Pop-Rock.com


Bruxelles, Botanique, 22 novembre 2005
Hallo Kosmo : "C’est mon bac à sable"
Interview

dimanche 11 décembre 2005, par Laurent Bianchi

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C’est avec Daniel Offermann que nous avons rendez-vous. Le bassiste des Girls in Hawaii vient de sortir Autobahnhotel, sous l’appellation Hallo Kosmo. Un album qui peut être considéré comme une réelle prise de risques pour un label, s’il n’était réalisé par un membre des Girls, à même d’attirer les curieux (dont votre serviteur). Un disque bric-à-brac bricolé, arborant les photos d’Antoine Wielemans et Olivier Cornil, où l’on peut voir Daniel au volant d’un tracteur ou au milieu des vaches...

- Pop-Rock.com : Que signifie ce nom, Hallo Kosmo ?

- Daniel Offermann : Le nom vient du film The Killing of a Chinese Bookie de John Cassavetes, un film des années 70 que j’aime bien regarder. Il y a le patron d’une boîte de nuit dans ce film qui s’appelle Kosmo. J’ai trouvé ça cool. J’aurais bien aimé m’appeler Kosmo aussi, c’est donc une manière pour moi de le faire. En même temps, c’est un nom qui n’est pas très précis mais qui évoque pas mal de choses, et qui est en même temps personnel puisque tu dis "Hallo" à tout le monde, et le Kosmo, c’est très vaste. J’aime aussi beaucoup la sonorité du nom.

- Une sonorité très allemande.

- Oui, voilà.

- A ce propos, quel est le rapport que tu entretiens avec l’allemand, puisque ton disque est presque exclusivement chanté en allemand, et que tu as un accent allemand ?

- Je suis Belge germanophone. Je viens de la toute petite communauté germanophone du pays.

- Cela faisait longtemps que tu avais envie de chanter en allemand ?

- Je l’ai toujours fait, en fait. C’est ma langue maternelle. Quand j’avais 14 ans, j’avais un groupe de rap en allemand. Pour moi, c’est donc tout naturel. J’ai baigné dans la musique allemande, aussi. Ce n’est pas du tout un délire exotique où je me serais dit "Tiens, je fais chanter en allemand". Déjà, au moment de l’écriture et de la composition, tout est pensé spécifiquement en allemand. Quand j’écrivais des mélodies ou des chansons, pour moi c’était clair que ça ne pouvait être que dans la langue de Goethe.

- Il y a beaucoup de styles qui se croisent dans ton album : de l’électro, de l’electroclash (Symparanoïd), du rock, du rap (Weiter), du jazz (Traumparadies) mais aussi des trucs assez kitsch et expérimentaux ? Qu’est-ce que ce bric-à-brac ?

- En fait, ce projet je le vois comme mon bac à sable. Quand je l’ai commencé, je n’avais pas du tout dans l’idée d’en faire un album, et encore moins de le publier un jour. Pour moi, c’était un journal intime où jeter mes idées, m’amuser, un exutoire de délires. Pour les styles, c’est ce que j’écoute aussi chez moi. Hallo Kosmo me permet de sortir de l’univers des Girls In Hawaii. En fait, Hallo Kosmo c’est tout ce qu’on ne peut pas faire chez les Girls. C’est mon petit laboratoire personnel.

- Est-ce que ce projet précède GIH ?

- Oui et non. J’ai toujours eu mon petit laboratoire, mais ce projet-ci, je l’ai commencé il y a à peu près un an. J’ai toujours fait de la musique à côté et en même temps que les Girls.

- La dernière fois que j’ai rencontré un membre des Girls, c’était Brice. Il me disait que dans le prochain album vous pensiez explorer un peu l’électro ou l’ambient...

- Oui, en effet.

- Est-ce que tu comptes apporter toi aussi à cet album ce que tu as exploré dans Hallo Kosmo ?

- Ca se peut, oui. Girls in Hawaii est devenu un véritable groupe, finalement. Avant, c’était le projet de deux personnes, et les autres étaient juste des musiciens. Avec les deux années que nous venons de vivre, on est devenu un groupe à part entière. On va enregistrer le deuxième album, et ce qui est clair, c’est que l’on y contribue tous ensemble. Brice a d’ailleurs amené des compositions. C’est bien que l’on profite des idées bien différentes de tous les membres du groupe. Cela ne veut pas dire non plus qu’il y aura des chansons hip-hop dans le prochain album des Girls. On a envie de profiter des différents caractères qu’il y a dans le groupe, en tout cas.

- Déjà, toi, tu apportais aux Girls, en live, un petit côté funk et de l’humour avec ta petite chorégraphie à la fin...

- Oui, c’est clair. C’est un truc qui s’est vraiment développé au fur et à mesure. Au départ, les Girls, c’était vraiment le projet d’Antoine et Lionel. On commence à devenir un groupe et fatalement on passe beaucoup de temps ensemble. On se prête des disques entre nous, il y a un échange très enrichissant.

- A ce propos, que pensent les autres membres de GIH d’Hallo Kosmo ?

- Ils aiment bien. C’est eux qui m’ont encouragé à le sortir. J’ai enregistré l’album en tournant avec eux, ils l’ont écouté en primeur, donc. Ils m’ont poussé à le présenter à 62TV (ndlr : label des GIH).

- As-tu eu des difficultés à le défendre ?

- Pas vraiment. Ils ont bien aimé le disque.

- Le fait d’appartenir aux Girls a-t-il joué un rôle ?

- Fatalement, oui. Cela t’ouvre des portes. Ca crée aussi une certaine visibilité, ne serait-ce que dans les médias. Ceci dit, même si cette première partie est plus facile, en concert, lorsque les gens viennent me voir seul, il faut quand même les convaincre. Surtout que dans mon cas, musicalement, ça n’a vraiment rien à voir avec les Girls. Faire partie des Girls joue, mais cela fait partie de mon vécu artistique aussi, c’est donc tout à fait normal qu’on en parle. Ca aide, ça peut même être un avantage, mais il faut assumer derrière. Les gens qui viennnent à mes concerts parce qu’ils aiment GIH, ce n’est vraiment pas évident de les choper. Ce sont souvent eux qui sont les plus étonnés. Les deux premiers morceaux de ma prestation les choquent car ils s’attendent à des morceaux assez proches des Girls, juste un peu différents, mais pas trop. Mais c’est marrant de voir les réactions.

- Je te posais la question, car dans ta chanson La pression commerciale - la seule en français, d’ailleurs - tu parles du monde des labels.

- Oui, cette chanson est une caricature où je joue les deux personnages, avec chacun des vues et des objectifs bien différents. D’un côté l’artiste, le musicien, la pauvre victime du système de marché, un peu à côté des réalités, et de l’autre le méchant label qui est surtout intéressé par le produit commercial. La frontière entre les deux n’est pas aussi évidente qu’on le croit.

- Quels disques en langue allemande t’ont influencé dans ton projet ?

- Beaucoup de hip-hop. Celui de Hambourg, surtout. Stereototal, aussi, j’aime vraiment bien. Tocotronic. J’ai beaucoup écouté de groupes qui chantent en allemand. Ils ne sont pas très connus ici et c’est malheureux, car il y a des trucs vraiment très chouettes. Quand j’étais jeune, j’écoutais beaucoup de rap, mais aussi de l’électro, du jazz - Rubin Steiner qui est un grand pianiste de jazz. Beaucoup de trucs, en fait.

- Le prochain album des Girls est prévu pour quand ?

- Plutôt 2006 que 2005. On est beaucoup dans le studio, et on est très productifs pour l’instant. Mais on veut aussi prendre le temps qu’il faut. Ce sera, je pense, à la fin de l’année 2006. Pour le moment, on fait beaucoup de trucs... Il se pourrait aussi qu’il sorte avant.

- Entre-temps, tu vas défendre Hallo Kosmo avec une tournée ?

- Oui, on a un grand concert le 16 décembre au théâtre de Namur avec Flexa Lyndo. Il y a le Père Noël est un rocker, Saint-Nicolas est un rocker, un concert à Tourcoing avec Saul Williams...

- Saul Williams !

- Oui, ça va être très cool.

- Est-il prévu de sortir l’album en Allemagne ?

- Il y a des contacts mais encore rien de concret. J’aimerais bien. Je serais curieux de voir comment ils l’accueillent là-bas, ne serait-ce que pour les paroles. En plus, c’est un pays dans lequel j’aime bien tourner, il y a de très chouettes clubs et salles de concert. C’est clairement un objectif de le sortir en Allemagne.

Photos : © Philippe Carly (www.newwavephotos.com) - Ne pas utiliser sans autorisation.



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Laurent Bianchi





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Hallo Kosmo : "C’est mon bac à sable"
(1/1) 15 mars 2016, par Bobby




Hallo Kosmo : "C’est mon bac à sable"

15 mars 2016, par Bobby [retour au début des forums]

Nice interview. It is good to know more about his new album. - Bobby Price

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