Pop-Rock.com


Bruxelles, 19 octobre 2005
The Rakes : "Nous faisons la meilleure musique du moment !"
Interview

vendredi 28 octobre 2005, par Laurent Bianchi

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De nos jours, on vous propose de plus en plus, à la place d’une rencontre, ce que l’on appelle de manière plutôt barbare un "phoner". Comme son nom l’indique, il s’agit d’un échange téléphonique, en guise d’interview. Sachant que plus de 50% de la communication est non-verbale, c’est un peu dommage, et cela offre des possibilités de rebondir amoindries... Allez, ne crachons pas dans la soupe, et profitons de cette discussion téléphonique que l’on nous propose avec The Rakes, l’une des révélations de l’année, dont l’album Capture/Release tourne en boucle à la rédaction. C’est avec Matthew Swinnerton, guitariste et deuxième chanteur du groupe anglais, que l’on a rendez-vous. Avant leur concert du 1er novembre au Botanique !

- Pop-Rock.com : Vous êtes hébergés par le même label que Bloc Party, Trash records. Crois-tu que ce soit LE label du nouveau millénaire, au flair comparable à celui de Creation Records dans les année 90 ?

- Matthew Swinnerton : Je ne sais pas, à vrai dire. Je dois t’avouer que je ne connais pas bien les groupes hébergés par Trash, à part bien sûr Bloc Party. Nous avons fait pas mal de concerts avec eux et sommes devenus très bons amis. On peut dire également que nous jouons le même type de musique, avec les même progressions, c’est probablement aussi parce qu’on partage le même producteur, Paul Epworth... Je n’aimerais cependant pas que l’on dise que nous sommes semblables. Disons que nous faisons la meilleure musique du moment et sommes contents de faire partie de cette scène.

- Que penses-tu des articles vous concernant qui citent presque systématiquement les Gang of Four, Franz Ferdinand, The Libertines, Bloc Party ou The Strokes ?

- Bloc Party c’est clair, de plus ce sont nos contemporains et nous avons la même approche de la musique, spécialement dans la manière dont nous incorporons l’aspect dansant de la musique à ce que l’on pourrait appeler le rock traditionnel. Gang of Four par contre, c’est beaucoup plus étrange. On nous en parle depuis la génèse de The Rakes, pourtant je n’ai jamais particulièrement écouté ce groupe. Les autres non plus d’ailleurs. Je dirais donc que le fait qu’on leur ressemble doit vraiment être dû à un coup de chance. Quand nous avons commencé The Rakes, on voulait être sûr que le son décoiffe. Nous avons essayé d’être aussi aventureux que possible. Je crois que c’est le cas de beaucoup de groupes rock actuels qui utilisent le format basse/guitare.

- Des photos circulent de vous sur scène avec la mention London Calling à l’arrière. Est-ce que The Clash est une référence pour vous ?

- Non, c’est un malentendu. C’est un endroit à Amsterdam qui s’appelle London Calling. Nous ne nous référons pas vraiment aux Clash.

- Pourtant, en écoutant un titre comme Violent et sa référence au reggae, on pourrait y voir un rapport...

- Oui, c’est vrai. Nous pensions cependant plus à The Specials, qui incorporaient également du reggae à leur musique. Cette chanson traite de l’agression masculine, en fait. Spécialement dans une ville, dans une perspective mâle. La son de cloche, ce "dong", était une sorte d’hommage à la tradition entamée par les Specials.

- Qui est-ce qui écrit les paroles ?

- C’est moi et Alan (ndlr : Alan Donohoe, chant). Alan tend à écrire des paroles plus ouvertes, plus directes, qui traitent de la vie de tous les jours. J’écris plus sur ce qui est abstrait.

- Elles sont plutôt engagées en tout cas...

- Oui, mais nous n’avons cependant pas d’ordre du jour défini à l’avance. Nous n’avons pas un domaine de prédilection comme les Clash pouvaient en avoir. Nous voulions des paroles qui aient un sens, mais sans but précis pour autant. Nous n’essayons pas de faire passer un message politique particulier. Nous nous voyons plutôt comme des observateurs.

- Que pensez-vous de la nouvelle vague punk ?

- Je pense que la nouvelle vague de musique britannique est très salutaire. Ce n’est pas juste du punk en fait, ça vient d’un concept de bass music et de toutes les possibilités que ce genre permet. C’est plutôt vieux comme concept, 50-60 ans. Ce développement constant et cette progression du genre sont très intéressants. C’est clair que c’est un bon moment pour un groupe en Grande-Bretagne qui fait partie de ce phénomène. En même temps, nous nous devons, comme groupe, de garder la tête froide car beaucoup de tout ça vient aussi de l’idée de la hype, de ce nouveau truc appelé "peu importe le mot". Quand on a commencé, tout ce qui nous intéressait était la musique que nous aimons. A partir de là, on a la base. Le reste... (Silence)

- C’est le bon moment, tu as raison, mais en même temps, ne crains-tu pas que cet enthousiasme général - il y a tellement de groupes ! - ne retombe par la suite comme un soufflé ?

- In fine, tu dois t’assurer que ce que tu fais, que ce soit dans la production, un disque ou en concert, garde certains standards de qualité. En fin de compte, les faveurs, de la presse par exemple, n’ont pas vraiment d’importance. Ce qui compte, c’est de vendre l’album, de toucher un maximum de gens. Quand tu enregistres ton disque, tu ne penses pas à toutes ces choses, à savoir si ça rentre dans telle catégorie bien vue du moment par la presse ou à la mode. Bon, c’est clair qu’une bonne chronique fait toujours plaisir à lire, mais ce qui compte à la fin c’est que ce que l’on a créé survive à la hype du moment.

- Qui penses-tu survivra à la hype, à part vous bien sûr ?

- (Rires) Et bien, nous avons une chance, en tant que groupe, de nous développer et d’enregistrer un autre bon album, et c’est ce vers quoi nous nous concentrons. Je pense que Bloc Party a déjà prouvé qu’il restera. D’autres groupes ? Je ne sais pas... Des groupes comme... (silence). Je ne sais pas à vrai dire, je n’écoute pas d’autres groupes qui font le même type de musique. Comme tu l’as dit, il y en a tellement !

- Qu’est-ce que tu écoutes alors comme musique ?

- Des choses comme LCD Soundsystem, des trucs comme ça. J’écoute pas mal Leonard Cohen aussi pour le moment. Les High Llamas... Rien qui ressemble aux Rakes en tout cas, car je crois qu’il faut garder un horizon clair.

- Avez-vous déjà des idées pour le prochain album ?

- Oui, nous avons de petites idées et en discutons ensemble, en tant que groupe. Quoi qu’il arrive, nous voulons faire un disque avec plus d’âme car le dernier s’adressait plutôt au cerveau et aux jambes.

- Vous essayez de nouveaux morceaux en concert ?

- Pas encore, nous ne faisons que les répéter pour l’instant. Notre show live est très tendu, très serré. C’est une combinaison de titres des deux dernières années, les morceaux du dernier album principalement. Notre show comprend tout le truc qu’on attend d’un bon show live je pense, mais pas encore de nouveaux morceaux, non.

- J’ai cru comprendre que vous avez une réputation d’enfer comme groupe live...

- Ouais, ouais... Le problème avec ce genre de réputation, c’est qu’il faut assurer derrière, toujours prouver qu’on est à la hauteur de cette réputation.

- Peux-tu me parler de la couverture de Capture/Release, plutôt atypique ? De quelle ville s’agit-il ?

- Il s’agit de Tokyo. Nous y avons déjà été deux fois mais nous n’avons pas pour autant une quelconque relation en terme d’inspiration avec cette ville. Ce qui est arrivé, c’est que beaucoup de chansons sur l’album parlent de la vie en ville, mais nous étions aussi conscients que ce n’était pas juste la vie à Londres que nos chansons reflétaient. Un de mes desiderata principaux était que la pochette ne montre pas un petit groupe cool de Londres, tu vois. Nous voulions quelque chose de plus abstrait, quelque chose qui titille, qui pousse à se poser des questions...

- Comme ma réaction, en somme ?

- Oui voilà ! (Rires). Nous voulions quelque chose d’abstrait et de réaliste à la fois. Cette photo, sa qualité, avec les lumières, nous l’avons aimée et nous l’avons achetée.

- As-tu déjà mis les pieds à Strasbourg (ndlr:du nom d’un de leurs singles) ?

- Nous y allons la semaine prochaine, je crois.

- Mais vous n’y avez jamais été ?

- Non.

- Bon, ben, tu verras, c’est une ville sympa, et le vin blanc y est excellent...

- Wouah, je suis impatient d’y être (Rires). La chanson que nous avons écrite y parle de ces gens au début des années 80 qui passaient à l’ouest. Strasbourg était le point de référence pour nous. Quelques-uns disent que nous ne connaissons pas notre géographie, mais nous étions au courant de l’histoire de cette ville...

- Etes-vous pleinement contents de l’album jusqu’ici ?

- Je ne l’écoute jamais. Le processus de sa création fut vraiment bon, et je crois que l’album reflète très bien le groupe, et notre ambition. Ce n’est pas seulement un disque à guitares, c’est un disque avec une production derrière, grâce à Paul Epworth notamment. Je crois que nous sommes tous satisfaits de l’album, oui. Ca documente la vie du groupe à une certaine période, mais aussi cette sorte de crispation, de tension... Nous ne voulons pas être un groupe qui pond des tubes et qui fait le mariolle... (dans le texte : And run with catholic hats).

- Quelles ont été les réactions du public et des médias ?

- Jusqu’ici très bonnes. Nos concerts se vendent bien, nous commençons à avoir une reconnaissance hors Angleterre. C’est super, tu sais. C’est ce pourquoi tu fais ça, pour avoir une réaction positive du public, on ne peut pas battre cette sensation. Quand quelqu’un chronique un album, il y met souvent beaucoup de lui-même, beaucoup de choses rentrent en ligne de compte en fait, ses humeurs, sa vie... Alors parfois tu as une bonne chronique, parfois pas. Il y a de tout, et ce n’est pas toujours facile, mais on peut pas se plaindre.

- J’ai lu que Paul Epworth dit que tu es un génie...

- (Rires). Je vais te confier un secret : il dit de toi que tu es un génie si tu sais te servir une tasse de thé, éteindre la télé ou te préparer un bon repas ! (Rires)

Lisez aussi notre chronique de Capture/Release.



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Laurent Bianchi