantasmé où magie sonore et virtuosité règnent en maîtres.

Finalement, la seule déception qu’il soit possible d’éprouver à l’écoute de cette réalisation titanesque réside dans la difficulté de croire qu’un groupe, aussi talentueux soit-il, puisse atteindre de tels sommets une seconde fois. Car si l’extraordinaire A night at the Opera se classe lui aussi parmi les tout meilleurs albums de metal de ces dix dernières années, Blind Guardian, sur Nightfall in Middle-Earth, a gagné l’immortalité. Atteindre la divinité deux fois dans une existence, ne serait-ce pas un peu trop demander à de simples humains ? Puisse les Valar me détromper !

M.L.


Si Blind Guardian a pour bible la bibliographie de J.R.R. Tolkien, les métalleux ont pour bible la discographie de Blind Guardian. Soit, nul doute que nombre d’entre les passionnés de musique épaisse ne peuvent supporter ces Allemands hypersoniques qui font de contes surnaturels leur pain quotidien. N’empêche, je vous invite à poser les oreilles près de Nightfall in middle earth, et osez ensuite m’avouer que ça ne vous a pas fait un petit effet là où je pense.

Ca remue ? Into the storm, où comment transcrire le chaos d’un champ de bataille avec vous dans le rôle du héros chargé de dépecer de l’orque à coups de hachoir, le gardien tout aveugle qu’il est sait parfaitement vous mettre dans l’ambiance. Pourquoi Nightfall in metal earth est-il aussi bien considéré, même 12 ans après sa sortie ?

Pas spécialement pour son histoire, qui comme souvent chez Blind Guardian a été inspiré des oeuvres de Tolkien (ici le Silmarillon), moins encore pour le style musical pratiqué qui hérite de l’expérience des cousins germains d’Helloween ou de Gamma Ray. Ce qui donne à cet album ses lettres de noblesse gravées dans l’éternité, c’est qu’il a tout pour lui. Basique remarque, mais il faut reconnaitre que ce disque a été touché par la grace. Un festival, ripaille gargantuesque de thèmes médiévaux arrangés à la sauce métallique des Allemands, rien qui ne puisse décevoir le fan moyen de ce genre de performances guerrières.

De l’hymne, voilà ce que propose Blind Guardian, et Nightfall... en est le parangon suprème, avec ses interludes, son refrain qui fait fureur dans les tavernes. C’est dans les grands moments de colère que Blind Guardian met à genoux le premier hobbit venu. Un tout fait d’une puissance rythmique qui n’est plus à démontrer et ce troubadour affolant en la personne de Hansi Kursch et de son timbre aussi puissant que singulier. Il est évident que l’on adore ou pas ces performances vocales, votre serviteur mit quelques temps à s’en accommoder, il en est désormais un fervent admirateur. Sur The curse of Feanor, sa prestation est proprement inhumaine, hargneux mais mélodique, faisant lutter sa glote contre ses amygdales, il faut l’entendre pour le croire, et mieux encore apprécier en concert tel phénomène. Blind Guardian est parvenu à offrir un pendant musical très convenable à une oeuvre aussi complexe que le Silmarillon de Tolkien, preuve d’un travail acharné et surtout d’une réelle passion pour l’écrivain et son univers. Entre les titres se voient insérés de courts interludes qui nous font avancer dans le récit. Le livret est suffisamment complet pour que j’en ajoute encore à ce sujet. Ce qui place ce disque dans la catégorie des incontournables qui déchirent et qui si vous l’écoutez pas z’êtes un con, c’est que le travail qu’il a demandé est surnaturel. Tant de détails, tant d’instruments, tant de surprises au détour des riffs, il faut entendre au hasard Noldor pour le croire tant la richesse des arrangements est grande, tant les compositions explosent de détails sublimes. Ne croyez pas cependant que l’on touche du doigt un Rhapsody dans la folie orchestrale. Malgré la profusion, Blind Guardian sait utiliser à bon escient le matériel disponible, toujours au service de la musique, et non de son propre égo de musicien pédant.

Privilégiez derechef l’épique Times stands still, hommage aux Noldors dans leur lutte impossible contre Morgoth, le beau The Eldar et son air de piano d’une belle mélancolie. Il faudrait des centaines de lignes pour exprimer sans bien convaincre toute la magnificence de cet album, supérieur encore à un joyau du calibre de Imagination from the other side, pourtant déjà bien fourni niveau qualité.

Mais Nightfall in metal earth a ce que les autres n’ont pas, une parfaite association de talent et d’inspiration, d’un concept aussi solide que l’adamantium, d’un groupe simplement composé de génies individuels qui unis produisent des miracles. Sous des dehors complexes, Blind Guardian sait créer des émotions et raconter des histoires aux grands enfants que nous sommes. La Terre du Milieu attend ses héros, en serez-vous ?

"You are now my guest, forever. Hahahahaha !"

V.O.



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Marc Lenglet

Vincent Ouslati





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"
(1/3) 13 octobre 2016
Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"
(2/3) 11 septembre 2006, par Red Cloud
Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"
(3/3) 10 septembre 2006, par sebf




Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"

13 octobre 2016 [retour au début des forums]

I think, this album is good enough to listen to. It’s worth it. - Paradise Home Improvement Charlotte

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Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"

11 septembre 2006, par Red Cloud [retour au début des forums]

Pour moi, Imagination from the other side est tout aussi bon, celui-ci brille par l’évidence immédiate des compositions alors que Nightfall in Middle Earth est un long album concept qui se révèle moins aisément.

Qant au Silmarillion, à l’époque il m’avait paru assez indigeste:trop de personnages, trops de lieux, trop de surnoms... Là, j’essaie de le relire et ça a l’air de passer sans douleur.

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Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"

10 septembre 2006, par sebf [retour au début des forums]

Ouais, bof... ça vaut pas un bon vieux maiden. A quand la chronique d’A matter of life and death ?

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    Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"

    10 septembre 2006, par Thibpastis [retour au début des forums]


    je sens en toi la quintescence du gros crétin sectaire

    à quand quelque chose d’intéressant à dire ?

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      Blind Guardian : "Nightfall in Middle Earth"

      12 septembre 2006 [retour au début des forums]


      Cette réponse était particulièrement agressive et inutile.

      Chronique intéressante, en tout cas, j’vais écouter un ptit morceau ou 2 pour me faire une idée ^^

      (et pour le dernier de la vierge de fer, pas besoin de chronique : du Maiden comme on l’aime, point ! :-p )

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