Pop-Rock.com






Duncan Patterson : "J’étais convaincu que j’allais bientôt mourir"
samedi 9 décembre 2006

Ce mois-ci, Pop-Rock met à l’honneur Madre, protégenos, le premier album de Íon, nouveau projet de Duncan Patterson (Anathema, Antimatter). Et lorsque l’occasion nous est donnée de poser quelques questions à son auteur, on n’hésite pas une seconde, ne serait-ce que pour appréhender encore mieux ce disque magnifique et comprendre un peu comment fonctionne cet électron libre de la scène musicale.


- Pop-Rock.com : J’étais résolu à ne pas te parler d’Anathema ou d’Antimatter, mais tu ne me laisses pas le choix avec la chanson Anathema Maranatha. Qu’y a-t-il derrière cette mention si explicite à ton ancien groupe ?

- Duncan Patterson : A la base, cette chanson s’appelait III ou Tria. Je pensais en faire la troisième piste de l’album, mais j’ai changé le tracklisting en cours de route. Comme cette chanson est chantée en grec, je cherchais un titre dans cette langue. C’est ainsi que Anathema Maranatha m’est venu à l’esprit, car cela signifie « une grande malédiction », ce qui correspond parfaitement avec les paroles. La chanson parle de recommencer un cycle, de se débarrasser de ces choses qui te poursuivent comme une malédiction. En l’espèce, ça vise une personne qui était ce nuage obscur au-dessus de moi, et la malédiction est réfléchie au-travers de cette personne. Tout ça tourne autour de notre karma, du fait de rester dans le droit chemin et loin des mauvaises personnes.

- Il y a de quoi être impressionné par le nombre de personnes qui ont collaboré à cet album. Comment as-tu rencontré tous ces gens, venus d’horizons aussi éloignés ?

- C’est arrivé comme ça. A la base, je cherchais un flutiste et un harpiste. Et au fur et à mesure que l’album progressait, je rencontrais ces gens. Je voulais avoir des contributions d’horizons très variés pour exprimer le concept général de l’album.

- Pourquoi avoir recours à tant de langues différentes sur cet album ? Est-ce juste une question de phonétique ou un moyen d’exprimer les choses différemment ?

- Une fois encore, ça fait partie du concept. J’ai juste essayé, testé des choses dans l’espoir que ça collerait, et ça a collé. A l’avenir, je travaillerai encore davantage sur l’aspect phonétique avec des chanteurs qui chanteront dans leur langue maternelle. Je pourrai dès lors incorporer beaucoup plus de choses dans le chant.

- Ion est décrit comme ton travail le plus personnel. Pourtant tout ton travail s’est toujours révélé très introspectif. Qu’as-tu mis de plus dans celui-ci ?

- C’est le premier album que j’ai écrit dans son entièreté, à part Goodbye Johnny Dear. J’ai toujours écrit à propos de ma vie, et dans ce sens, celui-ci n’est pas différent. Ce qui est différent, c’est moi. Par le passé, j’acceptais et surmontais la face obscure de l’homme grâce à mes chansons. Cette fois-ci, il est plus question d’espoir et de se débarrasser de toute cette merde qui s’accumule sur tes épaules avec le temps.

- En effet, par le passé, tu as dévoilé tes obsessions quant au temps qui passe, à ta peur de vieillir et de mourir, à l’insignifiance de la vie. Ces obsessions, sont moins voyantes sur ce disque. Du moins elle ne sont plus jetées à la face de l’auditeur.

- Quoique j’aie écrit par le passé, je le pensais. Par exemple, pendant l’enregistrement d’Eternity, j’étais convaincu que j’allais bientôt mourir et que c’était mon dernier album. Sérieusement. Je me disais tout le temps « peut-être aujourd’hui ». Ca fait bizarre de repenser à ça, dix ans plus tard. Tout ça m’a amené, durant l’enregistrement d’Alternative 4, à composer des chansons comme Shrould of false et Alternative 4. Par la suite, j’ai peu à peu mis les choses en ordre dans mon esprit. J’ai rencontré d’autres gens qui n’imaginaient même pas que je jouais dans un groupe, qui n’étaient pas des parasites qui voulaient se servir de moi pour obtenir quelque chose. Quand, avec Anathema, nous avons commencé à jouir d’une certaine reconnaissance après Eternity et Alternative 4, des vautours ont immédiatement commencé à tourner autour de nous pour rafler tout ce qu’ils pouvaient. Quitter cette scène m’a fait beaucoup de bien. J’ai commencé à travailler dur et ai cherché à me sentir bien. Et puis, il y a quelques années, j’ai rencontré quelques personnes qui ont offert de m’aider. Elles m’ont donné des conseils, et m’ont envoyé des livres. Depuis, je travaille sur moi-même pour améliorer ma vie à tous les niveaux. Comme quoi, avec quelques efforts, on est tous capables de se sortir des situations négatives et de se débarrasser de ce genre de mentalité.

- Certaines chansons sonnent très « cinématographiques ». Est-ce un objectif ? Serais-tu intéressé d’écrire des musiques de film ?

- Ouais, j’adorerais faire la bande-son d’un film. Ce serait vraiment un job idéal pour moi. Je suis bien conscient que beaucoup de ce que je fais sonne « cinématographique », mais ce n’est en tout cas pas prémédité. Ca vient juste comme ça. En fait, j’ai écrit deux scenarios de films, et je cherche des gens pour y travailler avec moi. Mais bien sûr, c’est moi qui ferai la musique (Rires).

- Tout ton travail révèle un étrange lien vis-à-vis de la religion. Je pense entre autres à certaines de tes paroles (Eternity, God is coming), mais aussi à l’artwork de Savior. A nouveau, cet album, à cause de son titre, mais aussi de chansons comme Believe ou Fé, esperanza, amor, me fait m’interroger quant à ta relation avec la religion.

- Tout à fait. Même si en fait, aucune de mes chansons n’a jamais traité du catholicisme, son symbolisme très puissant est souvent derrière mon travail. J’ai toujours été fasciné par l’imagerie catholique et tout ce qui va avec. Toutefois le fait qu’une religion veuille monopoliser le concept de « Dieu » a toujours coincé avec moi.

- Est-ce vrai que Johnny Patterson est ton aïeul ?

- Oui. Il était une légende, par chez moi (en Irlande, ndlr). J’ai souvent entendu ses chansons jouées dans des pubs, par des musiciens ambulants, et dans des concerts également. Je devais absolument inclure Goodbye Johnny Dear sur l’album, car il rentre parfaitement dans le concept développé autour de la Mère et rappelle également Learpholl, qui parle de quitter son village natal.

- Le mot de la fin est pour toi. Que voudrais-tu que les gens sachent ou comprennent à propos de cet album ?

- Si quelqu’un prend note de mes réponses, il comprendra ce que j’essaie de faire. Merci pour tout.

Geoffroy Bodart



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