Pop-Rock.com


Paris, 12 avril 2007
BABX : "Je pourrais faire dix chansons sur un baiser avec une nana, et dix avec une autre"
Interview

samedi 14 avril 2007, par Boris Ryczek

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Le premier album éponyme de BABX a été une des bonnes surprises de l’année 2006, en matière de chanson française. Ce fan évident de Ferré s’y révèle un parolier sensible et un arrangeur à l’éclectisme gourmand, mêlant violons cinématographiques, sonorités latino-américaines, guitares électriques et discrètes touches de hip-hop. C’est à l’issue de sa première tournée que nous l’avons rencontré, alors que le deuxième est d’ores et déjà en préparation.


- Pop-Rock.com : Ton album est sorti il y a un peu plus d’un an et depuis, tu n’as pas cessé de tourner. Quel rapport entretiens-tu avec tes chansons, après les avoir joué des dizaines de fois ?

- BABX : C’est à double tranchant. J’ai eu du mal à m’habituer au départ. Mais, dans le groupe, on essaie de faire évoluer le répertoire. On vient tous des musiques improvisées, donc on ne peut pas s’empêcher de faire les cons ! Mais ce qui est génial, c’est l’expérience humaine, la rencontre avec le public. C’est ça qui donne envie d’y retourner coûte que coûte ! Donc la tournée se termine après 80 dates, et on a tous un peu le ventre noué à l’idée d’arrêter. Ça a été une super bonne expérience.

- Il y a des chansons dont tu t’es lassé, à force de les jouer sur scène ?

- Oui, Secret Professionnel, par exemple... Dernièrement, elle me gonflait vraiment. Elle parle des curés pédophiles, je l’ai écrite il y a super longtemps et si je devais la réécrire aujourd’hui, je ne m’y prendrais pas du tout comme ça. Elle a un côté premier degré : j’ai 19 ans et je pousse un coup de gueule ! Musicalement, malgré tout, elle est assez intéressante, parce qu’elle peut nous emmener dans des trips à la Zappa. Tout dépend des dates : il y a souvent un canard boiteux qu’on enlève au dernier moment de notre set. On l’adapte à nos envies et à notre humeur du moment.

- Vous avez créé des chansons sur scène ?

- Oui, il y en a pas mal qu’on joue aujourd’hui et qui seront sur le prochain album. A peu près la moitié de notre set...

- Dans quel style sera votre prochain album ?

- Il sera moins fourni au niveau des orchestrations. On ne convoquera pas à nouveau l’orchestre symphonique. En fait, sur le premier album, j’avais invité tous mes potes avec lesquels je fais de la musique depuis 15 ans... et ça en fait beaucoup ! On va bosser en analogique, enregistrer live en partant de la base du groupe : guitare électrique, basse, batterie et piano. Les invités seront plus ponctuels. Ce sera plus physique et moins cérébral. Mon idée, c’est de faire un double album, avec un disque de ballades vraiment assumées et autre beaucoup plus rock et agité.

- On sent ce potentiel rock sur ton premier disque, mais on a l’impression que tu ne le pousses pas jusqu’au bout...

- Oui c’est vrai. J’avais envie de distinguer ces deux directions musicales pour pouvoir les exploiter à fond l’une et l’autre, sans faire ce compromis entre les deux. L’enregistrement de l’album avait aussi un peu lissé ce qu’on fait sur scène. On se sent toujours un peu timide derrière un micro, en studio, contrairement à la scène.

- Tu vas conserver ce genre d’arrangements, qui rappellent un peu Ferré ou Brel dans les années 50 et 60 ?

- En fait, je suis assez obnubilé par les arrangements à l’ancienne. Je pousserais même jusqu’aux années 30, dans le jazz ou la musique de cinéma. Je pense aux arrangements de cordes de Billie Holiday mais aussi aux films de Chaplin ou au vieil Hollywood un peu mélo. J’essaie de les adapter au sujet que je traite, en fait. Sur le premier album, les deux titres qui sont assez marqués par cet univers, c’est Lettera, qui parle du Loft, où j’ai essayé d’évoquer le Festival de Cannes dans les années 40 en poussant à fond le côté Nino Rota, et Bains De Minuit, sur les boat-people, où j’ai voulu faire des arrangements de cordes très hitchcockiens. Sur mon prochain album, je ne peux pas en dire plus, parce que je suis en train de l’écrire, donc je me réserve encore quelques surprises !

- De quels artistes tu te sens proche, dans la chanson francophone ? Est-ce que tu vois des gens qui pratiquent le même genre de fusion que toi, avec des arrangements à l’ancienne, du rock et un peu de hip-hop ?

- Ce serait prétentieux de te répondre : « personne », parce que je ne connais pas tout le monde. Mais c’est vrai que je recherche une identité qui me soit la plus singulière. J’espère qu’ils ne sont pas trop nombreux... Maintenant, il y a des gens que j’aime beaucoup, comme Loïc Lantoine, par exemple, qui m’a vraiment fasciné. En Belgique, il y a Arno. Sinon, c’est des anciens, comme Bashung.


- Dans tes chansons, tu fais beaucoup appel à la métaphore, aux comparaisons, à un style plutôt poétique. Du coup, tu es un peu en décalage avec toute cette génération de chanteurs qui décrivent le quotidien des gens... Comment expliques-tu ce choix ?

- Ça vient d’abord de mes lectures anciennes ou actuelles. Mes deux premières claques, ça a été Baudelaire et Rimbaud. Après, j’ai beaucoup écouté des mecs comme Ferré. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de creuser le langage, de donner du sens aux mots, de les déformer... C’est presque expérimental. Ce que je recherche, c’est l’espèce de transe que ça peut engendrer. Je ne me sentirais pas de simplement décrire des scènes du quotidien.

- Il y a deux chansons sur le même thème, sur ton disque, celui du baiser : Tes Lèvres et Quand Tu M’Embrasses...

- Oui, mais dans Tes Lèvres, de quelles lèvres parle-t-on ? (rires) Il y a une ambiguïté dans la chanson...

- D’accord, mais au-delà de cette différence, penses-tu qu’on puisse écrire un nombre infini de chansons sur le même thème ?

- Oui, tant que ce n’est pas un exercice de style... En fait, je pourrais faire dix chansons sur un baiser avec une nana, et dix chansons avec une autre. Ce n’est jamais la même chose. On n’épuise jamais les thèmes d’une chanson. Moi, je cristallise un moment. Pour comparer avec le cinéma, ça dépend de la façon dont tu places l’objectif, de quel côté du personnage tu es. Ça pourrait être intéressant, d’ailleurs d’écrire deux chansons sur un même sujets en changeant de point de vue. Si on prend encore une fois ma chanson sur le Loft, mon parti pris est de parler à la première personne, en me mettant à la place de cette fille-là qui attend l’amour, ou en tout cas quelque chose de la vie. On pourrait très bien se mettre à la place du jury et voir comment ils la jugent...

- La représentation médiatique de soi est un sujet qui te tient à cœur. On le retrouve dans Lettera comme dans Baby Silicone. Maintenant que tu t’es fait connaître et que tu t’es un peu frotté aux médias, quel regard portes-tu là-dessus ?

- Ma confrontation aux médias reste assez artisanale... Moi ce qui me sidère aujourd’hui, c’est qu’on vit vraiment là-dedans. On n’a jamais eu autant envie de devenir quelqu’un, une star, à partir de rien. Il y a la télé-réalité, mais Internet aussi encourage vachement ça, tous ces blogs de personnes qui essaient de prouver leur existence en criant une espèce de « j’existe ». On reçoit des millions d’infos et on veut rejoindre le courant à tout prix. Dans Baby Sillicone, il y a effectivement cette idée-là : donner sa vie pour qu’on parle de soi.

- Et donc, tu ne te sens pas menacé par cette médiatisation, toi ?

- Non, parce que moi, j’ai trouvé ma raison de vivre : c’est la musique. Je peux en faire chez moi ou sur scène, du moment que j’en fais, je suis content.

-  Sous Le Piano De Ma Mère est une chanson autobiographique, ce qui n’est pas tellement dans tes habitudes. Ça n’a pas été difficile, de la chanter sur scène ?

- Non, c’était émouvant. En fait, cette chanson m’est venue de façon un peu débile : un jour, j’ai vu mon chien sous le piano, et je me suis dit : « Dis donc, la place était prise avant toi ! ». Et je me suis remémoré toutes ces années où je regardais les jambes des gonzesses.

- Quels sont les derniers disques que tu as aimés ?

- Ça fait un moment que je n’ai pas acheté de disque... J’ai beaucoup aimé le dernier Tom Waits, même si je ne le trouve pas forcément aussi bon que Real Gone. Et puis le dernier Katerine, Robots Après Tout ! Je suis heureux que ce mec-là existe en France... J’ai vu un de ses concerts, où il parodiait Le Mépris de Godard en disant : « Et mon anus, tu l’aimes mon anus ? Et mon pubis, tu l’aimes mon pubis ? », ça fait du bien ! Il a un truc warhollien que j’aime énormément chez lui. Et bizarrement, il y a Diam’s qui m’a bluffé sur scène. Aux Victoires de la Musique, j’étais nominé et j’ai passé une soirée affreuse. Mais une personne m’a vraiment touché par son énergie et sa générosité, et c’était elle. Si, j’aime bien Abd al Malik...

- Diam’s et Katerine faisaient partie des quatre grands nominés de la soirée, mais ils n’ont rien eu : ce sont les deux autres qui ont tout raflé !

- Oui mais quelque part c’est bien, il faut rester outsider ! Et puis, ça reste les Victoires de la Musique, un truc inventé de toute pièce... Tu as une victoire, tu ne sais pas de qui ça vient. C’est assez étrange, ce truc.


- La playlist de BABX ?
Léo Ferré : Ton Style
Jacques Brel : Je Suis Un Soir D’Eté
Georges Brassens : Il N’Y A Pas D’Amour Heureux
Barbara : Septembre
NTM : Pose Ton Gun
Claude Nougaro : Rimes
Tom Waits : Watch Her Disappear
Björk : Hidden Place



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Boris Ryczek





Il y a 9 contribution(s) au forum.

BABX : "Je pourrais faire dix chansons sur un baiser avec une nana, et dix avec une autre"
(1/1) 8 août 2013, par rolex replica




BABX : "Je pourrais faire dix chansons sur un baiser avec une nana, et dix avec une autre"

8 août 2013, par rolex replica [retour au début des forums]

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