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W.A.S.P. : "W.A.S.P."
I fuck like a beast !

vendredi 26 juin 2009, par Vincent Ouslati

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Il y a les héros que l’on nous inflige puis ceux que l’on choisit. Les héros par obligation dès la prime jeunesse sont ceux débités par le tube cathodique à grands renforts de clips mongolisants et de marketing frisant le proxénétisme. Puis viennent les héros qu’on se crée, qui forgent des allégories que l’on s’empresse de punaiser sur la porte des toilettes. Assis sur mon trône, les yeux bouffis et la tête encore en mode couette, je dévisageais alors ce poster de Blackie Lawless se frottant la scie ornant son attribut masculin. J’avais comme un soupir qui sortait d’entre les ratiches, puis me venait le refrain d’Animal (Fuck like a beast). Je l’avais dégoté mon héros.

Pourquoi W.A.S.P. reste-il encore aujourd’hui mon groupe fétiche, celui par lequel je passe invariablement chaque semaine au moins le temps d’un ou deux titres ? Point évident de définir pourquoi telle ou telle chose vous attire l’oreille. Nous entrons dans les sphères complexes de son propre (bon) gout et la démonstration aurait de quoi ennuyer nos lecteurs qui, je le sais, préfèrent lutiner de la secrétaire plutôt que de lire mes épanchements puérils. Il faut avouer que l’acceptation fut totale, immédiate. A peine ais-je tiqué sur Still not black enough, à peine me suis-je ennuyé sur le lourd dyptique Neon God (amour quand tu nous tiens, tu pardonnes tout...).

Non, la médiocrité, je la tolérais, car pour ces quelques faux pas, combien de ravages, combien d’heures passées à écouter, enceintes vrombissantes, ces innombrables brulots, ce déchainement de heavy bouillant, ces merveilles sales, œuvres d’un Steve Duren qui hurlait ses vulgarités à qui voulait bien l’entendre et le supporter. Qui peut s’enorgueillir d’avoir provoqué la création d’une ligue de protection de l’enfance (PRMC) avec pour présidente Tipper Gore, la propre femme de l’illuminé des phoques sur glaçons ?

Manson peut jouer la provoc’, il arrive bien tard et n’aura fait que refourguer les mêmes vieilles ficelles utilisées alors par W.A.S.P. Blackie Lawless comprit rapidement que la musique se devait d’avoir un pendant visuel, une image qui choque, qui fasse parler. Pas sûr qu’il pensait attirer autant de réactions, mais il parvint intelligemment à offrir à W.A.S.P. un aspect théâtral qui fit beaucoup pour la reconnaissance du groupe.
La provoc’, ça se travaille, mais ça ne suffit pas à établir une carrière, il faut la construire sur de bons morceaux, il faut que visuel et audio ne fassent qu’une seule entité. Et c’est heureusement par le volet musical que W.A.S.P. a fait très fort.

Avec ce premier album en 1984, Lawless n’épargne rien, une bonne couche de vulgarité pour attirer le jeune en quête de salace dans sa vie trop fade, et une batterie de tubes en puissance pour le convertir totalement. Si les garants de la protection de l’enfance verront là-dedans le temple du foutre et de la dépravation, il faut chercher la vraie faute de gout dans la seule reprise de l’album, soit Paint it black, ni indispensable ni à la hauteur de l’original. Mais oubliée cette coquille, l’on entre dans le plus jouissif des bordels, pléthore d’hymnes métalliques qui vous transcendent. Rien ici n’a vieillit, tout crame, tout pue. Comment parler de glam rock lorsque Lawless, déjà très en voix, crache ses répliques avec une tonne de perversité en bonus, l’entendre haranguer qu’il fuck like a beast après un démarrage pied au plancher anthologique, aborder un Hellion superbement nauséeux, nous gratifier de sa L.O.V.E Machine dantesque.

Lawless a l’art du refrain qui plie en deux, de l’air qui va se graver entre les cervicales en deux secondes chrono, pas de temps mort, on va à l’essentiel, on emballe le client, on le fait sien. Il faut voir comment notre grand bonhomme martyrise sa basse tout en psalmodiant à qui mieux mieux qu’il voudrait être quelqu’un, qu’il a soif de sang et de biftons, la tendance pressée, la tension explosive. Si jouissif que ce premier disque peut être perçu comme un concept à part entière, une entité qui craque sous la pression de fluides douteux, de fiel et de soufre. Lawless avait d’autant plus de matériel pour alimenter son musée des horreurs qu’il avait dégoté Chris Holmes, doué sans être un guitariste prodige, mais ayant l’état d’esprit parfait, soit déglingué et le mauvais gout très sur (son retour chez W.A.S.P. en 1997 coïncidera de fait avec le bien gore K.F.D.).

Blackie crache sur tout, n’aime pas la politique, refuse le conformisme, choque les consciences, insuffle de la colère dans son apparente provocation risible. Il se fait le défenseur de la jeunesse incomprise et paumée américaine, qui se doit de prêter allégeance chaque matin à des lois qui ne lui correspondent en rien. School daze est assez clair, lorsque Blackie scande "I pledge no allegiance and I bet, they’re gonna drive me crazy yet, nobody here is understanding me". Personne ne me comprend mais ça me convient aussi, quoi de mieux pour envenimer les esprits de gosses alors en pleine adolescence rebelle.

Dans cet ouragan de fureur, il ya bien cette accalmie qu’est Sleeping (in the fire), merveilleuse power balade, chantée par un Blackie qui grave par la même occasion son patronyme dans le registre des plus grands chanteurs de heavy. Single en puissance, pas putassier mais simplement prenant. Même le solo en conclusion n’en fait pas des tonnes et reste d’un excellent niveau. Holmes, avant de virer gros alcoolique avait du bagage incontestablement.

Ce premier album n’est rien de moins qu’un gigantesque défouloir sonore, un poing dans la gueule d’une violence et d’une conviction encore inoubliable aujourd’hui. On pourra lui préferer le plus policé The last command, le heavy plus propre de The headless children, ou le sommet indépassable qu’est The crimson idol, on pourrait...

Mais telle bombe ne peut que sortir du placard de temps à autre, il irrite le tympan et fait bander les muscles, il excite, il fait vibrer, il dérange le palpitant aussi surement qu’une prise de coke. W.A.S.P. a posé là un jalon brûlant qui n’est pas prêt de refroidir.



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Vincent Ouslati





Il y a 1 contribution(s) au forum.

W.A.S.P. : "W.A.S.P."
(1/1) 29 juin 2009, par Lemmyke




W.A.S.P. : "W.A.S.P."

29 juin 2009, par Lemmyke [retour au début des forums]

Excellent concert vendredi au Graspop !

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