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Candlemass : "Epicus doomicus metallicus"
Un culte est né

lundi 15 juin 2009, par Arnaud Splendore

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S’il existe bien un groupe culte au sein de la scène doom-metal, il s’agit sans conteste de Candlemass. Si le fait qu’on leur attribue la naissance du genre est discutable, les joyeux suédois en sont sans conteste l’un des piliers. Leur son plombé ambiance « marche funéraire », leurs tempos de gastéropode sous valium et leur gros chanteur habillé en moine ont marqué la fin des années 80. D’ailleurs à l’époque, nombre de journalistes metal n’hésitent pas à les bombarder héritiers du tout-puissant Black Sabbath (qui se vautre à ce moment-là dans le ridicule avec des bouses sans nom comme Seventh star ou The eternal idol). La suite fut moins glorieuse, puisque les sempiternelles histoires d’égo déchirèrent le groupe. Fort heureusement et tel le bon vieux monstre de film d’horreur, Candlemass ne pouvait reposer en paix. Alors que le groupe vient de sortir son nouvel album, Death magic doom, penchons-nous sur la genèse du mythe Candlemass et sur le premier album studio.

Candlemass est avant tout le bébé de son bassiste, Leif Edling. Et c’est également le seul maître à bord, puisque c’est lui qui compose la quasi-totalité des titres du groupe. Après avoir fait ses armes au sein de diverses formations suédoises, dont la plus connue fut Nemesis - enfin « connue », c’est beaucoup dire -, disons que Nemesis doit surtout sa célébrité au fait qu’il s’agissait essentiellement d’un proto-Candlemass. En effet, Edling y côtoie plusieurs futurs membres de Candlemass, et plusieurs des compos de Nemesis seront récupérées par notre homme pour son futur groupe.

Sous diverses incarnations, Candlemass sort plusieurs démos avant de réunir un line-up plus ou moins stable et d’entrer en studio afin d’enregistrer leur premier album. A l’époque, le groupe qui s’articule autour d’Edling est constitué de Mats "Mappe" Björkman (guitares, et toujours membre du groupe à l’heure actuelle) et de Matz Ekström (batterie). Le groupe a quelques difficultés à trouver un chanteur et fait donc appel à Johan Lanquist, musicien de session qui ne participera qu’à l’enregistrement d’Epicus doomicus metallicus et ne se produira jamais en live avec le groupe (à l’exception notable d’un show anniversaire en 2007).

Lorsque l’on écoute l’album, le spectre du grand Black Sabbath se manifeste immanquablement. Les guitares sont lourdes à souhait, l’ambiance est sombre, le chant fait instantanément penser au maître Osbourne (avant qu’il ne devienne un pathétique clown). Dès les premières notes, on est en terrain connu. Mais ce qui fait d’Epicus doomicus metallicus un album culte plutôt qu’un simple hommage aux maîtres à penser d’Edling, c’est que le bassiste ne se contente pas de plagier. Bien au contraire, il innove en intégrant des rythmiques plus proches de la New Wave of British Heavy Metal (en plein essor à l’époque) et crée ainsi des chansons à la fois doom et épiques (l’infernal Black stone wielder en tête). Comme quoi l’album porte bien son nom !

Dès les premières notes d’Epicus, on comprend bien qu’on n’est pas là pour rigoler. L’album s’ouvre sur ce qui va devenir un classique du groupe et qui donne le ton de tout l’album, j’ai nommé Solitude (tout un programme). Quelques arpèges de guitares sur lesquels vient se poser le chant fantomatique de Lanquist... et ensuite la messe noire débute. Solitude est une merveille de lourdeur, un véritable hymne funéraire. Et là, deux choses viennent frapper l’auditeur. Ce qui marque de prime abord, c’est l’ambiance qui règne sur cet album, et c’est là le véritable hommage à Black Sabbath. En effet, le succès du groupe de Birmingham ne tenait pas tant à la qualité de ses compos ou la virtuosité des ses musiciens (Dieu sait si les qualités de chanteur d’Ozzy sont sujettes à débat), mais bien de l’ambiance sombre que le groupe était capable d’instiller. C’est bien grâce à cela que le Sab a pu se démarquer de ses contemporains et devenir un groupe de légende. Et Candlemass réussit le même tour de force ! Dès le début de l’album, l’auditeur est happé dans l’univers du groupe, un univers mystique, tragique et sans espoir. Et une fois que Candlemass vous tient, il ne lâche plus jusqu’à la fin de l’album.

Le second élément marquant de l’album est la qualité du groupe. D’une part, on sent que les compos sont rodées, Edling les trimbalant avec lui depuis un certain temps. Les titres alternent les passages mélodiques, lents ou rapides avec des passages plus extrêmes sans le moindre accroc. Et Candlemass se permet même le luxe de conclure son album avec The sorcerer’s pledge, une chanson qui ne dépareillerait pas dans le répertoire d’un Iron Maiden, de par ses envolées épiques. Mais non seulement les chansons sont bien foutues, mais le groupe est remarquablement en place. On a franchement du mal à croire qu’il s’agit de leur premier album. Il faut dire qu’il est produit par Edling lui-même et connaissant le côté perfectionniste du bonhomme, on imagine sans peine que l’enregistrement n’a pas été rigolo tous les jours.

Profitons-en pour tuer un stéréotype trop courant envers Candlemass. Non, toutes leurs chansons ne sont pas lentes. Ce qui rend Candlemass plus accessible qu’un Penance ou qu’un Electric Wizard, ce sont justement ces envolées épiques dont je parlais plus haut. Les compos sont suffisamment variées pour qu’on ne s’ennuie pas et pour conserver l’attention de l’auditeur tout au long de l’album. Entendons-nous bien, j’adore le doom-metal. Mais après trois chansons de Penance, j’ai tendance à éjecter fissa l’album et à passer directement à du gros speed genre Nuclear Assault ! Pas de risque d’ennui avec Candlemass, le groupe est beaucoup plus accessible que certains de leurs camarades de jeu !

Il serait inutile de passer chaque titre en revue, tant les pistes de Epicus sont toutes devenues des classiques du groupe, et du doom en général. Il ne fait aucun doute que Candlemass réussit un coup de maître avec son premier album. Plus de vingt ans plus tard, il n’a pas pris une ride et représente un tournant dans une niche musicale qui compte de nombreux talents (souvent méconnus). A noter qu’il existe une version remasterisée d’Epicus, l’original étant virtuellement introuvable. Evidemment, on peut regretter le son crade de l’original (et les puristes ne manquent de gueuler à ce sujet). Perso, j’ai eu l’occasion de comparer les deux versions et, franchement, le remastering ne gâche en rien le côté glauque et pesant du groupe.

Avec son premier album, Candlemass joue immédiatement dans la cour des grands et peut soutenir sans rougir la comparaison avec d’autres formations emblématiques comme Saint Vitus ou Trouble. Un classique indispensable à la discothèque de tout métalleux qui se respecte !



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Arnaud Splendore