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Whitesnake : "1987"
Une Cuvée millésimée

vendredi 21 octobre 2005, par Marc Lenglet

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L’album le plus célèbre du Serpent Blanc transforma ce qui était encore un groupe mineur, que d’aucuns considéraient comme un ersatz de Led Zeppelin aux capacités aléatoires, en une des entités hard les plus formidables des années 80, fut-ce au prix d’une dénaturation totale de ses principes fondateurs et d’une incarnation des pires travers de l’époque.

Parce que Whitesnake et son leader David Coverdale ont été prompts à saisir quelle était la posture à adopter pour entrer dans le club des superstars de leur époque. De blondes crinières léonines permanentées avec soin, des chemises à jabot et à dentelles, des tenues de lycra faussement négligées, le tout sous une lourde couche de maquillage et de strass constituaient le pré-requis de base. On continue dans le même esprit sur scène, avec des entrechats, glapissements, minauderies, hululements et claquements de langue vaguement sensuels. Une dernière touche pour la route avec de véritables défilés de poncifs en vidéoclips, qui permettent principalement au beau David d’exhiber sa copine de l’époque, l’actrice Tawny Kitaen (qui aura davantage marqué les esprits par sa plastique que par son talent dramatique). Un matraquage incessant sur MTV, et les portes de la gloire s’ouvrirent à eux. Tout est dit sur la nature profonde du Whitesnake de cette époque. Ceux qui n’aiment définitivement pas ce type de groupe prétentieux et superficiel peuvent aller vomir, les toilettes sont au bout du couloir, derrière le buste de Brett Michaels.

A un niveau plus interne, Whitesnake n’a pas lésiné sur les moyens pour asseoir sa suprématie. Jusqu’à réadapter certaines de ses anciennes chansons : Here I go again et Crying in the rain proviennent ainsi d’albums plus anciens, et figurent sur cet album sous un format plus abordable pour le grand public : lourds, chargés, conquérants, dégoulinants de claviers. Pire, les musiciens de valeur des premières années ont été écartés au profit de petits nouveaux, Vivian Campbell et Adrian Vandenberg en tête, certes loin d’être dépourvus de capacités, mais qui valent surtout par leur aspect plus avenant et leur ancrage total dans leur époque. L’objectif était limpide : il s’agissait de conquérir le Nouveau-Monde et, d’une manière plus générale, la planète entière, quitte à dénaturer l’esprit originel du groupe. La méthode n’est pas très gracieuse - on en parlait sur un forum récemment - et Whitesnake offre un exemple saisissant de groupe prêt à brader tout ce qu’il avait pu être pour obtenir la consécration. Sauf que quand une méthode critiquable donne un résultat aussi magistral, on n’éprouve pas trop de difficultés à fermer les yeux.

Qu’est ce qui fait qu’une chanson est bonne en fin de compte ? Sa valeur intrinsèque ? L’image qu’elle renvoie à celui qui l’écoute ? Le plaisir instinctif que l’on peut éprouver à écouter un truc qui nous accroche ? Je pencherais pour la troisième option et dans ce dernier cas, Whitesnake se pose là. Whitesnake, c’est simplement des putains de bonne mélodies, un chanteur charismatique, des gimmicks stéréotypés, de la langueur et de l’arrogance, du gros son qui tache tout, bref du rock bourré de grands sentiments pour homo sapiens de base. Pas un seul morceau faiblard à dénoter, pas une seule baisse de régime,... pas un seul écart à l’idée sentimentalo-conquérante de départ non plus, mais on ne peut pas tout avoir.

Pour en revenir à la comparaison avec Led Zeppelin, il est à noter que, même sur cet album, l’ébouriffant Still of the night fait plus qu’évoquer le mythique groupe de Robert Plant et Jimmy Page, musicalité et chant compris. Après tout, qui sait comment aurait tourné le Zep s’il avait traversé les flamboyantes années 80 ? Bad boys ou Give me all your love sont de la même trempe : simples et pourtant si efficaces, si colorées, si primales, qu’il est difficile de ne pas y adhérer instantanément.

Quant aux ballades, véritable point d’orgue de la valeur créatrice du groupe, elles renvoient sans peine Bon Jovi, Aerosmith et les Scorpions réunis dans les cordes. L’immense Is this love ? ou Looking for love sont des titres mélodiques auxquels il est difficile de ne pas se montrer instantanément réceptifs. La voix réellement captivante de Coverdale y est pour bien davantage que la déferlante de claviers sirupeux ou la production mégalomane. Car s’il est quelque chose que l’on ne peut nier, quel que soit le dégoût que l’on peut éprouver pour ce type de Hair-metal, c’est que David Coverdale dispose de capacités vocales bien au-dessus de la norme, même s’il est regrettable qu’il en surjoue et en abuse à l’excès.

On adorera ou on détestera Whitesnake, parangon du metal flamboyant des années 80, mais on ne restera pas indifférent face à un album qui assume avec autant d’aplomb son point de vue foncièrement cliché du hard rock. De la musique bubblegum juste bonne à faire sangloter les filles et fantasmer les garçons, une raquette de tennis en guise de guitare ? Très certainement, mais une fantastique cuvée que cette année 87 !



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Marc Lenglet





Il y a 14 contribution(s) au forum.

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(7/7) 21 octobre 2005, par Eddie Vedder




Whitesnake : "1987"

17 avril 2006, par dread and the fugitive mind [retour au début des forums]

c vrai que la plupart des tubes 2 white snake sont des ballades sirupeuses bonnes à faire chialer des grognasses.Ce que vous ne dites pas c que le guitariste du groupe a un feeling et une technique très appréciable qui lui ont permi de créer des solos fantastiques comme ceux de looking for love,here i go again ou encore is this love.Vous devriez réecouter leurs albums parce qu’il me semble que vous etes du genre à faire l’éloge de merdes comme metallica

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    Whitesnake : "1987"

    7 août 2006 [retour au début des forums]


    De merdes comme Metallica ??? On ne doit pas avoir la même conception de la musique, mon grand ! Car si certains solos de Whitesnake sont remarquables, le feeling de Kirk Hammet - soliste de Metallica - n’a rien à leur envier... Mais bon, naturellement, le Français est râleur et intolérant, on est habitués !

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Whitesnake : "1987"

24 octobre 2005 [retour au début des forums]

Assez d’accord avec toi, Marc... sauf lorsque tu dis qu’avant ’1987’, Whitesnake était un groupe ’mineur’.
N’oublions pas qu’en 1982 (ou 83), le groupe de Coverdale était en tête d’affiche des Monsters of Rock de Castel Donnington, qui était alors le plus gros festival de hard d’Europe (du monde ?).
Par ailleurs, en 1987, le groupe avait déjà ses meilleurs albums derrière lui (le quatuor magique : Ready & Willing, Come & Get it, Saint & Sinners et Slide it in). Sans compter le fabuleux Live... in the hart of the city, bien sûr !

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Whitesnake : "1987"

22 octobre 2005 [retour au début des forums]

c’est dommage de raconter autant de conneries quand on a une si belle plume :(

d’un autre côté on peut pas tout avoir

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Whitesnake : "1987"

22 octobre 2005, par thibault [retour au début des forums]

A quand une chronique de Van Halen ?

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Whitesnake : "1987"

22 octobre 2005, par Red Cloud [retour au début des forums]

Un bien bel album effectivement. Juste un petit détail:sur l’enregistrement de celui-ci, ce n’était pas Vivian Campbell qui jouait, mais bien John Sykes. Si je tiens à souligner ce fait, c’est parce que j’apprécie particulièrement son travail sur 1987. Selon moi, il surpasse largement ce que fera Steve Vai sur l’album suivant, peut-être pas d’un point de vue technique, mais bien d’un point de vue mélodique (à l’image de ce que fait Kiko Loureiro dans Angra).

Ceci dit, merci à Marc de reprendre ses chroniques métal avec une ardeur renouvelée (et de m’avoir bien fait marrer avec Manowar)

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Whitesnake : "1987"

21 octobre 2005, par jp [retour au début des forums]

...ce qui était encore un groupe mineur, que d’aucuns considéraient comme un ersatz de Led Zeppelin aux capacités aléatoires...

Là je suis sur mon cul !

Je ne dirais même pas que j’en apprends tous les jours, je dis clairement que tu te trompes et que cette chronique (d’habitude j’aime assez tes chroniques) est une grosse caricature au fusain gras d’une époque que tu n’as pas connue.

Pour revenir à Withesnake, qui pour moi est un groupe parmis d’autres (entendez : je ne suis pas fan), en 1987, groupe mineur : Non, ersatz de LZ : Non, capacités aléatoires ; Non.

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Whitesnake : "1987"

21 octobre 2005, par Eddie Vedder [retour au début des forums]

comment ça se fait qu’il y a subitement plein de chroniques de vieux albums de hard-rock ???

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