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Iron Maiden : "Iron Maiden"
Birth of the beast

dimanche 11 novembre 2007, par Marc Lenglet

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Il n’est pas si fréquent qu’un groupe atteigne un des plus grands sommets de sa carrière dès son premier album. Ce constat est tout particulièrement valable pour les groupes de metal, courant où les premiers albums sonnent souvent comme un intéressant coup de semonce avant que le dit groupe ne révèle la pleine étendue de ses possibilités (voir les albums de Judas Priest, Megadeth ou même Metallica pour s’en convaincre). Bien loin de ces tentatives maladroites, Iron Maiden est un album d’un niveau tout simplement incroyable. Histoire de jouer la carte de l’honnêteté jusqu’au bout, précisons qu’Iron Maiden, l’album, est l’œuvre phare d’une formation qui n’a jamais réalisé que deux malheureux disques en tout et pour tout. Un groupe de metal pas encore totalement ancré dans les années 80, plein de l’énergie sauvage de la fin de la décennie précédente mais hésitant encore à mettre réellement l’accent sur sa haute maîtrise technique : l’Iron Maiden de Paul Di’Anno.

Tout simplement parce que l’incarnation du groupe qu’on voit à l’œuvre sur ce premier album (et sur Killers, son successeur) n’entretient presque aucun lien de parenté avec celle qui allait incarner par la suite une certaine idée du heavy metal à elle seule. Paul Di’Anno, frontman aujourd’hui passé dans les poubelles de l’histoire du rock, n’est pas Bruce Dickinson et on pourrait passer des heures à départager les thuriféraires et les apologistes de l’un et de l’autre. Les deux hommes ne partagent, il est vrai, que peu de points communs. Si le second l’emporte au niveau du souffle et de l’emphase, il n’a que très rarement réussi à reproduire ce sentiment de hargne et de violence suburbaine qui imprègne le chant désordonné de Di’Anno. A l’écoute de Di’Anno, on n’imaginait vraiment pas la Vierge de fer se produire dans les stades mais plutôt dans de sinistres hangars éclairés au brasero et peuplés d’une faune de marginaux rétifs à toute compromission.

A l’atmosphère particulière insufflée par le frontman, il faut ajouter le travail (ou plutôt l’absence de travail) fourni par le producteur, Will Malone, qui n’en avait apparemment pas grand-chose à foutre de produire le premier album d’un groupe hard débutant. Les jeunes musiciens se débrouillèrent donc comme ils pouvaient pour mener l’accouchement à terme. Avec sa production sommaire au possible, on pouvait s’attendre à ce que l’album clôture là le petit buzz qui régnait autour du groupe depuis un an. Au contraire, ce fut sa plus grande force. Le son, rêche, sale et imprécis, dote cette première salve d’une identité très forte et, à égalité avec ses morceaux dans l’ensemble simples et percutants, lui confère une identité presque « punk ». Il n’est d’ailleurs pas rare de considérer ce premier album de Maiden comme un trait d’union entre ces deux courants musicaux que l’on a souvent opposés pour des raisons bien éloignées de l’aspect musical.

Il est évident que le succès d’une telle réalisation ne tablait uniquement sur une idée, une atmosphère et une évaluation qu’il est aisé de poser 27 ans plus tard. Non, un grand album de metal nécessite avant tout d’être bourré de bonnes chansons et à ce compte là, Iron Maiden tient son rang aux côtés d’un Number of the beast ou d’un Powerslave, chefs-d’œuvre sur lesquels il n’y a définitivement rien à jeter.

Tour d’horizon rapide : pour le côté rentre-dedans, on a Prowler et les hymnes éternels que sont Running free et Sanctuary. A l’autre bout de l’échelle de Richter metal, les deux ballades, Remember tomorrow et Strange world, sont délicieusement cotonneuses et planantes. Très influencées par les années 70, elles restent en tout cas supérieures à la majeure partie des balades post-Di’Anno, domaine dans laquelle le Maiden de l’époque classique n’a jamais particulièrement brillé. On n’oubliera pas au passage l’extraordinaire Phantom of the opera, qui indique déjà avec force la future direction héroïque et presque « progressive » du groupe, suivi du non moins excellent instrumental Transylvania. Charlotte the harlot, un peu plus un retrait, a au moins le mérite d’être la première mouture d’une série de morceaux mettant en scène ce personnage énigmatique.

Enfin, pour terminer par le classique des classiques, voici Iron Maiden (la chanson, donc, sur l’album du même nom du groupe du même nom... on s’y perd !), courte pièce rageuse et sans fioritures, qui clôture généralement les concerts encore aujourd’hui. Outre la référence au joujou médiéval ou le petit côté autocélébration, il se peut aussi que ce morceau soit l’un des très rares clins d’œil du groupe à la réalité politique et sociale de son époque. Bien qu’il se soit toujours défendu de la moindre ambition moralisatrice, il est difficile de s’ôter de la tête que ce morceau brocarde une célèbre « Dame de fer » de cette époque.

Irréprochable au niveau de son contenu et de ses morceaux, le premier album d’Iron Maiden est un chef-d’œuvre intemporel, de cette race d’albums qui allie impact direct, technique raffinée, efficacité des refrains et absence de tout artifice synthétique ou non, et charme par la seule huile de coude et l’imagination déployée par les musiciens. Une vision finalement assez différente de l’idée que l’on peut se faire du groupe lorsqu’on ne connaît que son époque classique, pétrie d’ambitions et comptant tout autant sur l’ambiance générée par les morceaux que sur leur force de frappe. S’il est douteux qu’un amateur de ce Maiden-là, même le plus intransigeant, puisse trouver grand-chose à redire à la qualité de leur première passe d’armes, le registre beaucoup plus cru dans lequel évoluait le groupe anglais en 1980 pourrait surprendre ceux qui restent éternellement hermétiques à Iron Maiden et au metal des années 80 dans son ensemble (hep rédac’ chef, je te tends une perche !). Quel que soit l’endroit où vous vous positionnez sur l’échelle de la Maidenolâtrie, Iron Maiden premier du nom n’en reste pas moins l’un des Essentiels du metal.



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Iron Maiden : "Iron Maiden"
(1/2) 22 avril 2008, par Fl@$h
Iron Maiden : "Iron Maiden"
(2/2) 15 novembre 2007, par jefferson




Iron Maiden : "Iron Maiden"

22 avril 2008, par Fl@$h [retour au début des forums]

c’est certain que les 2 premiers 33t de Maiden avec Paul Di’Anno c’était tout de même autre chose que les vocalises de Castafiore de Bruce Dickinson !
c’est vrai qu’il n’y avait pas que les morceaux plus rentre dedans qui faisaient mouche car ’Remember Tomorrow’, ’Strange World’ et ’Prodigal Son’, ballades presque psychédéliques et un peu iréelles avaient ce côté inquiétant avec ce 1er chanteur aux allures punks (fait rarissime, voir unique dans le hard et le metal de l’époque !). pour qui aimait cet aspect des choses, le vrai Maiden était là ! spontané, furieux, menaçant et terriblement vivant ! la main-mise de Steve Harris qui voulait avoir le controle sur tout n’est pas pour rien dans l’éviction de Di’Anno, qui lui, perdait le controle et partait en vrille avec son comportement imprévisible (le gars avait la bouteille un peu facile !).
il nous reste "Iron Maiden" et "Killers" pour témoigner de l’urgence et de la vivacité du groupe à cette époque (vitalité qu’ils perdront rapidement avec l’arrivée du très conforme Bruce Dickinson).

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Iron Maiden : "Iron Maiden"

15 novembre 2007, par jefferson [retour au début des forums]

Bien d’accord ; alors que je n’écoute plus de hard depuis belle lurette, les deux premiers Maiden, j’y retourne de temps à autre avec grand plaisir et c’est clair que c’est l’effet DiAnno.

"il est difficile de s’ôter de la tête que ce morceau brocarde une célèbre « Dame de fer » de cette époque." Non peut-être ?
Déjà vu les singles de l’époque ? :

http://www.maidenfrance.fr/galerie/...
http://www.maidenfrance.fr/galerie/...

Etripée la Maggie... Je pense me souvenir que celui de Sanctuary avait été interdit à la vente, d’où ma grande joir le jour où je l’ai trouvé chez Arlequin.

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