Pop-Rock.com


Huy, Atelier Rock, 15 janvier 2005
Sergio Taronna : "J’ai rêvé qu’un avion transportant tous mes groupes explosait en plein vol"
Interview

jeudi 20 janvier 2005, par Jérôme Delvaux

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Quand il a fondé le label Anorak Supersport, voici trois ans, Sergio Taronna (ci-contre, à la gauche de Calogero Marotta) ne pensait sans doute pas rencontrer un tel succès. Il n’imaginait probablement pas découvrir des groupes comme Soldout, et encore moins attirer à Huy des pointures étrangères comme I Am X et les Robots in Disguise. C’est au terme d’une soirée d’anniversaire triomphale que, désireux d’en savoir plus, nous rencontrons cet homme comblé.

- Pop-Rock.com : Ce soir, nous sommes là pour faire la fête avec les groupes d’Anorak. Peux-tu nous les présenter en quelques mots et nous parler de leurs projets ?

- Sergio Taronna : Commençons par I Am X. Leur actualité, c’est bien sûr l’album Kiss + Swallow, on va encore y travailler pendant au moins six mois. Missile sera sur les ondes pour la Saint-Valentin. J’ai déjà un accord avec Pure FM, et je vais commencer à aller voir d’autres radios plus commerciales en espérant qu’ils acceptent de diffuser au moins un titre. Cette fois, avec Missile, ils ne pourront plus sortir l’excuse qu’il y a trop de guitares et que ça va trop fort. Dans le même temps, nous avons lancé un appel aux remixeurs pour le titre Your joy is my low. On peut déjà citer Soldout, Mister Torpedo et le claviériste de Gagarine. Si ce qu’ils nous proposent est valable, nous sortirons sans doute un single promo sur le Bénélux. Pour ce qui est des clips, celui de Kiss and swallow est déjà prêt. Les Français le trouvent un peu trop space et sont réticents. C’est pourquoi nous allons participer financièrement au tournage du clip de Missile, qui aura lieu à Berlin la semaine prochaine. Il s’agira d’une vidéo plus classique qui pourrait servir de premier clip pour les télévisions françaises, allemandes, autrichiennes et belges. Si le retour est positif, on lancera alors celui de Kiss and swallow.

- I Am X, est-ce la réussite de l’année pour Anorak ?

- Oui, sans doute. Nous atteignons déjà plus de mille copies vendues sur le Bénélux en quatre mois, ce qui n’est pas mal du tout. Mais I Am X c’est avant tout une réussite humaine. C’était la première fois que nous travaillions avec des Anglais et c’était très gai. Si tous les groupes anglais sont comme eux, nous recommencerons avec plaisir.

- Merci Rudy Léonet ?

- Oui, bien sûr. C’est lui qui m’a mis en contact avec eux et je l’en ai encore remercié tout à l’heure.

- Ce soir après I Am X, on a vu Soldout. Ils ont récemment gagné le concours leur donnant accès au Printemps de Bourges. Il s’agit d’une belle vitrine. Comment vois-tu leur avenir ?

- Cette participation au Printemps de Bourges ne nous servira en tout cas pas à trouver un label en France, puisque, entre-temps, nous avons signé chez Cyclo Records. C’est un label électronique français basé à Londres et à Paris. En plus de la sortie de l’album en France, trois clips sont prévus. Le dernier, Man on the radio, sera prêt en mars. Chris Corner est d’ailleurs en train d’en faire un remix.

- Pour leur rappel de ce soir, les Soldout ont joué Master and servant, une reprise de Depeche Mode...

- En effet, un représentant d’un label allemand avec qui nous allons sûrement signer était présent dans la salle. Il pense que jouer du Depeche Mode serait un bon moyen de convaincre une major de distribuer Soldout.

- Un autre groupe en vue d’Anorak en 2004 et en 2003, c’était Showstar. Ils sont en train d’enregistrer un nouvel album. Que peux-tu nous en dire ?

- Nous sommes en train de finaliser quatre démos et de chercher un producteur anglais. Ceux auquels nous pensons sont souvent impayables, c’est pourquoi nous espérons que l’un d’entre-eux aura un coup de cœur.

- Quelle est la direction que prend Showstar en studio ?

- Ca reste Showstar. Deux des deux titres sur lesquels ils travaillent ont déjà souvent été joués en concerts. Les autres ne s’éloignent pas vraiment de leur univers pop-rock.

- Est-ce que Showstar peut survivre au départ de Calo ?

- Clairement. Les morceaux sur lesquels nous travaillons n’ont rien à envier au premier album. Au contraire, le groupe joue mieux qu’avant, Christophe chante mieux et les arrangements sont plus pointus. Je suis donc convaincu qu’ils passeront ce cap sans encombres et que le deuxième album sera une réussite.

- Quand sortira-t-il ?

- L’enregistrement se fera en été et j’espère que l’album sera prêt pour septembre. Si ce n’est pas le cas, la sortie sera reportée à début 2006... Sortir un album en octobre ou novembre n’a aucun sens.

- Christophe refuse d’encore adresser la parole à l’équipe de Pop-Rock.com...

- (Il m’interrompt). Non, pas du tout. Il a dit, comme le disent parfois les footballeurs italiens, Silenzio Stampa jusqu’au prochain album. Il m’a envoyé un mail pour me prévenir. C’est son choix et je le respecte.

- Starving ?

- On ressort l’album au plus tard en mars. Il s’est déjà vendu à plus de mille exemplaires. Il s’agira cette fois d’une édition limitée avec un DVD bonus de deux heures. Il y aura des clips, des extraits live, un reportage, etc.

- Starving et Showstar ont bien marché en Belgique, mais ce n’est pas encore vraiment le cas en France. Un de nos chroniqueurs a assisté aux concerts à Paris, qui ne se sont pas vraiment déroulés comme vous l’espériez...

- C’était un peu trop tôt. En ce moment, Showstar et Starving se retrouvent dans les magazines rock français et sur leurs CD-samplers. Certaines chroniques sont bonnes, d’autres les descendent en flammes. L’un comme l’autre. Nous avons un bon retour des radios pour Starving, mais pratiquement aucun pour Showstar. Le label qui s’occupe de nos intérêt en France nous dit avoir beaucoup de mal avec eux. Cela me surprend, car je pense qu’avec un single comme Little bastard ou un clip comme celui de I’m back, il y a moyen de bien travailler. Ils ont les armes en main, mais je pense qu’ils n’ont pas le bon angle d’attaque. Pour le moment, je les laisse faire leur travail sans intervenir, mais peut-être plus tard vais-je durcir le ton. La sortie française de l’album de Showstar a été reportée deux fois. Je n’apprécierais pas qu’elle le soit une troisième fois. En ce qui concerne les deux concerts parisiens auxquels vous avez assisté, c’était voué à l’échec. Il n’y a eu aucune promo. Ce n’était ni le bon endroit, ni le bon moment. Il y a quand même une note d’espoir : pratiquement chaque spectateur a acheté un CD ces soirs-là. Je pense que le même plan six mois plus tard aurait été une réussite.

- Une des surprises de ce soir à Huy, c’est Jéronimo qui a fait une apparition...

- Oui, son nouvel album, intitulé 12h33, sort le 25 février. Cet album est très différent du premier dans la mesure où il est beaucoup plus personnel. Si l’année écoulée a été agréable pour Jéronimo, elle le fut beaucoup moins pour Jérôme Mardaga. A titre personnel, il a vécu une année très difficile. De ce fait, l’album est plus sombre et plus introspectif. Composé de 11 titres, il alterne des instrumentaux, de longues plages de 8 à 9 minutes et son meilleur single jamais écrit. Ce titre-là est une véritable tuerie. Nous sommes en contact avec un important label parisien, mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant. Cela fait un an et demi qu’on travaille sur ce disque. On a tourné un reportage à New York, avec Marc Laguna, qui devrait nous servir pour la promo télé. C’est un peu à l’image de l’album, il y a du noir et blanc, des couleurs mélangées et un grain assez sombre à la Anton Corbijn. Jérôme sera sans doute la plus grosse sortie d’Anorak en 2005, donc ça nécessite beaucoup de boulot.

- Y a-t-il d’autres groupes dont tu voudrais mentionner l’actualité ?

- Il y a Gagarine qui va sortir un single au printemps et un album en septembre. Sept titres sont déjà presque terminés et ça avance bien.

- Outre une voix exceptionnelle, Gagarine c’est aussi Calo, un des guitaristes les plus importants de la scène belge...

- Oui, tout à fait. Gagarine est un projet de Calogero Marotta seul. Il a tout composé et dirigé lui-même. Il voulait s’entourer de gens qu’il connaissait et a fait appel, entre autres, à l’ancien bassiste de Crystal Palace et à DJ Sonar, du duo rap Bienvenu-N-Sonar. Les autres membres sont tous issus aussi du milieu musical liégeois.

- Karma Fever a aussi une actualité...

- Oui, l’album va sortir mais je dois encore trouver un distributeur spécialisé dans la musique électronique. J’ai des contacts avancés et je pense bien que l’album sera bientôt dans les bacs en Belgique, mais aussi en France.

- Comment Anorak Supersport a-t-il débuté ?

- Nous y pensions depuis longtemps. Au départ, ça part d’un constat, celui que les gros labels signent de moins en moins de groupes en développement. C’est justement là que ce situe notre approche. Nous accompagnons les nouveaux groupes de A à Z, du premier album jusqu’à ce qu’ils puissent voler de leurs propres ailes.

- (Jérôme Colin et Xavier Hess, animateurs sur Pure FM, présents dans la pièce depuis un moment, se joignent à la conversation.)

- Jérôme, Xavier, quel est votre groupe préféré chez Anorak ?

- Jérôme Colin : En premier, Jéronimo. Il a une patte et ose assumer des chansons difficiles. Il chante en français et fait de la pop avec un matériel qui n’est pas pop. J’aime. En deuxième lieu, je citerais Starving, qui aurait mérité d’être un peu plus supporté par les médias.

- Effectivement, même Pure FM ne les a pas joués...

- Si ça ne dépendait que de moi, on l’aurait fait. Mais c’est bien plus complexe que ça.

- Xavier ?

- Xavier Hess : Mon préféré est aussi Jéronimo. C’est un auteur de talent, il a une ligne et il s’y tient. Si je devais en citer un deuxième, je dirais I Am X, parce que « ça le fait sauvagement » (sic), tant en live que sur l’album.

- Sergio, une dernière question. Quel sera, selon toi, l’avenir d’Anorak ?

- Je suis optimiste. Hier soir, j’ai fait un rêve. Un avion décollait, avec tous les groupes du label à son bord, et il explosait en vol. J’en ai parlé à Reza (ndlr : le manager de I Am X) qui m’a demandé si j’avais vu du sang. J’ai répondu que non et il m’a dit : « alors c’est super bon signe ! »

Photo : © Jérôme Prévost





Jérôme Delvaux