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Metallica : "...And Justice for all" Justice expéditive mardi 17 avril 2007, par |
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A chaque fois que l’on aborde un album de Metallica de l’ère classique, le même dilemme se pose au chroniqueur avide de facilités comparatives. Faut-il parer l’oeuvre concernée du titre honorifique de « meilleur album de Metallica » ? Si il n’est pas trop difficile de mettre Kill’em all - encore bien maladroit - hors-combat, si Load et Re-Load n’ont pas l’outrecuidance d’imaginer avoir la moindre chance de remporter le trophée et si St.Anger... Enfin bref, passons, il est très difficile de faire son choix entre Ride the lightning, Master of puppets, Justice for all et même Metallica. Quatre albums difficiles à départager d’un point de vue qualitatif, mais s’il ne fallait conserver qu’une certitude, c’est que Justice for all reste bien le plus atypique et le plus travaillé d’entre eux.
Avant tout, il n’est pas inutile de préciser que Justice for all est le premier album studio de Metallica depuis le tragique décès du bassiste Cliff Burton et son remplacement par Jason Newsted, ex-Flotsam & Jetsam. Autant dire que vu l’importance humaine et artistique qu’occupait le disparu au sein des Four horsemen, il fallait s’attendre à quelque chose de radicalement différent. Et à mon sens, c’est absolument le cas : ce quatrième album studio reste totalement à part dans la discographie du groupe californien, ce qui ne l’empêche pas d’être souvent considéré comme l’aboutissement et la synthèse des trois albums précédents (en ce sens que le suivant ferait couler suffisamment d’encre pour marquer une rupture de-l’ex fanbase de Metallica en deux clans bien distincts). Pourtant, Justice for all va beaucoup plus loin que ses trois prédécesseurs, comme si égaler et même surpasser les plus ambitieuses de leurs compositions antérieures avait constitué l’unique ambition musicale de ce quatrième album. Seconde caractéristique à placer Justice for all en marge des autres albums de Metallica, sa production très particulière, qui lui valut de subir les foudres d’une partie des critiques de l’époque. Il faut dire que le son des guitares est incroyablement aride, comme écrasé au profit... au profit de quoi au juste ? Certainement pas de la basse en tout cas ! Alors que tout le monde était curieux de savoir de quel bois se chauffait la nouvelle recrue, la basse se montre totalement assourdie tout au long de l’album, à la limite de l’inaudible, même. Ulrich invoqua comme explication officielle l’absence de Newsted aux sessions d’enregistrement finales et donc son absence lors des décisions relative au mixage final, mais au vu des révélations récentes de ce dernier sur les mesures vexatoires dont il a sans cesse fait l’objet au cours de son passage au sein de Metallica, il est permis d’en douter. Une manière voilée de faire comprendre au nouveau venu que quoi qu’il fasse, il ne serait jamais Cliff Burton, couplée à une volonté de l’exclure du noyau décisionnel de Metallica ? Toutes les options restent ouvertes. Difficile de clôre le chapitre technique sans évoquer la rythmique : ce son de batterie, mes amis, ce son de batterie... Il existe autant de raisons de le haïr que de le révérer. S’il fallait transposer l’idée même de « sécheresse » en musique, le résultat devrait être assez proche de ce que l’on entend durant cette petite heure de metal revanchard. Ces étranges choix de texture sonore dotent chaque pièce de Justice for all d’une identité très forte, à tel point que, même sans être fin connaisseur de la discographie du groupe, il est possible de rattacher en blind-test n’importe laquelle de ces neuf plages au quatrième album de Metallica. Cependant, comme dans le cas du récent St.Anger, cette production déstabilisante peut s’avérer très répulsive pour certains, et empêcher une adhésion totale à Justice for all. Ce serait d’autant plus regrettable que contrairement à St.Anger, les compositions de Justice for all sont toutes, sans exception, de très haute volée, et figurent sans nul doute parmi les plus complexes jamais imaginées par les Four horsemen, Malgré quelques rares plages à la force de frappe instantanée (l’immense Blackened, Dyer’s eve,...), l’essentiel des chansons de Justice for all flirte allégrement avec des durées oscillant entre sept et dix minutes. Leurs incessants changements de tempo, le jeu souvent audacieux - voire même expérimental - de Hammett et leur construction remarquablement alambiquée tranchent nettement avec ce qu’on pouvait trouver sur les albums précédents. Si Metallica avait par le passé déjà offert des compositions longues et imposantes, il s’était toujours montré soucieux de ménager un espace suffisant à la puissance pure, quitte à se contenter de fignoler les détails et d’ajouter des couches successives à ce qui constituait l’ossature primordiale de son art. Ici, la rupture est radicale et, tout en conservant des sonorités purement thrash, Justice for all se rapproche davantage d’un genre de metal progressif avant l’heure. N’oublions pas non plus One, l’une des compositions à avoir révélé Metallica au public profane. A l’heure où les derniers mammouths du hard des années 80 découvraient les bienfaits pécuniaires de la ballade, Metallica se jetait lui aussi à corps perdu dans cette tendance avec ce morceau plombé, illustré par un clip qui, pour de mauvaises raisons, fit scandale parmi les fans pour sa compromission supposée avec le système. Metallica n’en était après tout pas à sa première trahison. Fade to black avait déjà été considérée comme une offense impardonnable à l’intégrité du metal sanguinolent. Et puis, One n’a strictement rien à voir avec les scies romantico-sucrées qui tenaient le haut du pavé à l’époque. Le morceau a beau être lent et apaisé au regard des standards de composition du Metallica d’antan, il n’en reste pas moins une composition à l’atmosphère terriblement sombre et pessimiste, en parfaite adéquation avec ce concept de soldat au corps anéanti, endurant une torture physique et mentale éternelle sur son lit d’hôpital. Au niveau du fond, Justice for all marque moins sa différence avec le fil conducteur de l’oeuvre du groupe. Centré sur d’éternelles thématiques sociales et politiques (liberté d’expression sur Eye of the beholder, atrocité de la guerre, inéluctabilité de la destruction globale), mais aussi sur des sujets plus précis comme le procès des époux Rosenberg ou la grande famine ukrainienne des années 30, l’album reste sagement dans la continuité des précédents, tout en accordant davantage de soin à la formulation de ses idées. Metallica n’appelle plus à la révolte violente contre l’ordre établi mais escompte bien, par l’impact de textes qui n’ont jamais été aussi travaillés, amener l’auditeur à cette conclusion par lui-même. Avant un Dyer’s eve en démonstration finale de ses capacités intactes à faire parler la poudre, Metallica se recueille longuement le temps du très beau To live is to die, ultime témoignage du défunt Cliff Burton puisque basé sur les derniers riffs et textes composés par ce dernier quelques mois avant sa mort. Voici peut-être bien l’album des Four horsemen le plus difficile à appréhender. Par la longueur de ses compositions, leur sophistication et leur architecture complexe, And Justice for all est l’album le plus « progressif » de Metallica, le moins facile d’accès pour le fan de metal standard et, à l’exception de One, carrément imbuvable pour le profane. Justice for all s’adresse aux auditeurs déjà chevronnés, aptes à dégager la fureur primale du groupe ensevelie sous la haute voltige technique des morceaux. A la limite, ces neuf morceaux sont plus à même de séduire les amateurs de Dream Theater que ceux de Death Angel. N’allez pas croire que l’album soit à appréhender pour autant d’un point de vue purement esthétique et cérébral. L’aridité du son lui confère une conviction et une force de persuasion supérieure à tout autre album du groupe. En ce sens, il constitue le troisième et sans doute dernier sommet de la carrière de Metallica. Les deux décennies suivantes le verront évoluer, d’abord avec bonheur vers le statut de superstar du rock, puis vers celui d’expérimentateur malheureux et peu inspiré, avant de se voir accolés une image de suiveurs opportunistes plus préocuppés par leur compte en banque que par la musique. Il n’est jamais trop tard pour infirmer une réputation douteuse mais on ne peut dissimuler une certaine satisfaction cynique à comparer l’audace, la verve, le talent du Metallica de cette époque (sans même parler de la soif d’intégrité et de justice véhiculée - sincèrement ou pas - par ses écrits) avec leur situation présente. Et on s’étonnera encore qu’on aille chercher dans le passé ce que la musique actuelle ne semble plus en mesure d’offrir... |
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Il y a 15 contribution(s) au forum. Metallica : "...And Justice for all"
(1/11) 9 septembre 2011, par Phil Metallica : "...And Justice for all"
(2/11) 22 octobre 2010, par blacky Le meilleur de toujours c’est KILL’EM ALL
(3/11) 21 avril 2007 Metallica : "...And Justice for all"
(4/11) 18 avril 2007, par Ced Metallica : "...And Justice for all"
(5/11) 18 avril 2007, par Sato Metallica : "...And Justice for all"
(6/11) 17 avril 2007, par cartman Metallica : "...And Justice for all"
(7/11) 17 avril 2007 Metallica : "...And Justice for all"
(8/11) 17 avril 2007, par Red Cloud Metallica : "...And Justice for all"
(9/11) 17 avril 2007, par Joe strummer Metallica : "...And Justice for all"
(10/11) 17 avril 2007, par Joe strummer Metallica : "...And Justice for all"
(11/11) 17 avril 2007, par Rico |
Metallica : "...And Justice for all" 19 avril 2007, par Red Cloud [retour au début des forums] Performance athlétique, sans doute. Cependant, à l’époque, ils n’en oubliaient pas pour autant de composer de vrais morceaux avec des mélodies. De plus mêmes ci ces morceaux étaient longs, ils ne ressassaient pas toujours la même chose, comme le pénible St Anger. Metallica : "...And Justice for all" 20 avril 2007, par Sato [retour au début des forums] Oui, c’est vrai. St-Anger m’avait surpris par son agressivité mais vite lassé par ses compos sans queue, ni tête... Pour en revenir a Justice, il faut écouter (ou plutot voir) le live de Seattle en 1989, dispo sur le Live Shit Binge & Purge. Les chansons prennent une atmosphère tout autre ! (et beaucoups plus agressive). Quel pied ! Si ils doivent sortir un CD Live, c’est bien celui-là... Metallica : "...And Justice for all" 21 avril 2007, par Red Cloud [retour au début des forums] Le CD live existe bel et bien, puisque lorsque le Live Shit est sorti, le coffret contenait non seulement 3 cassettes VHS, mais aussi un triple CD. Je ne sais pas si on peut le trouver individuellement dans le commerce. Metallica : "...And Justice for all" 5 mai 2007 [retour au début des forums] Sur le triple CD, on y retrouve uniquement le live de Mexico en 1993. Le concert de Seattle n’existe qu’en video, malheureusement. (si j’ose dire...)
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