Pop-Rock.com


Dour Festival, 18 Juillet 2004
Soldout :" Il faut un truc court et qui sonne bien"
Interview

jeudi 12 août 2004, par Laurent Bianchi

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C’est à Dour que je rencontre le couple aux commandes de Soldout, dont Stop Talking, une bombe d’album, passe en boucle sur nos platines. Une fille et un garçon pourrait-on dire. Elle qui chante et lui qui met l’ambiance. Ce sont deux personnes d’une simplicité et d’une gentillesse infinies qui se trouvent là, et on oublie bien vite la situation, conversant avec eux comme avec des amis. I don’t want to have a conversation with you...

- Pop-Rock.com : Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

- Charlotte : On s’est rencontrés par un ami commun qui voulait faire une compilation avec une dizaine d’artistes. Il a fait écouter à David plusieurs voix. Quand il a entendu la mienne, il a dit qu’il voulait bien faire quelque chose avec moi. On s’est alors rencontrés et on a fait un morceau, qui n’a pas vraiment... (elle hésite) qui n’était pas super quoi ! Enfin, il a fait qu’on s’est rencontrés. (à comprendre à double sens puisqu’ils forment un couple en ville).

- D’où vient votre nom, Soldout ?

- C’était à ce moment-là. Il fallait trouver un nom. On s’est dit « il faut un truc court, qui sonne bien ». Brainstorming. On a lancé des noms, et puis tout à coup j’ai sorti Soldout, et on a tout de suite trouvé ça marrant.

- David : Il y a eu plein d’autres noms, mais aucun ne trouvait à nos yeux autant d’atouts, mais évidemment on avait pas pensé aux côtés négatifs.

- Que veux-tu dire par négatif ?

- Pour un organisateur de concert par exemple. Mais pour l’instant le côté humoristique prend le dessus (rires).

- Qui a eu l’idée de la pochette de Stop talking ?

- Charlotte : On a dit au photographe ce qu’on voulait, à savoir quelque chose qui exprime la façon dont on voit la musique, c’est à dire quelque chose de naïf, simple, pas compliqué du tout et en même temps bizarre et sombre... Et l’image qu’il nous a fait était excellente. On ne voulait en tout cas pas se montrer sur la pochette (rires). On voulait quelque chose qui définisse un peu notre musique, avec ce décalage.

- Il y a cependant de moins en moins de groupes qui se montrent sur la pochette.

- David : Oui, ça fait plutôt vieux...

- Charlotte : Ça dépend comment c’est fait. On aurait pu être sur la pochette mais pas pour montrer nos têtes. (rires)

- Etes-vous surpris par les bonnes critiques que vous suscitez ?

- David : Oui, quand même. A ce point-là, oui.

- Charlotte : C’est vrai, pour l’instant on n’a pas eu de mauvaises critiques. Généralement, on est étonnés par la passion de ceux qui nous aiment. C’est pas qu’ils aiment bien, c’est qu’ils adorent.

- David : Oui, on est très souvent époustouflés.

- Etes-vous déjà distribués en France ?

- Non, pas encore. Pour l’instant ce n’est que la Belgique...

- Comment expliquez-vous le succès que rencontre le rock francophone belge cette année ?

- Je crois que c’est dû à la radio qui fait plus confiance qu’auparavant aux artistes belges francophones (bien qu’ils chantent presque tous en anglais). Et puis il faut dire aussi que ces groupes sont bons. Les Girls in Hawaii, Ghinzu, Sharko... Il y a plus de gens qui osent dire "voilà, le rock de chez nous est bon".

- Est-ce que vous vous dites « on tombe au bon moment » ?

- Oui, je crois que ça aide.

- Charlotte : En même temps, on est plutôt dans notre coin, à faire notre musique. On fait pas partie d’un milieu qui connaît plein de gens, etc. Pour découvrir les groupes belges, j’allais au Bota avant. Par exemple, j’avais pas l’impression que cette année c’était plus incroyable qu’avant, mais tout le monde me le dit alors (rires) .

- Oui, ce côté naturel que j’ai découvert chez Girls in Hawaii je le découvre également chez vous. Il n’y a aucune prise de tête, et ça se sent dans votre musique. Vous me faites pensez à eux, en électro s’entend, dans le sens où votre premier album semble voué à autant de succès que le leur. La comparaison avec Sharko ou Ghinzu tient moins la route car il n’en sont pas, eux, à leur premier essai.

- David : C’est tès motivant en tout cas.

- Charlotte : A faire un nouvel album !

- David : Oui, aussi à restructurer certaines choses, comme les concerts. Ça nous pousse à donner plus. Ça donne une certaine confiance pour le prochain album, sur certaines choses que l’on peut exploiter.

- Charlotte : Et puis, on connaît de plus en plus de gens, de plus en plus de groupes. On les écoute énormément, il y a des échanges. Le principal dans tout ça c’est qu’on fasse de la musique. Et si on est satisfait de ce que l’on fait c’est déjà énorme.

- Quelles sont vos influences ?

- David : J’en ai beaucoup mais j’ai peu de noms en tête. Chaque fois je me dis « si on me pose cette question qu’est-ce que je vais dire ? ». Et à chaque fois on me la pose (rires). Y en a plein ! Et tellement dans tous les sens. Ça va de la pop la plus simple au truc le plus trash qu’il puisse y avoir. Il y a des trucs qui m’ont marqué : Pink Floyd, Depeche Mode, Front 242, The Orb... Des noms comme ça, et j’en oublie plein. Sans oublier tous ceux qui m’influencent mais dont je ne connais pas le nom. Charlotte m’a fait découvrir beaucoup de groupes rock que je ne connaissais pas.

- Charlotte : Oui, je suis plus rock que David. Comme je chantais, et que je m’entraînais énormément avec une guitare, ça m’a ouvert vers le rock : PJ Harvey, Cat Power, Radiohead, Karate,...

- Et Kraftwerk ?

- David : Oui, c’est quand même une référence. Mais je ne me suis pas attardé sur eux.

- Charlotte, que penses-tu quand tu lis dans les critiques que ta voix ressemble à Shirley Manson, chanteuse de Garbage ?

- Charlotte : Oui, ma voix peut ressembler à des chanteuses différentes. Tout dépend le style que je chante en fait. Quand je chantais le jazz, tout le monde disait que ma voix ressemblait à Suzanne Vega. On m’a aussi comparé à Fiona Apple...

- Ça prouve que tu as une belle voix....

- Charlotte : Oui oui. Ça me prouve aussi que je peux faire des choses différentes, et pas toujours dans le même registre.

- Sur votre bio, qu’est-ce que c’est que cette note d’humour faisant référence à I don’t want to have sex with you, où l’on apprend à la fin que mine de rien vous aimez peut-être ça en fin de compte, have sex with you... ?

- David : (rires) C’est une idée de Sergio, le patron de notre label, Anorak Supersport. On essayait d’écrire la bio quand tout à coup il a débarqué avec ça. On a trouvé ça humoristique et sympa.

- Dans le même ordre d’idées, le lapin que l’on voit partout, a-t-il queque chose à voir avec Playboy ?

- David : Non.

- Charlotte : Ceci dit, quand on a pensé à faire des t-shirts avec le lapin on a tout de suite pensé à Playboy. On s’est dit « c’est pas possible » (rires)

- David : Le lapin était sur notre première démo, et il est actuellement sur notre site, mais sinon nulle part.

- Est-ce que vous essayez de nouvelles chansons pendant vos concerts ?

- David : Oui, tout à fait.

- Charlotte : On essaie au maximum de jouer live, même si c’est de l’électro... Et là hier soir, par exemple, on a essayé un nouveau morceau. Tu es le seul à le savoir. Sinon, en concert, on est loin de ressortir l’album tel quel. Il y a une base dans l’ordi, le reste c’est du synthé et on joue vraiment. On essaie de nouveaux trucs. C’est l’occasion en concert d’essayer de nouvelles choses.

- Pas de reprises pendant vos concrets ?

- David : Pas encore. On y pense. On pensait à quelque chose, mais on attend d’avoir les paroles.

- Charlotte : Pas moyen d’avoir les paroles pour l’instant, on a beau chercher...

- A propos de paroles, qui écrit les chansons ?

- David : C’est Charlotte.

- Charlotte : Je n’écris pas à proprement parler les paroles des chansons. C’est plutôt comme ça, j’ai besoin d’exprimer un truc alors je l’écris.

- David : Oui, il y a des choses qui sortent, et rien ne nous empêche par la suite d’ajouter ça et ça...

- Charlotte : Cependant, sur l’album, j’ai essayé de m’en tenir à une idée.

- J’ai en effet trouvé les textes assez crus. C’est un peu "l’enfer c’est les autres" non ? Les textes des chansons traduisent comme une société où tout t’agresse.

- David : Oui, c’est rvai.

- Est-ce qu’on peut dire que c’est toi qui te sens agressée ?

- Charlotte : Oui, on peut le dire. Mais enfin, quand on voit dans quel monde on vit je trouve que je dépeins le monde tel qu’il est, plus que tel que je le vois. On a parfois du mal à supporter ce monde agressif non ?

- Tu participes aussi à l’écriture David ?

- David : J’aimerais bien, c’est clair. Mais je ne parle pas anglais alors...

- Et en français alors ?

- Charlotte : Non, j’accroche pas. A part Henri Dès (rires) ou les incontournables comme Gainsbourg, on peut pas dire que j’ai été bercée par la musique française. Je me sens plus proche de l’anglais. Si on doit commencer à écrire comme Gainsbourg, c’est pas la peine. Pour moi en français, ça doit être vraiment bien. Et puis j’ai l’impression que musicalement on fait moins attention quand c’est en français.

- Vous avez eu le temps de voir d’autres choses ici à Dour ?

- David : Non, on est arrivés très tard aujourd’hui, on a mangé, on est très demandés...

- Charlotte : On essaie de rester calmes car ce soir on joue très tard et je suis déjà crevée (rires).

- L’avenir de Soldout, vous n’y pensez pas vraiment encore, si ?

- David : Non, c’est pas encore très clair. On pense d’abord défendre cet album à l’étranger.

- Dernière question, quels sont vos trois disques de chevet ?

- David : Pink Floyd : The Wall ou Ummagumma. C’est dur. En plus, j’ai pas les noms des albums en tête. Il y a un album que j’écoute beaucoup pour l’instant mais qui n’est pas un de mes trois préférés de tous les temps, c’est Ozric Tentacles, je ne sais pas si tu connais. C’est du rock psychédélique. C’est pas mal non plus. Neil Young aussi. Le premier Massive Attack. A Nandrin, on est contents de jouer entre Queen of Japan et Marc Almond. C’est un mythe des années 80, avec Tainted love.

- Charlotte : Is this desire de PJ Harvey. Amnesiac de Radiohead. Le troisième est un CD de Cat Power, pas celui des reprises ni le dernier mais celui d’avant : Moon Pix.





Laurent Bianchi