Pop-Rock.com


Mons, Riffs’n’Bips Festival, 16 octobre 2004
Ghinzu : "On n’écoute aucun groupe belge"
Interview

lundi 18 octobre 2004, par Jérôme Delvaux

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Depuis la sortie de leur deuxième album, Blow, Ghinzu est un des groupes belges dont on parle le plus. Il faut dire qu’à côté d’eux, les Girls in Hawaii passeraient presque pour des boy scouts et Sharko pour le comique de service. C’est vrai pour les albums et plus encore pour la scène où, d’un avis général, Ghinzu arrache tout sur son passage, tel une tornade. J’ai rencontré John Stargasm, génial leader du groupe, quelques heures avant qu’il fasse à nouveau étalage de sa classe naturelle et de son talent sur la scène de Mons Expo, devant un public comblé et proprement hystérique.

- Pop-Rock.com : Ce soir pour Ghinzu, c’est la dernière ligne droite avant la tournée française. Quel est votre état d’esprit avant cette nouvelle étape importante de votre carrière ?

- John Stargasm : Nous sommes hyper déprimés (Rires)… et aussi très fatigués. J’espère que ça va bien se passer et que nous serons physiquement aptes à tourner car, en général, nous ne savons pas nous empêcher de faire ce qu’il ne faut pas faire… Regarde, à côté de moi, tu as Greg (ndlr : le guitariste, endormi et complètement affalé sur le divan). Il est en phase de méditation avant la tournée française… Il se concentre et c’est tout un travail.

- Vous allez jouer dans pas mal de festivals, mais aussi en salles. A la Maroquinerie, à Paris, par exemple. L’ambiance intimiste de cette salle semble taillée sur mesure pour la musique de Ghinzu. Non ?

- Oui, je le pense aussi. Mais après le concert à la Maroquinerie, on monte directement dans un van et on part enregistrer une émission de radio en direct. Ca va être super chouette, à mon avis. On risque d’arriver au studio ivres morts à deux heures du matin (Rires). C’est pour France Inter, mais ce n’est pas une Black Session de Bernard Lenoir. Si tu le vois, tu peux dire à Bernard que passer chez lui nous intéresse. (Rires) Non, ici c’est une autre très chouette émission, ça s’appelle Ondes de choc.

- Après la France, il y aura quelques dates aux Pays-Bas, mais aussi en Suède. Pour l’instant, il n’y a rien de planifié en Angleterre…

- Non, parce qu’on y a été plusieurs fois et que ce fut très difficile. Notre musique ressemble fort à ce qui se fait là-bas, mais ils ont tendance à privilégier leurs produits locaux. C’est très difficile de s’y imposer, d’autant plus que l’expérience dEUS ne s’est pas vraiment montrée spéculative en terme de revenus. De ce fait, ils réfléchissent plutôt deux fois qu’une avant d’investir dans un groupe étranger. C’est pourquoi nous avons décidé de donner priorité à la France et l’Allemagne, qui sont des marchés où nous avons de bons résultats.

- Vous avez joué à Londres, au Cargo, avec d’autres groupes belges. Sharko dit que c’était fabuleux, les Girls disent que c’était pénible et que le public anglais était peu réceptif… Et vous, comment avez-vous trouvé ce concert ?

- J’ai trouvé ce concert surréaliste. Il y avait plus de fans belges que d’Anglais dans la salle. Cette date a fait office de showcase mais, au vu de l’ambiance qu’y a mis notre public, j’en garde un super souvenir.

- En Belgique, on vous a vu un peu partout. Notamment à Dour, mais aussi au Pukkelpop. Jouer à ce festival flamand, c’était un aboutissement pour un groupe francophone ?

- Tout d’abord je dirais que jouer en tête d’affiche à Dour n’était peut-être pas un aboutissement, mais ça reste un de nos meilleurs souvenirs live. Les gens, l’ambiance, la relation avec le public et notre performance ce soir-là étaient inoubliables. Pour le Pukkelpop, c’est pareil, c’était excellent. Je crois qu’il y avait pas mal de néerlandophones dans le public, ce qui démontre que Ghinzu peut quand même plaire aux Flamands. J’en profite pour faire un petit coucou aux médias du nord du pays qui sont quand même un peu lourds à la détente.

- On entend souvent dire que Ghinzu a beaucoup de succès en Flandres...

- Non, pas du tout. Pas assez selon moi, en tout cas. On y vend encore trop peu. Mais jouer dans des festivals importants comme le Pukkelpop peut nous aider à rattraper le retard, c’est sûr.

- Un autre concert important pour vous cette année fut celui de l’A.B., que Bang va bientôt éditer en DVD. Tu étais content de la prestation de Ghinzu ce soir-là ?

- C’était un concert excellent mais, comme c’était un des tout premiers de la tournée, nous n’étions pas encore tout à fait rôdés. On présentait le nouvel album et je pense qu’on aurait pu être bien meilleur si on avait pu travailler davantage les nouveaux morceaux sur scène auparavant. C’est mon seul regret.

- A propos de ces nouveaux morceaux, j’ai lu que vous en aviez enregistré 20, mais au final vous n’en avez conservé que 11 pour l’album. Qu’est-ce qu’il advient de ces autres chansons ? Ont-elles ont un avenir ?

- Avoir beaucoup de matière et vraiment peaufiner le choix des morceaux faisait partie de la démarche de production de cet album. On a mixé 16 titres, on en a gardé 11 et je pense que les morceaux non-retenus pourront sortir sur une édition exclusive de l’album. On parle de faire un coffret pour la nouvelle année. En principe, il comprendra Electronic jacuzzi, notre premier album qui ne se trouve plus sur le marché, Blow et un CD bonus avec des exclusivités, dont sûrement quelques-uns de ces morceaux.

- En dehors de Ghinzu, Greg s’amuse sur scène avec Soldout. En tant qu’artiste, tu n’as jamais envie de faire de même avec d’autres groupes de la scène belge ? Avec tes potes de Minerale, par exemple ?

- Si, mais je l’ai déjà fait avec Minerale, justement. J’ai joué avec eux à Radio Campus, en live, et c’était très sympa. Quand tu es habitué d’être dans un groupe où tu diriges tout, c’est agréable d’une fois jouer avec d’autres musiciens et de te laisser diriger. C’est très différent. Ils te disent quoi faire, tu le fais et tu es content. Ce que je trouve de bien également dans ce genre de collaborations, c’est qu’il y a une vraie émulation entre les artistes.

- C’est le sentiment d’appartenir à une scène ?

- Oui, tout à fait. Ca commence, même si il n’y a pas encore vraiment de cohérence au niveau du style. Nous et les Girls in Hawaii, on ne fait pas la même musique, on ne dit pas les mêmes choses, mais on fait partie de la même scène. C’est quelque chose qui nous plait beaucoup.

- Ce concept de scène belge a beaucoup de retombées positives pour les artistes…

- Oui car Sharko tout seul à l’A.B., ce ne serait pas faisable. Avec Ghinzu et les Girls in Hawaii, c’est sold-out un mois à l’avance.

- Au Cirque Royal, le mois passé, Ghinzu ne jouait pas mais tu as effectué un vol plané dans le public, à la fin du concert de Sharko. Qu’est-ce qui t’a pris ? Une envie soudaine de bain de foule ?

- Je trouvais séduisante l’idée qu’après le spectacle, les lumières s’éteignent, les gens applaudissent et je débarque sur scène pour recevoir des applaudissements alors que je n’avais absolument rien fait. (Rires)

- A ce moment, vu qu’il n’y avait pas encore eu de rappel, le public pensait que tu venais pour faire un duo avec Sharko…

- Non, ça malheureusement ce n’est pas possible. (Rires) Un duo avec Sharko pourrait engendrer une baisse de nos ventes d’albums. C’est les mecs de Bang qui m’ont dit ça (prenant à témoin un représentant de la firme, présent dans la loge).

- Il y a un stress entre Ghinzu et Sharko ?

- Non, mais il... Heu, bon. Question suivante. (Rires)

- Pourquoi avoir changé la pochette de Blow pour la France ?

- Pour la France, nous travaillons sous licence. C’est Universal qui assure la distribution et ils étaient un peu réticents. Notre négociation a eu lieu en plein pendant l’affaire Nick Berg (ndlr : un otage américain décapité en Irak) et ils trouvaient ce plan de tête arrachée un peu trop agressif. Je pense qu’à partir du moment où on commence à travailler avec des licences, il faut être prêt à discuter. J’aime bien être à l’écoute des équipes avec qui on travaille. Les gens du label se sont vraiment montrés constructifs. Je ne suis pas mécontent du résultat car j’entends beaucoup de fans dire qu’ils aiment bien la pochette française, même si elle est plus consensuelle. C’est peut-être dû au digipack, mais je trouve qu’elle a un côté plus rock, plus class et plus fashion que la Belge.

- Le label vous a imposé d’autres choix ?

- Je ne suis pas d’accord avec le terme "imposé", même en ce qui concerne la pochette, car ça s’est vraiment fait dans la discussion. Il y a des points sur lesquels il était totalement exclu de négocier. Je pense au track-listing, par exemple. Ils m’ont suggéré de ne pas commencer par Blow. Ils m’ont dit que ce morceau était trop long pour être un titre d’ouverture et que ça posait un problème pour les bornes d’écoute. Là, j’ai dit non directement. Sur d’autres points, j’étais plus ouvert et je ne me suis jamais senti floué. Au final, je pense que la sortie en France est vraiment réussie.

- En Belgique, vous gérez votre propre label, Dragoon, au sujet duquel peu d’informations sont disponibles. Vous y sortez d’autres groupes ?

- Non, mais j’ai envie de le faire. On en reparlera bientôt…

- Il y a des projets à l’étude ?

- Oui, mais pour le moment le temps nous fait défaut. Là, nous partons sur la France, nous avons tout à fait l’esprit ailleurs. Il n’y a rien de pire que de produire un artiste sans y consacrer le temps et les moyens nécessaires. Moi, quand je fais quelque chose, je le fais à fond. Pour le moment, j’ai accepté un peu trop de chouettes projets en même temps, je m’investis chaque fois à fond et ça devient dur à gérer. J’ai donc décidé de me faire bientôt interner. (Rires)

- Parmi ces projets, il y a une exposition de photos. Que peux-tu nous en dire ?

- (Hésitant) Je n’ai jamais voulu mélanger mon activité de photographe avec celle de musicien. Mais voila, j’ai reçu une proposition pour une expo à la Maison des Musiques, le gars était sympa et j’ai dit oui. Ce sont des photos assez particulières avec une histoire derrière chaque image. Ce sont des souvenirs de voyages en Russie et aux Etats-Unis, notamment. J’ai fait des photos avec Greg, avec Tom le manager et d’autres potes. C’était souvent lié à des plans très rock’n’roll. On se promenait en Amérique avec 40.000 dollars de Traveler Cheques dans les pompes et on ne se posait pas de questions, c’était l’aventure. Mais je ne cherche pas à mettre particulièrement en avant le fait que je suis actif dans la photographie, en plus de la musique.

- Revenons à la musique. Tu aimes le groupe I Am X ?

- Je ne connais pas, je n’en ai jamais entendu parler.

- Ils jouent ici ce soir, juste avant vous…

- Ah,… Je n’ai pas vu l’affiche. En fait, je m’intéresse très peu aux autres groupes. (Rires).

Greg se réveille et dit : « Il faut absolument aller voir I Am X, c’est excellent ! C’est le chanteur des Sneaker Pimps. » avant de se rendormir aussitôt.

- John : Je ne connais pas non plus les Sneaker Pimps. C’est quoi ?

- Un groupe anglais d’electro... assez culte.

- Ah. D’accord, j’irai voir.

- Comme groupes belges actuels, tu écoutes quoi ?

- Sharko… Non, c’est pour rire. On n’écoute aucun groupe belge, à vrai dire. (Prenant les autres à témoin) Il n’y a rien, je trouve... Il y a juste Soldout que j’écoute parfois en ce moment, parce qu’on fait un remix avec eux. Greg pourrait nous en parler mais je vois qu’il est reparti dans sa méditation. Il doit être en train de rêver de notre concert à Marseille… Bref, ce remix m’a amené à écouter Soldout, que je n’avais encore jamais entendu.

- C’est quoi comme remix ?

- C’est un remix de Mine et, je te préviens, Rammstein c’est les Bisounours à côté. C’est ultra power, j’adore !

- Il va sortir sur quel support ?

- Je ne sais pas encore. J’aimerais le mettre sur le coffret… On verra.

- En live, vous faites parfois des reprises. Vous comptez en enregistrer pour le CD d’inédits ?

- On a déjà fait deux reprises en live : Purple rain de Prince et Making plans for Nigel de XTC. On parle aussi de reprendre Death on two legs de Queen, que j’aime beaucoup. (Il se met à la chantonner) Mais ce sera sûrement uniquement pour le live… Pour les albums, on a assez avec nos propres morceaux.

- Ghinzu atteint sa plénitude sur scène…

- (Il m’interrompt) Pas encore ! On est bien rôdés et on est capable de faire mal, mais je pense qu’on peut encore être meilleur. On a encore des projets et des idées pour améliorer nos prestations...

- Votre look sur scène est soigné et a l’air bien étudié. Tu crois que si Ghinzu arrivait avec des jeans troués et une allure débraillée, comme certains groupes, l’ambiance serait différente ?

- Je considère la pop et le rock comme un bon mélange entre l’image et la musique. Regarde Elvis Presley, merde. S’il avait été noir et mal sapé, je ne pense pas qu’il aurait aussi bien marché. Les uniformes existent dans tous les styles. C’est clair, il y a les jeans troués et les débraillés. Tu as aussi les petits pédés branchés (sic) avec les dernières fringues du nouveau créateur. Tu as les autres qui se la jouent loosy avec veste en cuir, jeans, Converse, trois pin’s et les cheveux un peu gras. Il y a de tout. Nous on se la joue plutôt classique. On a un costume parce qu’on a envie d’être propre sur soi.

- Les Girls qui sortent leur album au Japon, ça te laisse rêveur ?

- Ca dépend. Je trouve ça génial mais je n’ai pas de trop détails sur la façon dont se déroule cette sortie. Je ne sais pas chez qui ils ont signé et quel est le deal qu’ils ont obtenu. Tu sais, si tu prends une caisse de 50 CD et que tu vas les vendre au Japon, tu peux dire aussi que tu y a sorti ton album. En ce qui concerne les Girls, je ne connais pas du tout l’ampleur du truc mais, les connaissant, c’est sûrement très bien. Leur signature avec Naïve, en France, c’était aussi un bon plan. C’est une bonne boîte qui travaille bien et assure une bonne distribution. Nous aussi, on a des propositions pour sortir nos albums en Russie, en Biélorussie et même en Australie, mais on a envie qu’il s’agisse de bonnes sorties…

- Avec la fascination de Ghinzu pour l’Asie, on se doute que sortir un disque et jouer là-bas, ça doit être un objectif ultime…

- Oui, j’adore le Japon. Y faire une tournée et y vendre beaucoup d’albums, ce serait le summum. On en a déjà parlé entre-nous. Si on arrive à faire ça, on peut splitter. J’aurai accompli le rêve d’une vie.

PS : Je tiens à remercier Erika de Belgorock pour son aide durant la préparation de cette interview.

Photos : (c) Jérôme Delvaux - 2004





Jérôme Delvaux