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Iron Maiden : "Somewhere in time"
La machine à remonter le temps

samedi 15 décembre 2007, par Marc Lenglet

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Après avoir atteint les sommets avec Powerslave et le non moins célèbre Live after death, Iron Maiden se retrouve à la croisée des chemins. Parvenu au sommet de son art, à peine remis d’une des tournées les plus pharaoniques des années 80, le groupe allait avoir du mal à maintenir un tel niveau, tant au plan artistique qu’au plan humain. La position dominante de Maiden au sein du metal anglo-saxon risquait également de devenir toujours plus intenable, alors que nombre de challengers américains n’hésitaient pas à adopter une approche plus directe, ou au contraire plus festive du hard. Une seule solution pour rester dans la course : apporter quelques modifications de surface à la recette qui avait été éprouvée jusqu’alors.

Sous l’impulsion d’Adrian Smith, décision fut donc prise d’adjoindre pour la première fois des claviers et des sons synthétiques à l’architecture musicale du groupe anglais. Alors que d’ordinaire, un tel changement de style aurait eu toutes les chances de faire gronder les plus puristes des admirateurs du groupe, Somewhere in time n’eut pas à souffrir de ces dissensions claniques qui frappent régulièrement les groupes assez suicidaires pour remettre en question leur sacro-sainte intégrité métallique (ou ce qui en tient lieu dans l’esprit du public). Il faut dire que les claviers ne confèrent aucune accroche « popisante » à la musique du groupe. Au contraire, les pistes sont dans l’ensemble d’une durée plus que conséquente et les sonorités synthétiques, judicieusement utilisées, offrent à des pièces maîtresses comme Caught somewhere in time ou le fantastique Alexander the Great une atmosphère extraordinaire qui renforce leur esprit déjà lourdement évocateur.

Assez curieusement, Somewhere in time reste pourtant anecdotique dans la discographie du groupe. Coincé entre les deux monuments que sont Powerslave et Seventh son of a seventh son, les chansons qui le composent, à l’exception notable des deux singles, ne sont pas vraiment passées à la postérité et ne sont que très rarement jouées en concert de nos jours. Wasted years et Stranger in a strange land, ainsi que le classique Heaven can wait, sont les uniques survivants de cet âge héroïque. Il n’empêche, j’ai toujours eu une affection particulière pour ce sixième album studio. Cela tient à la symbiose très particulière entre les synthés et les composantes originelles de la musique d’Iron Maiden. Le résultat m’a toujours paru tout bonnement extraordinaire, plus même que sur le très acclamé Seventh son of a seventh son, avec ces sonorités parfois « spatiales » en parfaite concordance avec la thématique et l’artwork de l’album. Il est assez difficile de déterminer les éléments qui concourent à cette excellente impression générale. Le son de Maiden s’est évidemment densifié, avec une profondeur musicale appréciable, mais le dosage parcimonieux des nappes de clavier successives le dote également d’un cachet très aérien et épuré. Le résultat global est en tout cas d’une puissance et d’une richesse qui n’avait que peu d’équivalent à cette époque. Pour ne rien gâcher, les musiciens livrent une prestation à la technicité irréprochable, et quelques uns des plus flamboyants duels de guitare de toute leur histoire discographique.

S’il ne fallait adresser qu’un seul reproche à l’album, il concernerait ce léger manque de personnalité dans les morceaux présentés. La variété n’est pas la qualité principale de Somewhere in time et on pourra juger la relative uniformité des séquences un peu décevante. A mon sens, cette particularité dote aussi l’album d’une cohérence très forte, et on peut applaudir ce parti-pris courageux qui, au lieu de fournir une brochette de hits à prise directe comme avant, préfère tabler sur l’installation d’une atmosphère qui prend forme lentement au fil des plages. Sans posséder le moindre morceau indigne du standard de qualité établi par le groupe, Somewhere in time manque dès lors peut-être de chansons réellement percutantes, telles qu’on en trouvait à la pelle sur les albums d’avant 1985. On entre ici dans le domaine des goûts et des couleurs totalement subjectifs. Alors que le fameux Heaven can wait m’a toujours semblé quelque peu surestimé, j’éprouve une admiration toute personnelle pour The loneliness of the long-distance runner et Déjà-vu, irrésistibles malgré leur relative similitude, ainsi que pour ce qui est peut-être bien la plus ambitieuse et la plus majestueuse conclusion jamais composée par le groupe anglais : Alexander the Great, saga épique d’un tel lyrisme qu’il faut l’écouter à plusieurs reprises pour s’assurer qu’on n’a pas rêvé.

Brouillon encore imparfait, rupture courageuse avec le passé, commencement de la décadence, œuvre au charme incompréhensible, tout un chacun aura son petit avis sur Somewhere in time. Non reconnu comme un classique ou une référence du genre, l’album a échappé à la muséification et à la surexposition propres aux « références culturelles » et donc à la lassitude qui finit par affaiblir la stature, même des meilleures d’entre elles. Ce relatif anonymat lui a permis de conserver une certaine fraîcheur, que deux décennies et de nombreuses modes passagères n’ont que peu entamé. A tous points de vue, Somewhere in time s’avère être une excellente cuvée à découvrir pour les néophytes en Ars Maidenia, qui lui préfèrent souvent ses congénères à la stature plus « historique », et un album à réécouter d’urgence pour les fans convaincus qui auraient fait preuve de négligence à son égard.



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Iron Maiden : "Somewhere in time"
(1/2) 9 août 2016
Iron Maiden : "Somewhere in time"
(2/2) 17 décembre 2007, par Billy Jr.




Iron Maiden : "Somewhere in time"

9 août 2016 [retour au début des forums]

I like the album. It features some of my favorite songs. - Steve Wyer

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Iron Maiden : "Somewhere in time"

17 décembre 2007, par Billy Jr. [retour au début des forums]

100pct d’accord. Je lui trouve aussi cet indéfinissable charme, ce son extraordinaire.
Des années que j’essaye de convaincre certains que c’est un des meilleurs de maiden, rien n’y fait. Merci donc monsieur Langlet.
Pour cloturer, les 3 meilleurs de Maiden : le premier, celui-ci, et le dernier. Parfaitement.

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