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Lux Interior (Cramps) dans la grande lumière jeudi 5 février 2009
On apprend ce matin avec tristesse et effarement le décès de Lux Interior, chanteur des Cramps, des suites de problèmes cardiaques récurrents. Maxence Grugier, journaliste pour entre autres Trax et Fluctuat.net est un enfant des Cramps et rend hommage au Lux lui ayant montré la lumière... Quelque chose est mort à l’interior
Confession d’un Teenage Werewolf Par Maxence Grugier 1981, j’ai treize ans, j’achète Rock’n’Folk et Best, les deux seuls magazines de rock de l’époque. Je lis régulièrement les chroniques de Philippe Garnier, celles de Phillipe Manœuvre aussi (qui eu crut qu’il deviendrait un jour ce papy du rock, mais passons). Je regarde Les Enfants du Rock tous les samedis soirs, Sex Machine, toujours Manœuvre, avec Dionnet cette fois (le crew Métal Hurlant) et les reportages d’Antoine De Caunes. La new wave bat son plein, mais on appelle toujours ça du rock. D’ailleurs au milieu des groupes de garçons coiffeurs, un combo de sauvages, formé en 1973, dicte toujours sa loi. Son nom : The Cramps ! The Cramps, comme les règles douloureuses que subissent certaines demoiselles, mais aussi comme "la gaule". Celle que la plupart des jeunes types de mon âge ont constamment quand ils pensent aux même demoiselles (et même quand ils ne pensent à rien, d’ailleurs). La puberté ça s’appelle. Les Cramps eux, appellent ça le syndrôme "Teenage Werewolf", le moment où des poils vous poussent un peu partout et où on hurle sous la couette, les nuits de pleine lune. Au milieu des Depeche Mode, Duran Duran, Simple Minds, Big Country, A Flock of Seagulls, Kim Wilde, Elvis Costello, Blondie et The Cure, les Cramps font figure de rois de la jungle. Avec eux, la jungle est psychédélique, la fuzz tourne à fond les ballons, les percussions sont tribales, le chant tourne au vaudou. Bryan Gregory, puis Kid Congo Powers, balancent un son si puissant que les cheveux se coiffent en bananes d’eux mêmes, pas besoin de jaune d’œuf, ni de bière. Lux Interior, leader et fondateur du groupe, se produit sur scène à oilpé, une chaussette sur la bite, il fait des gorges profondes à son micro. Rockabilly et 60’s punk, The Cramps réconcilie canons du rock et sauvagerie garage (qui a dit "Garbage" ?) en habillant le tout d’une certaine élégance new wave, décadente et moite. Le vieux fond blues de Memphis rencontre l’hystérie Angeleno. On parle de psychobilly. Rapidement les Cramps font partie de la légende du rock. 1986, j’ai dix-huit ans. Je collectionne les publications du label New Rose. Un numéro spécial sur les Cramps les présentes dans leur salon de Los Angeles, Wayfarers sur le nez, en plein milieu du quartier latino. Lux Interior raconte que les gars du coin lui montrent du respect, même s’il n’est pas sud-américain, car ils sont persuadés qu’Ivy Poison, sa compagne, est d’origine latine. Les deux bêtes du rock racontent aussi leur passion commune pour les vieux films de série B, les histoires de momies, d’extraterrestres mangeurs d’hommes et de morts-vivants filmés avec les pieds, les récits de strip-teaseuses enlevées par des monstres en caoutchouc. Tout un panthéon du film de genre US se dévoile, bien avant que cela ne soit la mode, que Tim Burton ne sorte ses Mars Attack et autre Ed Wood. Ils parlent aussi de tous ces groupes que je ne connais que de nom grâce aux textes de Manœuvre, de Garnier ou de Nick Kent : les Standells, The Sonics, The Trashmen, Screamin’ Jay Hawkins, The Shadow of Knight, Carl Perkins, Link Wray, Dick Dale, The Ventures... Je me met en quête de tous ces groupes. Je découvre la série des Peebles, les compilations Texas Punk et autres folies saturées qui s’accordent si bien avec ma découverte du moment, les Ecossais de Jesus & Mary Chain. 1992, j’ai 24 ans. Je suis à Montréal, pas vraiment la capitale du rock, mais c’est mon premier voyage sur le continent nord-américain. Chez un disquaire d’occasion, je tombe sur le fameux Live à Auckland, le mythique Gravest Hits en édition originale et un fabuleux tee-shirt de Betty Page. J’embarque le tout pour une dizaine de dollars canadiens. Je ne porte plus le tee-shirt que pour dormir, mais je vibre toujours (et fais vibrer les autres) sur le Human Fly de Gravest Hits, première sortie officielle des Cramps. Cinq titres emblématiques (et pourquoi pas "séminaux" d’ailleurs, puisque certains ont eu la chance de lâcher la purée dessus, pas les Inrocks bien sûr…), qui définiront la philosophie du groupe, hommage et pastiche, destruction des canons du rock et respect. Human Fly, The Way I Walk de Jack Scott, Domino de Sam Phillips, Lonesome Town et bien sûr le fameux Surfin’ Bird des Trashmen, titre vanté par les vieilles tarlouzes du rock comme Manœuvre ou les schizophrènes à personnalités multiples comme Yves Adrien. 1995, ma fille vient au monde. J’ai 27 et je n’écoute plus que de l’electro depuis deux ans. Internet arrive en France. Seuls vestiges des années 70 et 80 que je supporte encore peut se résumer à ce mot autodestructeur : Suicide. Être rock en 97 est devenu ridicule. Un festival de marionnettes. Il n’y a plus de place pour l’égocentrisme du guitar hero, la mégalomanie du chanteur de rock. Les Ray-Ban, le perfecto et les beatles boots sont à leur place. Dans un placard. Quand ce n’est pas au clou. Pourtant, solid as a rock, reste un pilier inébranlable au milieu de ma discothèque : The Cramps. Au milieu des Scorn, Meat Beat Manifesto, DJ Spooky, Future Sound of London, Maurizio et Mouse on Mars, je me repasse régulièrement Songs The Lord Taught Us, parce qu’évidemment ces fous furieux m’ont tout appris. 2009. Je réécoute du rock. Comme tout le monde, non ? Quand on annonce la mort de Lux Interior, à 62 balais, d’une crise cardiaque, c’est le silence. Un type dont on imaginait jamais qu’il meure un jour nous a quittés. Lui qui jouait continuellement avec la mort, les hommages aux films de morts-vivants, les Back From The Grave, les Look Mom, No Head !, vient nous rappeler que ça ne rigole plus, qu’on ne se relève pas toujours de ses excès. La cave, quand on y est, c’est une fois pour toute. Toute une vie de bizarreries musicales défile. C’est un petit bout de nous qui s’en va. Rigolez, je sais que certains ont éprouvé la même chose pour Cloclo ou éprouveront les mêmes sentiments quand cette vieille folles décolorée de Johnny s’en ira, mais pour d’autres, ici, maintenant, quelque chose est mort à l’interior. | ||
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