Pop-Rock.com


Charleroi, Coliseum, 19 janvier 2008
Parade Ground : "On va agresser les gens, essayer de leur vomir dessus"
Interview

mardi 29 janvier 2008, par Jérôme Prévost

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Parade Ground : duo formé des frères Pauly, auteurs entre 1983 et 1988 de plusieurs E.P., singles et d’un album, sous le parrainage de Colin Newman de Wire et de Daniel B. et Patrick Codenys de Front 242. Après avoir écrit les paroles de l’album Up Evil de Front, les deux frères disparaissent dans un mysticisme profond pendant bien longtemps, pour ne réapparaitre aux yeux du monde qu’en 2004, pour un concert unique au BIM Festival d’Anvers. Trois ans plus tard sort leur deuxième album, Rosary, perle malsaine et oppressante. Début 2008, les voici à Charleroi, pour le premier concert collectif du jeune label Sleep Walking Records. Conversation : surprenante. Sujets : émotions, art, religion. Avenir : incertain. A lire avant qu’ils ne retombent dans l’oubli (le nôtre ? le leur ?).

- Pop-Rock.com : Votre carrière fut marquée par deux longues pauses. L’une est celle séparant la sortie de votre précédent album et celle de Rosary. Et l’autre, qui me paraît plus intéressante, entre les prémisses de cet album, sur le CD promo d’un magazine gothique français bien connu, et la sortie définitive de l’album...

- Jean-Marc Pauly : C’est comme en religion. Le temps ne compte pas, seul compte l’amour qu’on met dans les choses, seul compte le cœur qu’on y met. Je pense que l’énergie physique est très présente dans la musique. C’est une musique assez physique, mais il y a dedans une dimension que nous voulons aussi spirituelle. Pour nous, il faut que la musique touche vraiment à l’âme, qu’elle soit quelque chose comme un chant du cœur et que les mélodies vocales correspondent bien à la musique. La musique est assez dure, mais le chant est adapté de telle façon qu’il y ait quelque chose comme un appel religieux.

- Fait pour atteindre l’auditeur directement, donc. Mais avez-vous senti que vous aviez besoin d’attendre deux ans pour que l’album soit prêt, ou est-ce la musique qui vous a paru avoir besoin d’être mise en arrêt ?

- Pierre Pauly : Ca a été une longue maturation. On a mis presque vingt ans pour aboutir au résultat final de Rosary. Deux ans en plus, c’est le travail qu’il nous a fallu en studio pour obtenir le son qu’on voulait vraiment, avec l’aide de Patrick Codenys. Patrick nous a aidés plus comme un technicien que comme un producteur. Il nous a laissé carte blanche pour cela. Lui était très intéressé - d’ailleurs le projet vient de lui, c’est lui qui voulait absolument travailler, faire sortir ces morceaux-là, qui l’interpellaient, qui le choquaient, presque. Donc on a mis presque deux ans, effectivement, pour finaliser cela.

- Il est arrivé à quel stade ?

- Pierre : Il a entendu les démos.

- Où la voix était déjà posée ?

- Pierre : Oui. Moi c’est ça qui m’intéressait, c’était une sorte de magma très physique, ce qui m’intéresse toujours, avec un supplément d’âme, la voix. On a toujours eu une certaine dualité, dans notre musique : entre une espèce d’aigreur nauséeuse, une musique très agressive, et le chant qui a toujours été le dénominateur commun entre les deux styles de musique qu’on a eus. Ce qui reste est toujours la ligne vocale de Jean-Marc.

- Mais de fait, compte tenu de l’aspect de transgression du cri vocal, primal - j’aurais presque vu comme pochette pour cet album Le Cri de Munch, par exemple - cet album ne vous paraît pas encore plus trancher avec ce qui sort actuellement, que vos anciens disques ne tranchaient déjà à l’époque ? On voit les médias commencer à dire que Parade Ground ne ressemble plus à Trisomie 21 mais plutôt à Killing Joke. Ce ne sont pas plutôt ce que les gens ont l’habitude d’entendre aujourd’hui qui pose problème ?

- Jean-Marc : Nous n’avons jamais écouté Trisomie 21...

- Pierre : On ne demande pas à un cadavre ce qu’il fait dans son cercueil. Ca ne nous intéresse pas. Ce qu’on voulait donner, c’est une rage. On a conçu les morceaux comme des cris. La base des morceaux était simplement des cris ; on a rajouté des samples dessus, des sons de guitare. Mais la base, vraiment... On a pris une souche, on tapait avec deux marteaux pour essayer de rythmer ces cris, de les lier en rythme. Pendant ces vingt ans, on a ajouté des sons, sans cesse. Avec notre humeur, des dépressions, des séjours psychiatriques, une intégration dans une communauté religieuse... On a même conçu et composé certains morceaux dans une église.

- Mais est-ce que sortir cet album était une finalité aussi importante ?

- Pierre : C’est extrêmement important pour nous, parce que cela nous ramène à des sentiments vrais, qu’on avait un peu perdus. On ne savait plus vraiment où était notre personnalité. C’est dans ces lieux assez extraordinaires que sont les hôpitaux psychiatriques, où l’on ne sait plus vraiment ce qu’on fait, ce que l’on désire vraiment... La musique était un petit peu notre bouée de sauvetage. C’est pour cela qu’on est revenus, en fait. Pour essayer de réatteindre nous-mêmes. Cela a toujours été notre but, d’essayer de revenir en musique, d’essayer de recomposer comme on le faisait dans le temps.

- De manière d’autant plus concrète que vous vous produisez devant un public, ce dont vous semblez avoir besoin, compte tenu de l’énergie de la musique, qui ne peut rester sur un simple support plastique... Comment voyez-vous la communication sur scène avec un public que vous devez atteindre aussi violemment que sur disque ?

- Pierre : On voit cela comme une agression. On veut vraiment agresser le public, le secouer, lui vomir dessus, lancer toute notre rage, notre tension. On parle toujours de l’esthétique de la nausée...

- Jean-Marc : Mais la haine, c’est de l’amour en colère. Ce n’est pas qu’on déteste les gens pour autant. Il y a une forme, dans cette musique, qui demande une expression un peu intellectuelle sur scène. On rejoint un peu des chemins comme Le Cri de Munch : c’est comme un cri d’amour étouffé.

- Pierre : On voyait ça comme une transposition, comme une exposition, une performance. On veut gommer tous ces noms : concert, rock, musique, à la limite. On voudrait inventer une nouvelle définition.

- Le problème est que l’étiquetage en termes de "performance" est une malédiction qui sévit partout depuis des années : dans tous les pays, on cherche à définir un type de performance avec un nom...

- Pierre : Pour moi, notre musique est très littéraire. Notre influence c’est des gens comme Roger-Gilbert Lecomte, des écrivains, des poètes maudits.

- Jean-Marc : Ce sont des poètes maudits, mais ce sont surtout des hommes dont le cœur a recherché le silence, a recherché la pureté. Lorsqu’on parle de poètes maudits, c’est maudits par qui ? En vérité, ces gens avaient quelque chose dans le cœur qu’ils voulaient exprimer, mais ça s’est exprimé de façon violente parce qu’ils étaient en recherche de pureté. Les gens sont dits maudits, mais en vérité ils ont un besoin de pureté qu’ils recherchent dans une écriture qui peut être l’expression de leur mal-être. Mais ce n’est pas eux-mêmes qui sont en mal-être - l’homme est bon - ils expriment le mal-être. Pour eux, c’est rechercher un exutoire dans l’écriture. Il faut continuer à croire en la bonne nature de ces hommes qui s’expriment d’une façon violente. Ce n’est pas parce qu’il y a de la violence que le cœur est forcément mauvais. C’est un cri d’amour, par exemple ; c’est le cri d’amour pour tous les humiliés de la terre.

- Mais là encore, la violence est dans le regard de celui qui regarde, et dans l’oreille de celui qui écoute...

- Jean-Marc : Voilà. Le cri d’amour est total : il est dans le public, il est sur scène, et il est là aussi (montrant la pièce).

- Pierre : C’est une transposition littéraire, mais plastique, aussi.

- Justement, comment pensez-vous intégrer les chansons du passé à celles d’aujourd’hui ?

- Jean-Marc : Le répertoire est très différent, les chansons auparavant étaient plus pop, un peu moins...

- Pierre : Au départ, on ne voulait pas rejouer d’anciens morceaux. On n’a jamais voulu être un jukebox. A chaque fois, il y a des gens qui espèrent... Au BIM Festival (nldr : lors de leur retour en 2004), les gens étaient très déçus, ils s’attendaient à ce qu’on joue tous nos anciens morceaux. J’ai toujours vraiment détesté cette démarche, des gens qui vont voir des pièces comme Huis Clos de Sartre, et attendent la phrase type, et disent "Ouaah", on entend un soulagement dans le public. "L’Enfer c’est les autres", par exemple : "Ouaah".

- Jean-Marc : L’Enfer, c’est soi-même, en vérité. Ce sont toutes les inacceptations du monde, c’est le fait de ne pas accepter qui crée le dérèglement du monde. Ce qui fait tous les dérèglements aujourd’hui, c’est le manque d’innocence. Ce manque d’innocence est vraiment ce qu’il y a de plus mauvais.

- Pierre : Ca a toujours été très important pour nous de retrouver l’enfance. Retrouver la pureté.

- Jean-Marc : "L’enfance, c’est l’amour", dit Sainte-Thérèse. L’enfance, c’est l’amour. Ce qui est important, c’est de ne pas condamner les gens, de ne pas les juger, de ne pas dire "Tu as telle attitude dans l’existence". Ce qui importe, c’est l’homme, ne pas retenir le péché contre lui. Bien sûr, toutes ces notions sont des notions religieuses, mais je pense que personne n’est sans savoir qu’il y a un Dieu, qu’il y a un péché, parce qu’on se sent mal, c’est évident.

- Pierre : Notre démarche a toujours été de faire les choses comme si c’était la dernière fois. Donc c’est peut-être notre dernière interview...

- C’est toujours plus positif quand on se jette dans les choses de manière définitive, mais vous projetez-vous uniquement dans l’avenir ? Vous voyez-vous, comme c’est à la mode, rééditer vos anciens disques, ressortir des choses, puiser dans le passé ?

- Jean-Marc : La vie est un infini, la vie est infinie. Il ne faut pas se poser de limites terribles.

- Pierre : Pour nous, ça n’a aucune importance. Ce qu’on voulait à la base, c’était revenir jouer, juste en concert au BIM Festival, et puis arrêter. Donc on a déjà transgressé nos volontés, en voulant sortir ces morceaux, puisqu’on nous l’avait demandé : Patrick, Stéphane (ndrl : Werquin, leur manager et le patron de leur label), en insistant : "Il faut vraiment que ces morceaux vivent". Je n’aime pas ces termes : les morceaux, une fois qu’ils sont enregistrés, pour nous, c’est mort. C’est comme des tableaux, toutes ces merdes qu’il faudrait brûler, les Bruegel, tout ce fatras à foutre au feu directement. Tout ça ne nous intéresse absolument pas.

- Jean-Marc : Ce qui est intéressant dans un tableau, c’est qu’il est limité par un cadre. Sinon l’image est non limitée, le tableau peut s’élargir à l’infini, il peut bouger. C’est un tableau en mouvement. La musique est un tableau en mouvement : il n’y pas les cadres rigides de telle étiquette, mais tout est en mouvement.

- Pierre : C’est ça la différence avec la musique qui est enregistrée sur disque : pour nous c’est un cadavre. Ce qu’on fait pour l’instant est une autopsie. Une interview est toujours une autopsie : on est deux dans un bocal de formol, et toi tu es en train de nous disséquer. Alors que justement, quant on est sur scène, la musique revit, elle est réinventée chaque soir, à chaque fois que l’on joue. On ajoute des sons, des distorsions, ce n’est jamais la même chose.

- Un épisode dans votre carrière fait qu’un certain public vous a plus connu pour l’écriture des paroles d’un album de Front 242, qui a marqué la fin d’une étape pour ce groupe. Et ces chansons continuent à vivre...

- Pierre : Ca a été la fin pour nous aussi, puisqu’on a arrêté juste après.

- Quel regard avez-vous sur ces chansons ? Les voyez-vous comme un cadavre que vous avez aidé à faire vivre ?

- Pierre : Oui, c’est un corps inerte, pour nous. C’était intéressant, c’était une expérience, on n’avait jamais fait ce boulot-là avant.

- Jean-Marc : C’est comme le rapport de l’œil à la photographie. Quand on voit une image fixée par la photographie, ce qui est pris, ce n’est pas la personne, mais quelque chose de son âme, quelque chose de son mouvement. Ce qui fait qu’en réalité, ce qui paraît vivant sur la photo, ce n’est qu’une fraction de seconde qui reste fixée sur la pellicule. Or la musique, c’est plutôt continuer à vivre au-delà de l’impression d’inertie. On dit que c’est inerte, mais en vérité, c’est vivant. C’est vivant car cela représente une fraction de seconde qui véhicule des souvenirs, qui véhicule toutes les impressions que n’importe quelle personne peut avoir. Les personnes arrivent, regardent la photo, et toutes ont un regard différent. Les individus sont tellement différents qu’il faut vraiment avoir le plus grand respect pour chaque individu sur la Terre. Ce qui est formidable, c’est qu’une œuvre d’art - une musique, une photographie - vit dans l’âme des gens. Chaque vision est différente : c’est extraordinaire, comme richesse. Ta simple photo peut vivre dans le regard et dans l’âme de tant des gens.

- Ces paroles que vous avez écrites, vous les voyez vivre ?

- Jean-Marc : Oui, elles sont offertes. Et les gens en ont la perception qu’ils veulent. Ils ne sont pas obligés de se tenir au cadre rigide des paroles. Si on lit les paroles en croisé, on crée en nous, c’est cela qui est beau.

- Ce type de concert, vous le voyez comme une chose dans laquelle vous allez vous jeter, profondément, sans penser à la possibilité qu’il y en ait un autre... Vous voyez-vous néanmoins garder toutes les portes ouvertes, pour que ce projet garde son énergie ? Ce projet peut-il vous aider à vous tenir aussi forts, aussi justes ?

- Jean-Marc : C’est la foi qui rend fort. C’est le fait d’avoir connu des lumières qui t’entrent dans le cœur et qui restent. C’est comme du blé qui pousse dans le cœur. Ca donne une foi d’amour extraordinaire. Pierre peut appeler ça haineux, mais c’est la même chose : la haine c’est de l’amour en colère. L’Homme a un potentiel d’amour immense, mais ce potentiel est bloqué en lui. Quand ça éclate, c’est quelque chose de magnifique.

- Pierre : Pour nous, ce n’est pas très important de jouer en concert. Ce qu’on veut, c’est essayer de vomir toute notre rage, notre haine, nos angoisses... On pourrait le faire par le biais d’un autre média : ça pourrait très bien être en peinture, en sculpture, en écriture. Mais comme je l’ai dit tout à l’heure, c’est peut-être notre dernier concert. Donc tout à l’heure on va agresser les gens, essayer vraiment de leur vomir dessus, de les saloper, d’essayer de les détruire, qu’ils s’en souviennent toute leur vie, que ça les dérange, que ça leur donne des cauchemars, qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils demandent grâce. Qu’ils partent avant la fin du concert, ça serait très bien pour nous.

- Jean-Marc : Qu’ils restent, quand même. (Rires) Pierre a une démarche très intellectuelle vis-à-vis de la chose. Moi, je pense qu’il faut surtout être vrai. La musique, elle est modelable. Chaque personne peut lui donner une forme différente. A la limite, nous pourrions être des artistes de l’air, et voilà, je dessine pour toi une sculpture (il dessine un mouvement de la main). Est-ce qu’elle existe ou non ? Pour moi elle existe, car c’est mon âme qui l’a faite. Elle est comme figée dans l’air. Personne ne la connaît, mais pour moi je viens de créer une œuvre d’art.

- Pierre : Il y a une nécessité vénéneuse dans tout acte artistique. Pour moi, il faut vraiment essayer d’instiller le venin, l’aigreur dans tout ce qu’on fait.

- Le rosaire, qui est sur ce disque, dont chaque chanson s’égrène dans les mains, finalement, les brûle, et provoque quelque chose...

- Pierre : C’est ça qui était très important. Il y a assez peu de monde qui a compris la démarche, avec tous les petits inserts qui forment, donc, un rosaire qui précède chaque morceau. Pour nous, c’était très important. Chaque intro, chaque insert représente un morceau, il y a donc trente morceaux sur l’album. Généralement, ce sont mes morceaux préférés, parce que ce sont des esquisses, comme un dessin. Pour moi, ce sont des sanguines.

- Jean-Marc : C’est un peu l’art de Joseph Beuys, un Allemand qui utilisait la lumière pour faire des mouvements. Il fait bouger une sorte de torche dans l’air ; au ralenti, sur la photographie, ça forme quelque chose qui est comme un sentiment. C’est très puissant. Il y a un artiste qui s’appelle Marcel Broodthaers qui provoque des émotions avec des choses extraordinaires. Il prend du papier aluminium qu’il met au bout d’une fourchette. On éprouve quelque chose... C’est plus fort que de voir des images sur la famine dans le monde. C’est une forme d’interdiction, avec une puissance extraordinaire.

- Pierre : Ca a toujours été très important, le mouvement surréaliste, pour nous. On a rencontré des légendes comme Marcel Mariën, ou Philippe Soupault, que j’ai rencontré à Paris. On voit toute la filiation avec Dali, Marcel Duchamp, qui est très important pour moi. Cet artiste est vraiment le plus grand de tous. Quand on voit qu’il est passé de l’impressionnisme à la pissotière, c’est formidable. Les futuristes, un petit peu, avec Marinetti... C’est ça que je voudrais vraiment transposer en musique.

- Le problème, c’est que le surréalisme est un peu oublié aujourd’hui...

- Jean-Marc : C’était surtout une façon de penser, c’était plus que l’œuvre d’art elle-même...

- Pierre : Moi ce que j’aime, c’est le mélange entre dadaïsme et surréalisme...

- Le surréalisme, en plus d’être lié à une époque, se liait, dans beaucoup de formats, à une notion de collectif...

- Pierre : Nous ne sommes pas du tout comme ça, nous ne sommes pas du tout collectifs. On pourrait avoir des relations amicales avec les groupes de notre label, mais ça ne nous intéresse pas. On n’a rien, même musicalement, à voir... On a très peu d’amis, dans ce milieu.

- Jean-Marc : Les surréalistes n’étaient pas de grands plasticiens. Ce ne sont pas des gens qui dessinent d’une façon extraordinaire, mais l’idée qui est derrière le tableau est formidable. C’est justement l’idée qui est derrière le tableau qu’il faut aller chercher.

- Pierre : C’est l’idée derrière un musée qu’il faut aller chercher derrière nous.

- Jean-Marc : C’est le tableau derrière le tableau, qui est intéressant.

- Mais les spectateurs d’aujourd’hui sont-ils aussi prêts à ouvrir leur cœur, et à aller chercher l’idée à travers la musique ? Est-ce ce vers quoi il faut tendre ?

- Pierre : C’est cela. C’est à eux d’entreprendre la démarche, en tout cas. Ce n’est pas nous qui allons arriver à cela.

- Jean-Marc : Ce sont des pensées qui sont vraiment très puissantes, une lumière du Bien, une lumière qui veut vraiment apporter aux autres une réflexion sur ce qu’ils sont, et surtout lancer un cri pour l’innocence. Parce que l’innocence est bafouée d’une façon catastrophique dans le monde, aujourd’hui, partout. Ce monde crève du manque d’innocence. Ceci est un cri pour dire : "Il y a une lumière d’en haut qui veille sur nous, il y a un Dieu là-haut". Ce qu’il nous donne, c’est la force de communication, que ce soit par une musique qui est en colère, ou une musique qui est simplement de l’amour. La colère, ce n’est pas ce qui importe, c’est le cri.

Photos : © Stéphane Werquin. Droits réservés.





Jérôme Prévost