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Black Sabbath : "Reunion"
Pour le meilleur et pis c’est tout !

samedi 18 décembre 2010, par Vincent Ouslati

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Reunion m’évoque à la fois le testament et la renaissance. Suffisamment carré pour symboliser le grand éloge funèbre que l’on attendait d’un groupe parrain des trois-quarts des musiciens métalleux de la planète, mais aussi si furieux qu’il en devient un formidable hymne de renouveau, une baffe dans la gueule du temps qui passe. Black Sabbath a su proposer avec Reunion une vérité biblique à la face de ses ouailles. Et cette vérité, c’est que malgré les dissensions, malgré les passages à vide (40 ans de bouteille, c’est presque inévitable...), malgré les fréquents changements de personnel, le Sab’ reste un infernal bijou lorsqu’il est sur scène. Impérial et fou, réminiscences d’un passé plus que glorieux, Ozzy prouva à la face du monde que personne ne pouvait mieux incarner Black Sabbath que lui. Personne n’était en mesure d’haranguer la foule comme il le faisait, d’électriser les masses par ses sauts de crapaud frénétiques. Et lorsque la fine équipe au complet atteignait comme ici les hautes sphères de leurs spécialités, l’alchimie donne l’un des meilleurs albums de heavy-metal de tous les temps.

J’ai découvert Black Sabbath par Paranoid, et je l’ai redécouvert par Reunion. Parfait retour aux affaires du gang mythique, avec un Osbourne au sommet de sa forme. Les allergiques de son timbre si... nasillard en seront pour leurs frais, Ozzy n’a pas varié d’un iota sur sa demi-octave, mais on le sent bougrement à l’aise, aussi bien sur ses parties de chant que dans le rôle de grand prédicateur halluciné, il hurle, éructe, fait vibrer la foule qui le lui rend bien. Osbourne n’a rien (hum...) du crétin sénile que l’on nous sert souvent, il avait pour cette reformation réellement atteint un charisme proprement décuplé. Il n’a jamais été aussi bon avec le Sab’, c’est dire. Il suffit de constater cette alliance fabuleuse avec la foule lors du solo Iommien sur War pigs, et Osbourne qui balance ses Wooohooo ! à la face d’un public réceptif, fédéré, totalement aux ordres d’un Black Sabbath simplement magistral.

Ne nous limitons pas à Osbourne, car le groupe prouve de toute façon qu’il n’est constitué que d’athlètes, l’expérience en plus. Geezer Butler, l’un des rares bassistes à avoir inventé quelque chose de personnel dans sa matière, Bill Ward, bêtement le batteur parmi les plus doués et puissants de l’histoire, et que dire de Tony Iommi, guitariste aux neuf doigts de plomb, créateur à lui tout seul d’un son qui fera naître le heavy, le doom, voire le stoner pour les plus pointilleux. Comment s’étonner alors que Black Sabbath n’ait jamais été bien loin de Led Zeppelin dans tous les domaines qui touchent à la musique...

Ce n’est pas le solo de Butler annonçant N.I.B. qui me contredira, et ce riff de guitare si connu et si dévastateur, si lourd. Une telle ribambelle de hits met K.O. l’auditeur, le fout dans une transe dont il ne sort qu’à grand-peine. Car ces enregistrements live relativement modernes transcendent des compositions pourtant presque trentenaires pour certaines. Est-ce le fait qu’elles ne peuvent vieillir, que l’interprétation, puissante et parfaite leur donne une valeur supérieure, ou simplement que cette palette de tubes est immortelle ? Un peu de tout cela à la fois en vérité.

Après Osbourne, c’est peut-être bien Bill Ward qui impressionne le plus. Batteur puissant si il en est, mais loin d’un gros lourd sourdingue, il est mammouthesque tout du long, sa frappe rythmée est écrasante sur Faires wear boots, écrasante mais jamais en avant, la batterie reste toujours en fond de scène, simple tapis sur lequel se livrent les joutes féroces entre chant et lignes de guitares. Un pugilat furieux, à la victoire incertaine, les duellistes ayant tous deux des arguments solides, Iommi pouvant à loisir dérouler des soli dont lui seul en est capable face à un Madman rarement aussi en voix.

Electric funeral et son fameux riff de guitare, malsain, sombre, type série Z de luxe, lent et prenant, voire dérangeant lorsqu’Ozzy donne de sa voix de hyène, qui emplit l’air, obscurcit l’espace, fait silence autour de sa prestation démoniaque. Reunion est un bon condensé d’une discographie riche en titres fameux, peu de classiques sont oubliées, mais rien bien entendu n’a été conservé de l’ère Dio, ou de tout autre frontman d’ailleurs. Osbourne se réapproprie ici son répertoire, et prouve qu’il a été taillé pour lui et lui seul.

Oui, nous avons N.I.B., Sabbath bloody sabbath, Black sabbath, Children of the grave, Iron man, uniquement la crème de disques qui ne comportent presque aucun bouche-trou, ce qui ne sera pas vraiment le cas par la suite. Car tous ces titres font partie de l’Histoire du heavy, sont tous peu ou prou devenus au fil des années des hymnes, des classiques du genre, soutenus par leur aura de "précurseurs".

La production ? Excellente si il en est, jamais trop démonstrative, on a légèrement repoudré le nez de l’ensemble sans trop en faire, le son est tout bonnement incroyable de force mais ne donne jamais l’impression d’un gras nettoyage le faisant passer pour un studio recording. La voix d’Ozzy a t’elle subi quelques opérations ? Possible, nul n’est parfait, mais le résultat est si foncièrement convaincant que l’on pourra pardonner sans peine ces quelques touches de Rimmel. Je n’oublie certes pas les deux inédits remisées en fond de galette, plutôt bons ma foi, mais bien petits au regard du monument de noirceur et de puissance qui les précède. On les qualifiera de sympathiques tentatives.

Reunion n’a en cela rien d’un hommage posthume, et sonne encore aujourd’hui comme un manifeste furieux du plus grand groupe de heavy de tous les temps, revenant sur un trône dont les plus pâles trolls voulaient en faire leur Hall Of Fame. Black Sabbath a eu l’occasion en cette fin d’années 90 de remettre tous ces gnomes boutonneux à leurs places respectives, bien lui en a pris.



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Vincent Ouslati





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Black Sabbath : "Reunion"
(1/1) 12 août 2013, par Robin M. Strong




Black Sabbath : "Reunion"

12 août 2013, par Robin M. Strong [retour au début des forums]

J’ai apprécié la lecture de cet article bien écrit et j’espère que vous allez continuer à écrire davantage. Mis à part la navigation tous vos messages ici, toutes les images que vous avez téléchargées sont agréables à la recherche. : http://essays.mightystudents.com

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