Pop-Rock.com


Paris, 10 février 2006
End of Fashion : "Si on pouvait tout dire de la musique, plus personne ne l’écouterait !
Interview

mardi 28 mars 2006, par Boris Ryczek

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End Of Fashion, nouvelle formation australienne, compte en son sein deux anciens membre de l’orchestre pop Sleepy Jackson : le chanteur Justin Burford et le guitariste Road Aravena. Le choix d’un nom pareil pourrait tout laisser augurer, notamment les poses postmodernes les plus cabotines ou les plus audacieuses. Mais les musiciens ne sont rien de tout ça, simplement de jeunes rockeurs qui veulent qu’on leur laisse le temps d’évoluer. Aussi, même si leur album n’apporte pas grand chose de nouveau, se laisse-t-on conquérir par leur simplicité et leur bonne humeur.

- Pop-Rock.com : Vous devez être habitués à la question, mais pourquoi avoir choisi de vous appeler End Of Fashion ? Pensez vous qu’il soit possible de mettre fin à la mode ?

- Justin Burford : Non, et c’est pour ça que c’est un nom si bien trouvé ! C’est juste un concept, une idée. Elle est utopique, d’une certaine manière, et apocalyptique...

- Road Aravena : Et drôle !

- Justin : Ce nom sonne bien. Et il sert notre propos musical. Nous ne voulons pas de barrières, être confinés dans un type de musique précis. Je crois qu’un nom comme End Of Fasion attire l’attention des gens, les incite à deviner ce qu’on fait. Et puis ça un véritable sens, ce n’est pas comme si on s’appelait “The Quelque-chose”...

- Cherchez-vous à faire une musique syncrétique, une réunion de plusieurs styles ?

- Nick Jonsson (batteur) : Oui, tout-à-fait !

- Justin : Notre but est de prendre la musique telle qu’elle vient, je crois. End Of Fashion, c’est comme un voyage dans lequel on serait embarqués sans savoir où on va. Si nous pouvons continuer à créer de la musique, nous essayer à différents styles, on pourrait arriver réellement à la fin de la mode.

- Road : En espérant qu’on nous laissera le temps d’enregistrer suffisamment de disques pour essayer de le faire... C’est notre but avant tout : faire carrière !

- Pensez-vous que certains groupes se situent dans la même perspective que vous et arrivent déjà à jouer comme si la mode n’existait plus ?

- Justin : Je crois que la musique progresse tout le temps... Il y a tellement de groupes ! Je ne nous considère pas encore à ce stade et je ne raisonne pas en termes de carrière. Nous ne sommes pas un phénomène et je ne connais aucun groupe qui ait été un phénomène dès le départ. Mais si nous pouvions choisir d’imiter le parcours d’un groupe d’aujourd’hui, ce serait Radiohead. Ils correspondent à ce que nous voulons car, à leurs débuts, ils jouaient des choses très pop. Des morceaux comme Creep, The Bends ou My iron lung sont assez simples dans leur format. Mais ils ont prouvé qu’ils étaient des musiciens talentueux et ont réussi à se créer une solide base de fans. Et c’est là que tu peux jouer quelque chose de plus personnel, apporter des idées nouvelles et inattendues.

- Sur votre album, il y a une chanson qui me rappelle un peu Radiohead. C’est la dernière, Seize the day. Avec cette voix bizarre à la fin, on dirait qu’elle sort d’OK Computer...

- Justin : Merci.

- Globalement, j’ai trouvé que sur votre album, il y avait une grande différence entre des chansons assez graves, comme The game, Seize the day et d’autres beaucoup plus légères, comme Oh yeah ou Lock up your daughters. Pouvez-vous m’expliquer ces changements de ton ?

- Justin : Personne n’est de bonne humeur tout les jours. Ni de mauvaise humeur. De plus, tu peux très bien te réveiller de mauvaise humeur et vivre une des meilleures journées de ta vie. Pour nous, la musique est un reflet de l’humanité et elle s’adapte à toutes les personnalités, toutes les idéologies. Nous essayons d’explorer tout ce que la musique peut offrir et de l’exprimer.

- Road : Je repense à une femme qui nous a interviewés. On lui disait qu’on voulait surtout prendre du bon temps, et à la fin, elle nous a sorti un truc incroyable...

- Justin : Je lui ai demandé si elle interviewait beaucoup de groupes. Elle m’a répondu que oui. Alors, j’ai voulu savoir comment ils étaient, en interview, et là, elle me dit : “Beaucoup plus sérieux que vous” !

- Road : C’est fou quand même ! Pourquoi est-ce qu’on serait obligé d’être sérieux ? On peut très bien faire de la musique sérieusement, et c’est notre cas, travailler dur sur nos chansons, nos albums, nos concerts, mais ça ne nous empêche pas de nous amuser. Des chansons comme Oh yeah ou Lock up your daughters parlent de s’amuser ! J’écoute aussi des choses plus mélancoliques et dépressives, mais franchement, je crois que personne n’est dans cet état tous les jours.

- Justin : Et tous les groupes de la planète sont comme ça, même ceux qu’on croit les plus sérieux, comme Radiohead. Creep, c’était une blague, c’était ironique. Et cette chanson amuse encore Thom Yorke aujourd’hui ! En même temps, il laisse les gens prendre ses paroles comme ils le veulent : s’ils veulent les prendre au sérieux, qu’ils les prennent au sérieux... De mon côté, quand j’ai écrit le texte d’Oh yeah, qui est marrant, certes, je ne voulais pas vraiment parler de la joie de vivre. En fait, j’évoque la solitude qu’on peut ressentir en société, quand on se sent en permanence surveillé.

- Tes paroles évoquent souvent le mal-être adolescent, la difficulté de s’intégrer dans un groupe. C’est un thème qui semble t’avoir marqué...

- Justin : Quand j’étais petit, j’ai beaucoup voyagé et j’ai fréquenté des tas d’écoles différentes. Au lycée, c’était pareil. Du coup, j’ai toujours eu du mal à me faire des amis et à les garder, sans parler des problèmes avec les filles... Mais bon, je pense que tout gamin connaît ça ! Même le type le plus populaire du lycée doit se sentir mal dans sa peau, au fond. C’est une expérience humaine très commune, mais on met beaucoup de temps à la dépasser.

- Pour en revenir à votre son, j’ai trouvé qu’il était très marqué par les seventies, surtout la guitare. Quels sont tes guitaristes favoris, Road ?

- Road : Quand j’ai commencé à travailler sur les chansons de Justin, j’étais complètement dingue de George Harrison. Un de mes amis avait un gros livre avec toutes les partitions des Beatles, y compris celles de la basse et de la batterie, et on les bossait pendant des heures. Stylistiquement, c’est de là que je viens, et des chansons comme Rough diamonds ou Lock up your daughters en conservent la trace. Mais pour des choses comme The game, je me suis inspiré de groupes plus actuels comme les Queens Of The Stone Age. Ce n’est plus la mélodie qui compte, mais la façon dont je colle au riff. L’essentiel est là, ça n’a pas besoin d’être très compliqué. La chanson doit parler d’elle-même : je peux jouer du Harrison ou du Hendrix si j’en ai l’opportunité, mais pour nos nouvelles chansons, on a essayé de se tenir au courant de l’actualité. On a aimé les albums d’Arcade Fire, des Kings Of Leon ou de Franz Ferdinand. Celui-là, je l’écoutais tout le temps. La façon dont ils arrangent leurs instruments me plaît bien, ça forme un bloc solide. L’un des guitaristes se cantonne à une rythmique basique, l’autre joue les parties mélodiques, et ils se tiennent à ces rôles respectifs. J’aime cette simplicité, ça ne les empêche pas d’avoir un gros son !

- Vous tournez à deux guitares, sur scène ?

- Road : Oui.

- On en entend beaucoup plus sur l’album : sur certains de vos morceaux, il y a au moins trois ou quatre pistes de guitares, plus des claviers et un chœur, sur Seize the day. Comment adaptez-vous vos morceaux à la scène ?

- Justin : Il suffit de se concentrer sur les éléments les plus importants des chansons. Quand tu enregistres un disque, tu veux toujours qu’il ait le plus gros son possible. En live, le son est fort, de toute façon, c’est dans l’essence de la musique rock. Mais tu as moins d’espace. C’est à nous de choisir quelles parties on a envie de traduire pour la scène, en tenant compte de problèmes pratiques. Vu que je chante presque tout le temps, je ne peux pas me permettre de jouer des choses trop compliquées, sinon ça me distrait. La plupart des chansons peuvent très bien être jouées par une seule personne à la guitare sèche, sans rien perdre de leur idée. Mais à quatre, notre but est de leur donner toute l’énergie qu’on peut. Dans cette perspective, la guitare n’est qu’un outil d’appoint. En quelque sorte, on pourrait dire que Nick, Tom et moi dessinons les contours des morceaux, tandis que Road leur donne une couleur.

- Road : L’an dernier, quand on répétait pour la scène, on s’est posé beaucoup de questions à propos de chansons comme Lock up your daughters, qui ont beaucoup de pistes de guitare, et où Justin joue du piano. On essayait de conserver tout ce qu’on pouvait et un jour, après des heures, j’ai fini par trouver mon son en sélectionnant une petite piste du deuxième couplet, qu’on entend à peine sur l’album. Je l’ai simplifiée et ça donne à peu près ce que je joue sur scène. Tu sais, les meilleures idées te viennent sur le moment : tu peux interpréter le morceau comme tu l’entends, à partir du moment où tu restes dans la même excitation que le public.

- Vous avez l’habitude d’improviser ?

- Tom King (bassiste) : Non !

- Justin : Pas vraiment, on n’est pas un groupe de jam...

- Road : Mais quand quatre personnes jouent tout le temps ensemble, elles apprennent à beaucoup mieux s’écouter. Aussi, quand Nick, Tom ou Justin joue quelque chose d’inattendu, on peut faire partir le morceau sur des bases différentes.

- Justin : J’aime bien quand Nick se lâche à la batterie, quand il part sur un tempo ou un rythme différent, quitte à nous surprendre (Rires). C’est grâce à ça que les choses restent intéressantes : ça fait des années qu’on joue les mêmes morceaux, il nous faut du nouveau, sinon on s’ennuie à mourir sur scène et les gens le ressentent. Ils ne peuvent pas s’amuser si tu ne t’amuses pas.

- Vous tourniez en Australie ces dernières années ?

- Justin : Constamment.

- Et où allez-vous jouer ces prochains mois ?

- Justin : On retourne au pays pour faire un ou deux lives à la télé. Ensuite, on va au Sud et au Sud-Ouest du continent, puis on part aux Etats-Unis, avec le groupe Metric. On a quelques dates au Japon, puis on revient en France.

- Road : L’Australie, c’était le plus simple pour démarrer pendant qu’on enregistrait l’album. Maintenant, je pense qu’on est comme tous les groupes, si on a l’occasion d’aller jouer dans un autre pays, pour des gens différents, on ne va pas s’en priver ! C’est pour ça qu’on va sûrement laisser passer un peu de temps avant d’attaquer l’album suivant (Rires)... Peut-être à la fin de l’année. Il faut savoir saisir les occasions, quand elles se présentent !

- Envisagez-vous d’enregistrer un album plus long que celui-ci ?

- Justin : A l’origine, on voulait douze chansons et le producteur en voulait dix. Alors, on a coupé la poire en deux et on est arrivé à onze.

- Que pensez-vous de cette habitude de sortir des albums de plus en plus courts ?

- Tom : C’est vrai que c’est très tendance... Quand on écoute Aha shake heartbreak, des King Of Leon, on a l’impression que l’album dure six minutes ! (Rires)

- Road : C’est du vrai travail à la chaîne !

- Justin : Je ne crois pas qu’on s’inscrive dans cette tendance. En tout cas, ça ne dépend que de nous. Si pour le prochain album, nous ne sommes contents que de dix chansons, il n’y aura que dix chansons dessus. Mais j’espère que ce ne sera pas le cas. J’aimerais qu’on puisse en choisir, disons, douze ou treize...

- Une dernière question : sur votre album, vous avez des morceaux assez agressifs, mais aussi pas mal de ballades comme Rough diamonds ou Anymore. Vous considérez-vous davantage comme un groupe pop ou un groupe rock ? De quelle côté feriez-vous pencher la balance ?

- Justin : Nous sommes un groupe de rock qui joue des chansons pop.

- Nick : Ou un groupe pop qui rock (Rires).

- Road : C’est curieux, beaucoup de gens se perdent dans ces définitions et n’arrivent pas à se situer, alors que la musique reste la musique et que les chansons ne sont que des chansons. Tout dépend du contexte dans lequel on les place, on peut faire n’importe quoi à partir de la même chanson : de la dance music, du Nine Inch Nails...

- Oui, c’est une vieille question... Pensez-vous qu’elle soit dépassée aujourd’hui ?

- Justin : Au contraire... Mais il y a tellement de genres de musiques qu’il est difficile de se repérer. Franz Ferdinand, par exemple, est un groupe pop atypique, parce que c’est en même temps un groupe de dance. Peut-on parler de dance-rock, à propos de la musique qu’ils jouent ? Ce n’est pas évident...

- Tom : Le rock au sens classique est devenu rare, et on a du mal à mettre des étiquettes sur les groupes. Il y a tellement de sous-genres !

- Road : Moi, je parlerais bien de clunk-rock (jeu de mots pouvant approximativement se traduire par « rock qui cogne »).

- Donc, il est difficile de définir votre musique ?

- Justin : Oui, et c’est assez frustrant d’ailleurs.

- Nick : Rock’n Roll, c’est pas mal comme expression !

- Road : Si on a du mal à définir le style d’End Of Fashion ou le son d’End Of Fashion, c’est aussi à cause de ce que disait Justin, du stade actuel de notre évolution. Cet album nous laisse un large panel de possibilités pour le prochain : on peut vraiment aller où on veut, faire ce qu’on veut. Peut-être pas de la dance music, encore que... pourquoi pas ?

- Justin : Et par ailleurs, si la musique existe, c’est parce que, justement, les mots ne l’épuisent jamais. Si l’on pouvait tout en dire, plus personne ne l’écouterait !

Lisez notre chronique de l’album End Of Fashion.



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Boris Ryczek





Il y a 9 contribution(s) au forum.

End of Fashion : "Si on pouvait tout dire de la musique, plus personne ne l’écouterait !
(1/1) 8 octobre 2012, par shahid34




End of Fashion : "Si on pouvait tout dire de la musique, plus personne ne l’écouterait !

8 octobre 2012, par shahid34 [retour au début des forums]

Everything depends on the context in which they are placed, you can do anything from the same song : the dance music of Nine Inch Nails ... Frases De Amor

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