Pop-Rock.com


Arlon, Nuits de l’Entrepôt, 30 avril 2005
Jeronimo : "Quand je lis les interviews de New Order, je suis mort de rire. Eux, ils ont tout inventé !"
Interview

samedi 7 mai 2005, par Nicolas Thieltgen

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Modern Cubism : "Florent Pagny, ce qu’il a fait de Brel, c’est un scandale"
Lalalover : "C’est de la musique, pas du porno !"
Ghinzu : "On n’écoute aucun groupe belge"
Emma Peal : "Une quinzaine de personnes meurent chaque année de froid à Bruxelles !"
Soldout : "Du Sonic Youth en électro ? Nous ?"
Anita Lixel : "J’adore les hommes belges !"
Austin Lace : "On ne s’est jamais identifié à dEUS"
The Young Gods : "Est-ce qu’il existerait une drogue qui rende lucide plutôt que stupide ?"
Von Durden : "On ne se laisse pas marcher sur les pieds !"
Oceansize : "La nouvelle vague British ? On n’aime pas. Point barre !"


Début de soirée studieux, ce samedi 30 avril 2005, alors que nous rencontrons Jérôme Mardaga, alias Jeronimo, tout juste sorti du concert qu’il vient de donner dans le cadre des Nuits de l’Entrepôt à Arlon. Fort beau concert d’ailleurs, principalement axé autour de son dernier album, le lumineux 12h33, dont on ne se lasse toujours pas après deux mois d’écoute assidue. Le soleil se couche, en arrière-plan un vieux train de la SNCB déplace difficilement sa vieille carcasse. Une poésie fragile se dégage de ce décor post-industriel made in Belgium dans lequel Jérôme nous accorde une longue interview où il sera question en vrac de groupes flamands qui devraient chanter en néerlandais, de t-shirts du Velvet Underground, de Billie Holiday et de la bonne manière de donner du fil à retordre aux ailiers droits. L’occasion de découvrir un « songwriter » humain, attachant et pétri de musique folk...

- Pop-Rock.com : Jérôme, cela fait bientôt deux mois que ton nouvel album, 12h33, est dans les bacs. Es-tu content de l’accueil qu’il a reçu du public et de la critique ?

- Jeronimo : Oui. En fait, je ne m’y attendais pas vraiment. J’avais assez peu foi en cet album, qui correspond à une période vraiment pas sereine de ma vie, c’est le moins qu’on puisse dire. L’écriture de cet album a été chaotique, tumultueuse. J’ai été volontiers je-m’en-foutiste parce que certaines choses m’intéressaient moins. Des choses qui, maintenant, ne m’intéressent plus du tout. Et j’ai eu vraiment un moment de recul avant la sortie de l’album, en me disant que je m’étais trop vautré et que ça ne passerait pas. Je me disais que j’avais été trop naïf. Il y a eu quinze jours d’angoisse en attendant les premières réactions, après que le disque a été distribué. J’ai assez mal dormi. Et puis, j’ai été agréablement surpris de l’accueil qu’il a reçu dans la presse et, ensuite, par les réactions des gens qui viennent me voir après les concerts, qui m’envoient des e-mails, etc. Ca a l’air de toucher les auditeurs, alors que, de prime abord, c’était centré sur moi. Je suis passé par le chas de l’aiguille !

- Est-ce que tu n’étais pas surtout anxieux de revenir, après une absence de la scène belge de quasi deux ans, surtout après l’éclosion de tous ces nouveaux groupes en Wallonie ?

- Non, parce que, ça, pour moi, ça ne compte pas. Déjà, tous ces groupes chantent en anglais, donc je m’en fous. Moi, je me sens à part. Je suis dans la famille de Karin Clercq, Vincent Venet, Miam Monster Miam et Yel. Les autres groupes ne font pas la même chose, ils évitent leur langue.

- Pour emboîter là-dessus, tu n’en as pas marre que les journalistes te demandent pourquoi tu ne chantes pas en anglais ?

- Si, tout à fait. C’est de cela qu’on parle et voilà pourquoi j’ai parlé en anglais aujourd’hui pendant le concert. (ndlr : Jérôme a introduit la dernière chanson de son set en anglais, expliquant qu’il voulait faire comme les autres groupes belges francophones, qui chantent en anglais et parlent en français entre les chansons). Parce que j’en ai marre qu’on me pose cette question. Je chante dans la langue dans laquelle je pense, dans la langue dans laquelle je rêve. Quand je dis à ma copine que je l’aime, je lui dis en français. Je ne luis dis pas « I love you, honey ». C’est tellement con, elle se foutrait de ma gueule. Je sais que je suis un peu casse-couilles avec cela, je fustige beaucoup, mais c’est vraiment un truc que je ne comprends pas. Cet agacement, il est né du fait que les journalistes n’arrêtent pas de me poser cette question stupide : « Pourquoi est-ce que tu chantes en français ? ».

- Et que trouves-tu à leur répondre ?

- Mais, j’ai envie de leur demander pourquoi est-ce qu’ils me posent cette question en français ? Et pourquoi écrivent-ils leurs articles en français ? C’est la même chose. Pour moi, les groupes belges qui chantent en anglais, c’est super, mais il n’y en n’a aucun qui tourne en Angleterre ou aux Etats-Unis. Ils tournent en France, ils tournent en Allemagne, en Espagne, au Canada, etc. Mais nous aussi ! Ils tournent dans les mêmes pays que nous... La seule fois que je suis allé aux Etats-Unis, c’était pour tourner avec un groupe francophone. C’est pour ça que cette question m’agace toujours un peu.

- Alors qu’en fait, c’est naturel pour toi de chanter en français...

- Oui, enfin, attention, ça ne l’était pas au début, mais ça l’est devenu. Alors grosso modo, je me dis : il y a deux familles, qui sont complémentaires, surtout dans un pays comme la Belgique, qui est quand même pluri-culturel, avec plein de langues différentes. C’est bien qu’il y ait les deux, mais j’aimerais bien découvrir un groupe flamand qui chante en flamand, par exemple. Pourquoi est-ce qu’An Pierlé ne fait pas un album en flamand ? J’aimerais bien lui poser la question, pour voir ce qu’elle me répondrait.

- Quand on lit la plupart des articles sortis sur 12h33, beaucoup de gens ont présenté l’album comme sombre, voire dépressif. En écoutant ce disque, je n’ai pourtant pas envie de dire que c’est un album triste. Je trouve que c’est plutôt un album doux, tant dans les mélodies que dans les textes, et même quasiment féminin sous certains aspects. Est-ce que tu es d’accord avec cette vision ?

- C’est vrai (pensif)... Oui, tout à fait, c’est la première fois qu’on me le dit, mais c’est vrai. En fait, derrière ce disque, il y a l’histoire de deux filles que j’ai connues à deux moments différents. C’est pour ça, qu’effectivement, c’est quelque chose de très doux, très positif. Je ne vois pas en quoi c’est sombre, même si, c’est vrai, je l’ai souvent lu.

- Quand on écoute des titres comme Moi, je voudrais, c’est même très pop...

- Oui, c’est léger, sautillant. D’ailleurs, je ne trouve pas qu’un titre comme Tous les gens vont mourir un jour soit sombre. Je ne vois pas en quoi c’est sombre de dire ça. Je pense que, dans chaque chanson de l’album, il y a une échappatoire, une porte de sortie. A la fin de la chanson, c’est pas niqué, tout n’est pas foutu...

- Quant au côté féminin, il t’arrive d’utiliser une voix féminine dans tes paroles...

- Oui, c’est vrai. Sur Nous allons avoir un petit, au début de la chanson, je parle à la place de la fille. Je crois que c’est dû en partie à ce vécu : c’est vrai qu’il y a deux filles derrière tout cela. Et puis probablement que mon côté féminin est un peu plus sorti sur l’écriture de ce texte-là. Je suis assez d’accord. Pour moi, c’est doux et mélodieux, cet album. Ce n’est pas sombre et dépressif.

- Le fait de chanter plus souvent sur 12h33, est-ce que cela t’est venu naturellement ? Est-ce qu’il y avait une envie de ne pas te reposer sur le parler-chanter que tu employais souvent sur Un monde sans moi, ton album précédent ?

- C’est venu via la scène, où c’est très vite chiant de parler plutôt que de chanter. Rapidement, j’ai eu envie de mettre des notes sur les mots. Et vu que l’album a été écrit pendant qu’on tournait, quand j’écrivais, c’était tout de suite des notes et plus ce chanter-parler, que j’aime bien utiliser quand même, mais beaucoup plus ponctuellement. Je l’utiliserai toujours mais de façon très réfléchie et très ponctuelle. Je préfère chanter, en fait.

- Tu te sens peut-être plus à l’aise en chantant aujourd’hui qu’auparavant ?

- Oui, parce qu’avant c’était mes débuts, j’étais un peu timide. Enfin, je le suis toujours. Mon chant n’est pas encore là. Mais c’est gai de chanter.

- Tantôt on parlait des mélodies « pop » de l’album, notamment avec Moi, je voudrais, qu’on pourrait presque retrouver sur un album des Kinks, tellement c’est joyeux et sautillant. Est-ce que c’est une direction dans laquelle tu veux pousser ta musique ou est-ce que, pour toi, c’est simplement une récréation au milieu de choses plus sérieuses ?

- Je ne sais pas, c’est difficile à dire. Moi, je voudrais, c’est une chanson qui m’a posé beaucoup de problèmes. Je l’ai toujours trouvée très naïve, un peu bêbête, cette chanson. C’est parce que le groupe et le label l’adoraient qu’elle est sortie. Il y a deux chansons comme ça sur l’album : Les mains qui tremblent et Moi je voudrais. Ce sont les deux singles mais, si ça n’avait tenu qu’à moi, ils n’étaient pas sur l’album. Je voulais un disque beaucoup plus sombre et dépressif ! (Rires). Ils ont eu raison d’insister parce que ça m’a donné un autre éclairage sur mon travail. Je n’ai pas beaucoup de recul par rapport à ce que j’écris. Et je me lasse très vite de mes textes. Une fois que c’est écrit, après deux mois, c’est « Ouais, bon ça va, c’est pas terrible, je vais faire quelque chose de mieux ». Heureusement qu’on me dit : « Mais si c’est bon, travaille cela »...

- Tu as besoin de ce feedback de ton entourage ?

- Oui, c’est indispensable. Je ne saurais pas faire autrement. J’ai besoin que les autres me disent : « Là, c’est bien », « Là, c’est fade ». En plus, je suis rarement d’accord avec eux ! (Rires) Mais bon, j’essaye parfois de ne pas trop m’écouter parce que sinon, ça donnerait des albums qui ne parleraient qu’à moi, ce qui n’a pas beaucoup d’intérêt.

- Un titre comme Les Mains qui tremblent apparaît comme clairement autobiographique. Comment concilies-tu dans ton écriture ta musique et ta vie privée ? Est-ce que ta vie privée peut servir directement d’inspiration à ta musique ? Est-ce que ce n’est pas dangereux pour toi ?

- Non, je ne fais pas de différence entre ma vie privée et ma vie publique. Je n’ai qu’une vie. Il n’y a pas une vie privée et une vie publique. Ca ferait déjà deux vies ! Si je me sens en confiance, je te raconterai ce qui s’est passé avec les deux filles...

- Pas de cloisonnement entre les deux, donc ?

- Pas de mur, ça ne m’intéresse pas. C’est d’ailleurs quelque chose que je ne comprends pas bien. C’est vrai qu’on lit souvent cela dans les magazines. Il y a des artistes qui ne veulent pas faire état de leur vie privée, mais peut-être que ce n’est pas eux qui écrivent leurs paroles ou peut-être que ce qu’ils écrivent, ce n’est pas vrai... En fait, ça n’a pas beaucoup d’importance : chacun dit ce qu’il a envie de dire, mais pour moi, deux vies, c’est trop compliqué.

- Pour finir sur l’album, à l’écoute de certaines chansons, comme, bien sûr, La fille que j’aime, j’ai l’impression que tu as beaucoup écouté de grands classiques comme Bob Dylan, Billie Holiday, Elvis Presley...

- Exactement, en plein dedans !

- Des choses relativement simples et directes, mais en même temps très profondes...

- Dylan n’est pas toujours extra-simple dans sa forme, mais il peut l’être. D’ailleurs, il y a un grand clin d’œil à lui sur l’album, c’est la chanson De l’autre côté de la mer, qui est presque une adaptation de sa chanson Girl from North Country, sur l’album The Freewheelin Bob Dylan. Si je suis en procès avec Bob Dylan, ça ne m’étonnera pas... (Rires). Mais je m’en fous, parce que ce n’est peut-être pas vraiment ma chanson, mais c’est mon histoire. J’ai un peu changé les mots, et je trouve ça génial. C’est pareil avec La fille que j’aime. Si tu écoutes The Man I love de Billie Holiday, c’est la même chose. (Il commence à fredonner) « One day, he’ll come along, the man I love - And he’ll be tall and strong, the man I love - And the day, he’ll make my way, - I’ll do my best to make him stay »... Si tu écoutes Scarborough Fair de Simon & Garfunkel, c’est aussi la même chose : « If you’re going to Scarborough Fair - Remember me to the one who lives there ». Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. On ne va pas inventer de nouveaux accords, on ne va pas inventer de nouveaux mots.

- Il y a comme un patrimoine du songwriting dans lequel tu aimes piocher...

- Je sais en tout cas que Bob Dylan a fauché un nombre incalculable de trucs. Tout le monde fauche des trucs.

- Dans le milieu de la musique folk, c’est particulièrement frappant...

- Pas que dans le folk. C’est partout pareil. La musique, c’est ça : tu ne vas pas inventer une nouvelle note, ça n’existe pas. Tu ne vas pas inventer un nouveau mot ou une nouvelle sémantique. Je n’ai absolument aucun problème avec ça. C’est peut-être très prétentieux ce que je dis là, mais j’ai l’impression de m’inscrire dans cette lignée : ces gens retravaillaient une matière qui existait déjà. Dans certaines chansons de Dylan, il y a des ressemblances troublantes avec des trucs de Pete Seger ou des Everly Brothers, même. Tu te dis : « Ouah, il s’est pas foulé ! ». Ben si, peut-être qu’il s’est foulé parce que l’histoire que racontait telle ou telle chanson, c’était son histoire et il l’a reprise, retravaillée. C’est comme cela que la musique se transmet. Le blues, c’est pareil. Tout le monde pique des plans à tout le monde. C’est B.B. King qui disait d’ailleurs dans une interview : « Moi, je suis content quand j’entends qu’un jeune bluesman m’a piqué 25 plans sur son album ». Je trouve cela finalement très vrai. C’est comme cela qu’on se nourrit. Quand je lis les interviews de New Order, je suis mort de rire : eux, ils ont tout inventé ! Alors qu’ils ont quand même piqué pas mal à d’autres groupes...

- Pour parler un peu de ta tournée, je crois que tu étais en Suisse récemment pour un concert à Neuchâtel. Est-ce que tous ces contacts à l’étranger commencent à porter leurs fruits ? Tu as des projets sur l’étranger, la France, par exemple ?

- Oui. On vient de signer chez V2 et l’album sortira en septembre. On partira en tournée juste après. L’objectif de cette tournée, c’est de jouer là où on a le moins tourné les fois précédentes, donc surtout en France. On a beaucoup fait la Belgique, le Québec, l’Espagne et la Suisse. On a travaillé la France de façon moins profonde. Cette tournée-ci, elle sera clairement orientée vers la France.

- Le 8 mai 2005,tu vas ouvrir les Nuits Botaniques au Cirque Royal. Il y aura également un film de Mark Lagoon, un portrait de toi, je pense, qui sera projeté. Quelle est l’histoire derrière ce film ?

- C’est un truc tout bête. C’est moi après l’enregistrement de l’album qui me suis dit : « Je pars à New York quinze jours, tout seul, pour aller voir des concerts, etc. ». Et pour le visuel de l’album, j’avais envie d’un décor nord-américain, parce que j’ai passé beaucoup de temps à Montréal pendant l’écriture de l’album. Je ne voulais pas retourner au Canada pour des raisons personnelles. Mais je voulais ce décor nord-américain. Je voulais coller à Dylan, à Billie Holiday, au Velvet Underground, comme on en parlait tout à l’heure.

- Je t’interromps, c’est à New-York que tu as acheté ton t-shirt du Velvet ? (ndlr : Jérôme porte un magnifique t-shirt rouge à l’effigie du Velvet Underground)

- Non, ça c’est à Dublin (Rires)... Pour en revenir au film, je voulais de toute façon bosser avec Mark Lagoon pour l’image et les clips. On est donc parti à trois, avec un régisseur, et pendant huit jours, on a roulé, on a marché dans New-York, sans scénario, sans idée précise. Moi, je leur ai dit : « Je ne veux rien savoir, je me promène, vous faites ce que vous voulez, vous m’emmenez où vous voulez. Moi, je ne connais pas New-York. Vous, vous connaissez très bien. On prend une bagnole, vous m’emmenez où vous voulez. Moi, je vous suis ». C’est ça, le portrait réalisé par Mark : c’est quelqu’un qui marche, avec sa guitare et qui est là comme ça (Jéronimo lève la tête en l’air) parce que c’est grand, il ne connaît pas. C’est un peu ce que j’ai vécu pendant deux ans. Je me retrouvais souvent tout seul, juste avec ma guitare, dans des grandes villes que je ne connaissais pas. Ca donne un truc très abrupt. Là, on est en train de le monter et il n’y a jamais un plan qui dure plus de 15 secondes. Et c’est 25 minutes comme cela. Je trouve que c’est bien car ça reflète un peu l’état d’esprit dans lequel tu te trouves à New-York la première fois que tu y vas : tu es tout le temps en train de regarder partout autour de toi. Tu ne sais pas fixer ton regard, car il y a tellement de choses, d’animation. Mark l’a filmé dans ce sens-là. C’est hyper-déstabilisant, mais comme peut l’être New-York la première fois que tu y vas... Je ne sais pas si tu as déjà eu l’occasion d’aller à New-York ?

- Non, je n’ai jamais eu cette chance...

- Au début tu es comme ça... (Jérôme, lève la tête en l’air, en grimaçant)... Et puis, c’est « Jérôme, baisse la tête ! ». C’est tout ce qu’ils me disaient : « Jérôme, ne regarde pas en l’air ! » (Rires)... D’un autre côté, et c’est ça que j’ai trouvé génial à New-York, tu te sens tellement fort dans cet univers de béton et de verre. Tu existes par rapport à ces machins qui sont des trucs humains, complètement démesurés... T’es là : « Ouais, de toute façon, un avion et ça tombe par terre ». C’est une ville tellement humaine, en fait. J’ai adoré, il faut que j’y retourne.

- L’aspect visuel de ta musique, c’est quelque chose d’important pour toi ?

- Je suis en train de me rendre compte de l’importance que ça a, en fait. C’est un truc que j’apprends au fur et à mesure.

- On sait quand même bien que pour quelques grands groupes, comme le Velvet par exemple, il y a la musique, mais aussi l’image qui joue un grand rôle...

- Bien sûr, si le Velvet avait répété dans un coin paumé, ça n’aurait peut-être pas été la même chose. Là, ils étaient sur la 48ème Rue, à la Factory. C’est clair que l’aspect visuel, c’est méga-important de nos jours avec les clips...

- Mais, pour toi personnellement, hors maison de disque, carrière, etc, c’est important ?

- Pour moi, tout cela, c’est démesuré. Mais, c’est un signe des temps, c’est comme ça, c’est la vie. Ceci dit, j’adore l’image, les photographes, la peinture. J’ai beaucoup d’amis, et même des membres de ma famille, qui sont graphistes, peintres et je suis hypersensible à ça. Mais je trouve que parfois, dans le métier de la musique, c’est complètement disproportionné. J’ai de temps en temps l’impression que les gens regardent plus qu’ils n’écoutent. Mais je comprends ça, je fais pareil quand je vais voir un concert : je regarde plus que ce que je n’écoute. Et puis, je suis attaché à une belle image, une belle pochette, enfin pas quelque chose de nécessairement beau, mais un truc où il y a quelque chose à voir.

- Un image qui dise quelque chose ?

- Oui, voilà, ça, c’est très important. Que l’image aille de pair avec l’album. Mais, tu vois, il n’y a pas de t-shirts Jéronimo, je ne veux pas en faire, ça ne m’intéresse pas. Faites-les vous-même ! C’est parce que je ne vois pas le lien et que j’essaye de mettre des limites. C’est comme pour les clips, je suis méga-pointilleux. Je ne veux pas faire certaines choses. Si, à la limite, je pouvais ne pas apparaître dans mes clips, je serais content. Ne pas devoir chanter bêtement (Jéronimo mime un play-back avec sa guitare) sur une bande... Ca, ça me tue. Mais si tu ne le fais pas, ton clip, il ne passe pas sur MCM. Moi, je m’en fous mais le label, il n’est pas content et le groupe, le réalisateur du clip et tous les partenaires financiers ne sont pas contents non plus... Et moi, je ne peux pas faire ça. Si je suis le seul à dire non, j’en ai vingt autour de moi qui me disent : « Oui, mais nous, on a mis de l’argent ! ».

- Tu as une responsabilité qui pèse sur tes épaules...

- Oui, c’est un travail d’équipe, donc, tu ne peux pas faire n’importe quoi. Peut-être que le jour où je vendrai deux millions d’albums, ça n’arrivera jamais mais bon, là je dirai « Non ! », mais là, maintenant, je ne peux pas. Pour l’instant, c’est moi qui vais me faire voir... (Rires). Mais, ce n’est pas un souci, c’est un apprentissage. Chaque chose en son temps.

- Pour finir, je voulais parler un peu d’internet. Je suis régulièrement tes « aventures » sur ton blog (http://jeronimo.skynetblogs.be). Tu trouves que c’est un moyen intéressant de communiquer avec tes fans ?

- C’est un moyen. C’est défoulant. Mais ça n’est pas plus que ça... Je ne trouve pas que ce soit très intéressant, ceci dit. Le net, d’une manière générale, ça ne m’intéresse pas vraiment. (Il s’arrête, pensif). C’est comme la télévision, je ne trouve pas ça intéressant du tout. Ce sont des médias complètement détournés.

- Ca parasite l’esprit ?

- Oui, comme le reste. Je trouve que ce sont des moyens de communication détournés, des instruments de propagande. La télévision, en tout cas, en est clairement un. Ce n’est pas intéressant, c’est riche, ça peut être enrichissant. Mais intéressant, ça ne l’est pas. En tout cas, moi, ça ne m’intéresse pas. En général, les sites des groupes ça me fait pisser de rire. Je ne devrais pas le dire, mais je trouve ça tellement sérieux, la mise en page, etc. J’aime pas le côté : « On montre les meilleurs aspects du truc ». C’est un côté qui n’existe pas. Il y a un gros mensonge derrière tout cela. On ment, mais on ment toujours de toute façon, parce qu’on est obligé. Je ne trouve pas ça intéressant. C’est pour ça qu’il n’y a pas de site officiel de Jéronimo...

- Mais on peut quand même trouver quelques sites web sur toi. Il y a même un site où on peut écouter en streaming des enregistrements de tes concerts (http://users.skynet.be/fa074887/jeronimo.htm)...

- Ca, c’est intéressant, par contre, parce qu’on peut écouter de la musique, des trucs live qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs. Mais les forums, les chats et tout ça, c’est de la merde. (sic)

- Dernière question : dans Moi, je voudrais, tu souhaites « du football, des avant-centres et des goals, la première marche du podium », pourquoi ne postules-tu pas comme entraîneur au Standard ? Ils cherchent du monde, paraît-il.

- Je ne saurais pas. Je n’ai pas le bagage technique pour être entraîneur. Moi, au foot, je sais juste jouer back droit. Ca a toujours été ma place quand je jouais dans un club, quand je jouais avec des amis, etc. Arrière-droit, ça, je maîtrise ! Je sais comment empêcher de passer l’ailier gauche ou, en tout cas, lui donner du fil à retordre. Mais, c’est tout ce que je sais. Donc, je ne saurais pas être entraîneur, même d’un club de minimes, je ne saurais pas...

Photos : © Philippe Carly (www.newwavephotos.com). Droits réservés.



Répondre à cet article

Nicolas Thieltgen





Il y a 1 contribution(s) au forum.

The Era of Global Solution Networks Case Solution
(1/1) 29 juin 2016, par John Martin




The Era of Global Solution Networks Case Solution

29 juin 2016, par John Martin [retour au début des forums]

I am profoundly pulled in by your post. It is truly a decent and useful one. I will prescribe it to my companions.
The Era of Global Solution Networks Case Solution

[Répondre à ce message]