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Crystal Castles, braqueurs d’art digital
dimanche 12 octobre 2008

Cet article est passé un peu inapperçu à l’époque de sa publication, le 15 mai, car le groupe était encore très peu connu. Crystal Castles faisant maintenant la couverture du NME, il nous semble utile de vous le représenter.


15 mai 2008

Crystal Castles, groupe canadien basé à Toronto, débarque à l’Ancienne Belgique lundi prochain accompagné d’une belle controverse. Récemment, la communauté "chiptune", axée autour du site 8bc.org, à découvert qu’une série de morceaux des nouveaux chouchous de Pitchfork et NME pillaient allègrement dans le répertoire de certains de ses artistes phares : le Belge Lo-Bat, le Suédois Covox et le Tchèque X-Agon. Et on ne parle pas de juste sampler quelques sons ; certains des morceaux incriminés utilisent des passages entiers venant de MP3 téléchargés sur le site des musiciens en question.

A la lumière de cette controverse, deux questions se posent :

La première concerne l’intégrité du duo Ethan Kath/Alice Glass. Il faut savoir que depuis quelques années, ce groupe à réussi a installer un climat de mystère autour des sons qu’il utilise. Prétendant avoir récuperé un vieil Atari au fond d’une cave et en avoir extrait son processeur sonore, ils l’auraient "installé" dans un clavier dans le seul le but de générer des sons irritants pour "ennuyer le peuple". Dans une autre interview, ils déclarent n’avoir jamais vraiment connu le mouvement chiptune et refusent toute corrélation avec ce genre... Un peu limite lorsque l’on découvre qu’ils se sont basés sur cette même scène pour créer ce son si "nouveau" !

Et ce n’est pas la première fois que Crystal Castles se heurte aux accusations d’utilisation illicite d’art d’autrui : il y a quelques mois, un artiste graphique, Trevor Brown, découvre que le groupe utilise un de ses dessins pour des pochettes, t-shirts et posters. Au vu de ses accusations, Crystal Castles déclare avoir trouvé le dessin sur un vieux flyer punk et "attendait" que le père originel de l’illustration les contacte pour résoudre l’affaire. Le problème, c’est qu’ils n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur les modalités financières de l’utilisation de l’œuvre en question et que, même après avoir reçu l’ordonnance d’arrêter de l’utiliser, ils continuent de se l’approprier.

La deuxième question qui se pose tourne autour de la protection des droits des artistes mettant "à disposition" leurs œuvres sur le web. Si la possibilité de toucher un grand nombre de personne est tentante pour se faire connaître, elle donne également plus de facilités à quiconque d’utiliser ce matériel à des fins propres. Il est donc important de définir les limites acceptées par l’auteur. Ces dernières années, la série de licences établies par le groupe Creative Commons a connu un grand succès. Ces licences, dérivées du logiciel libre, permettent à l’artiste de définir les conditions sous lequelles le matériel fourni peut être utilisé.

Pour prendre un exemple concret, le site de Lo-Bat utilise une licence "share-alike" qui stipule que ses morceaux peuvent être utilisés/remixés/restructurés sous les conditions suivantes : l’artiste originel doit être crédité, le matériel ne peut être utilisé à des fins commerciales et le résultat du travail utilisant le matériel fourni doit être partagé sous la même licence. L’utilisation de ses morceaux par Crystal Castles viole clairement l’entièreté des points de la licence : Lo-Bat n’a jamais été contacté avant que l’affaire ne s’enflamme, les morceaux ont été utilisés à des fins commerciales et n’ont jamais été mis à disposition sous une license équivalente. Dès lors, la question se pose de savoir ce qui se passe dans des cas de figure pareils. Même si Creative Commons a une valeur légale et que Crystal Castles a enfreint les règles de copyright, l’organisation ne s’occupe pas de gérer les cas de litige. Il reste à Lo-Bat d’essayer de négocier l’utilisation de ses morceaux et le "dommage moral" subi, en espérant que le groupe soit coopératif, ou de s’engager dans des procédures judiciaires internationales qui risquent de se révéler fort coûteuses. Dans la mesure ou énormément d’artistes sont potentiellement dans le même cas, la situation est pour le moins intéressante à discuter...

... D’autant plus intéressante que le même jour ou le plagiat de Crystal Castles a été découvert, Nine Inch Nails mettait un nouvel album en ligne, The slip, sous les mêmes conditions que celle utilisée par Lo-Bat. Exaspéré depuis longtemps par sa maison de disques, Trent Reznor explore les nouvelles voies de distribution. Il était déjà à l’origine de l’album "gratuit" de Saul Williams et, cette fois-ci, il balance son propre disque sur le net, laissant n’importe qui télécharger ses morceaux, acceptant remixes et ré-interprétations... dans la mesure ou la licence "share-alike" de Creative Commons est respectée ! La boucle se ferme ironiquement lorsqu’on decouvre que Crystal Castles a été choisi pour faire la première partie de certaines dates de la tournée américaine de... NIN !

A l’heure où la musique a déjà perdu toute valeur commerciale, doit-on considérer le cas de Crystal Castles comme une extension de la génération P2P ? Les artistes n’ont-ils que faire du respect des droits de leur pairs ? Ou bien sont-ils juste une bande de renégats pillant les trésors digitaux qui sont à leur disposition ? En attendant de pouvoir trancher, fans et détracteurs du groupe se vouent une lutte sans merci dans les tréfonds des mailles de la toile.

Marc Resibois



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Crystal Castles, braqueurs d’art digital
19 mai 2008
Crystal Castles, braqueurs d’art digital
16 mai 2008, par Chiquito la muerte
Crystal Castles, braqueurs d’art digital
15 mai 2008, par Z




Crystal Castles, braqueurs d’art digital

19 mai 2008 [retour au début des forums]

C’est peut-être une question naïve mais, puisque la licence Creative machin à une valeur légale et que les clauses en sont clairement violées, l’issue du procès ne peut être qu’en faveur des artistes pillés et les frais de justice seront payés par la partie adverse, non ?

Je ne vois pas pourquoi ils ne tentent pas le coup ?

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    Crystal Castles, braqueurs d’art digital

    20 mai 2008, par Marc Resibois [retour au début des forums]


    C’est tout a fait envisageable. Dans un premier temps lo-bat essaye un arrangement a l’amiable et on verra ce que ca donne.

    Leur concert a ete annulé en derniere minute hier. Coincidence ?

    [Répondre à ce message]

Crystal Castles, braqueurs d’art digital

16 mai 2008, par Chiquito la muerte [retour au début des forums]

Le scandale est le moyen le plus simple et le moins cher pour faire sa pub et celle des autres groupes samplés (ou piratés).

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Crystal Castles, braqueurs d’art digital

15 mai 2008, par Z [retour au début des forums]

Oui, c’est dommage cette affaire parce que l’album de Crystal Castles est quand meme tres bien, tandis que les morceaux plagies tiennent plus de la blague qu’autre chose.
C’est un peu comme si les CC avaient fait quelque chose de bien avec un materiel de depart qu’etait pas glop glop.
J’applaudis la performance, cependant on ne peut pas nier le plagiat donc au bucher

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