Pop-Rock.com


Bruxelles, 28 mars 2006
Anita Lixel : "J’adore les hommes belges !"
Interview

dimanche 16 avril 2006, par Jérôme Delvaux

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Si toutes les Australiennes sont comme Anita Lixel, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi autant d’Européens rêvent d’émigrer au pays des koalas et des kangourous. En plus de ses activités de mannequin et d’animatrice télé, cette véritable touche-à-tout du paysage audiovisuel bruxellois poursuit une carrière de chanteuse qui pourrait bien décoller grâce à sa signature chez Hysterias. En attendant la sortie de son premier album, annoncée pour la mi-mai, nous nous sommes retrouvés à l’Archiduc pour parler de musique et de chiffons devant un Gin Tonic. Extraits.

- Pop-Rock.com : Anita, avant toute chose, peux-tu m’expliquer ce qui fait qu’une Australienne vient se perdre ici, à Bruxelles ?

- Anita Lixel : Il y a une version longue et une version courte à cette histoire... (Rires) En bref, j’ai toujours beaucoup aimé voyager. Dès que j’ai commencé à travailler, j’ai eu envie de tenter ma chance à l’étranger. Je me suis fait engager par une société qui m’a envoyée à San Francisco. Après peu de temps, la patronne de cette boîte, qui était Belge, m’a fait transférer à Bruxelles. J’adorais San Francisco, mais quand je suis arrivée ici, j’ai vraiment eu un flash !

- Qu’est-ce qui te plait en particulier à Bruxelles ?

- En Australie, les gens sont très isolés. Il faut parcourir de très longues distances pour visiter d’autres pays, rencontrer d’autres cultures. Ici, c’est différent. De par la situation très centrale de Bruxelles, on peut facilement se rendre n’importe où : à Londres, à Paris, en Allemagne,... J’aime cette liberté. Cela fait sept ans que je suis arrivée ici. C’était le 25 avril 1999. Je connais la date par cœur car ce voyage a vraiment changé ma vie. (Rires)

- Et une fois arrivée en Belgique, tu t’es remise à la musique...

- Pas tout de suite. Quand je suis arrivée, j’ai d’abord cherché à me stabiliser professionnellement. Au bout de deux ans, la boîte d’informatique pour laquelle je travaillais a fait faillite et je me suis décidée à me remettre à la musique. J’avais fait partie d’un groupe en Australie. C’était un groupe de filles. On a joué quelques concerts puis on s’est séparées pendant l’enregistrement de l’album... Le groupe n’a pas résisté à la pression. Quand j’ai décidé de me remettre à la musique, j’ai préféré travailler en solo. Je me suis rendue compte que beaucoup d’artistes francophones cherchaient des paroles en anglais, et j’ai commencé à écrire des chansons.

- Mais tu chantes pourtant en français...

- Oui, le projet sur lequel je travaille actuellement a été créé par un parolier lyonnais. L’idée première du concept, c’était une sorte de cyber-pop en français, mais il cherchait une fille anglophone, pour l’accent.

- Où en est l’enregistrement de l’album ?

- On est en plein dedans ! Il nous reste encore quelques chansons à terminer... Normalement, l’album sera disponible à la mi-mai. Il sera distribué par Hysterias.

- Une des chansons de l’album, Game Boy, a été primée au concours Pure Démo, organisé par Court-Circuit et Pure FM. Tu t’attendais à être lauréate ?

- Pas du tout. J’ai commencé ce projet en 2003 et je crois qu’à l’époque les gens n’étaient pas prêts pour ce son, cet univers, ce côté kitsch, etc. Les radios me répondaient qu’ils ne pouvaient rien en faire. J’ai donc envoyé mon disque à Pure Démo sans trop d’espoirs...

- Pourtant, ils ont aimé. Tu as récolté des commentaires plutôt flatteurs de gens comme Rudy Léonet, généralement assez sévère,...

- Oui, et ça m’a fait beaucoup de bien. Honnêtement, j’étais dans une période un peu down et ces commentaires, c’était Waw ! C’était une vraie surprise car les gens du milieu de la musique ont souvent tendance à trop analyser ce qu’ils écoutent. Or, ma musique ne se prête pas vraiment à ça. Moi, je veux juste faire quelque chose de léger pour le public, pour les gens qui ont envie de sortir, de s’amuser, etc.

- Je voulais justement te demander si tout l’album était sur la même tonalité fun et légère que Game Boy...

- Il y a un peu de tout... C’est un mélange de cyber, de kitsch et de ce que j’appelle le girl power. Il y a une touche très féminine. Deux morceaux de l’album sont un peu plus deep, mais ce n’est pas ce que je préfère. J’aime les chanter mais, dans l’absolu, cette ambiance plus triste, ce n’est pas ce que j’ai envie de montrer.

- De peur de dévoiler quelque chose de trop intime ?

- Oui, tout à fait.

- En fait, j’y pense, tu es un peu un girls band à toi toute seule...

- Yeah, exactly ! (Rires) Pour le moment, en live, je chante sur une bande, mais ça ne me dérangerait pas d’avoir un groupe de filles qui joue avec moi sur scène. Peut-être plus tard.

- Est-ce que tu ferais du play-back si on te le demandait ?

- Non, je ne l’ai jamais fait. On me l’a déjà demandé, mais j’ai répondu no way ! En télévision, ça arrivera peut-être, je n’aurai pas le choix. Je sais que Label One, sur Télé Bruxelles, par exemple, c’est du play-back. Sinon, c’est marrant, il y a parfois des gens qui m’ont vu en live et qui m’ont dit qu’ils pensaient que je faisais du play-back, ça veut donc dire que je chante bien. (Rires)

- Sur scène, tu te présentes toujours dans des tenues très exubérantes, avec des couleurs très flashy...

- Oui, j’aime beaucoup les couleurs. A la Boutik Rock, j’avais choisi une tenue colorée mais d’inspiration plus gothique... C’était bien, mais je ne sais pas si je le referai. (Rires)

- Tu crées toi-même tes costumes de scène ?

- Au départ, oui, c’était moi. Maintenant je me fais aider et conseiller par un styliste et une maquilleuse. C’est un travail d’équipe.

- Tu es bien entourée, y compris en studio...

- Oui, sans Kevin Moran, mon producteur, je ne serais nulle part... Sans le parolier non plus d’ailleurs.

- Est-ce que tu te reconnais dans les paroles un peu provocatrices et sexy de Game Boy ?

- Oh yeah ! La première fois que j’ai lu le texte, qui n’avait même pas encore de titre, la première ligne c’était « fais bouger ton joystick ». (Rires) Quand j’ai vu ça, je me suis dit that’s me !, et j’ai directement insisté pour faire un test micro... J’étais très emballée !

- Tu n’as pas peur d’avoir un sticker « Parental Advisory » sur ton CD ?

- Oh no, darling. Ce serait un chouette sticker, je crois. (Rires) Non, franchement, je n’ai pas pensé à ça.

- Je dirais que les paroles de Game Boy me font un peu penser au double sens des Sucettes à l’anis de Gainsbourg...

- Oui, on m’a parlé de cette chanson, mais je ne suis pas certaine de la connaître.

- La différence, c’est que France Gall, qui chantait cette chanson, n’avait pas compris le sens sexuel des paroles...

- Ah bon ? (Rires)

- Oui, pourtant dans le clip, on voyait des grandes sucettes qui dansaient autour d’elle...

- (Rires) Ce double sens, ce n’est pas quelque chose que tu trouveras dans toutes mes chansons. Ce qui me plaît, c’est que c’est du domaine du fantasme, mais pas du real world. Je n’aime pas le « monde vrai ». Je n’aime pas ce qui est blanc ou noir. J’aime la légèreté. Je suis attirée par les choses légères et colorées. Je vis une grande histoire d’amour avec les couleurs...

- Ta musique, en plus d’un aspect très do it yourself, a un côté pop qui évoque Kylie Minogue et Madonna. C’est le genre de musique que tu écoutes ?

- Kylie, oui ! Surtout son album Fever, je l’adore.

- Pour te décrire, sur Pop-Rock, j’ai écrit « Kylie Minogue trash »...

- Oui, j’ai vu. C’est pas mal. Même si j’essaie toujours de trouver un autre mot que trash,... sans vraiment y parvenir.

- Et Madonna ?

- Madonna, c’est le girl power ultime. Je crois que par rapport à ce qu’on veut montrer et donner au public, elle et moi, on a la même envie. Je ne suis pourtant pas fan de tout ce qu’elle fait. J’aime beaucoup son énergie mais moi, je n’ai pas forcément envie de montrer mes nichons. (Rires)

- Et à part ces deux divas, qu’est-ce que tu écoutes chez toi ?

- Ca dépend de mon humeur... J’ai adoré l’album Without you I’m nothing de Placebo, mais je n’ai pas encore entendu leur dernier. Sinon, ce que j’écoute en boucle, c’est The Cure, Depeche Mode, etc. Tout ce qui comporte une mélodie très forte. Et quelques groupes australiens assez peu connus par ici...

- J’ai l’impression que la scène musicale australienne est assez méconnue en Europe. On a un peu tendance à la résumer, outre Kylie et INXS, à Jason Donovan et, pour le côté plus obscur, à Nick Cave.

- (Rires). Oui, tu as raison. C’est dommage.

- De qui te sens-tu la plus proche ? De Nick Cave ou de Jason Donovan ?

- De Nick Cave, bien sûr ! (Rires) Jason Donovan, c’est un ex de Kylie, mais il est trop clean. Michael Hutchence aussi, c’est un ex boyfriend de Kylie d’ailleurs...

- Tu es fan d’INXS ?

- Non, pas vraiment, mais je serais sans doute sortie avec Michael Hutchence si j’en avais eu l’occasion. (Rires) C’était un vrai sex symbol !

- Et la musique punk, ça te branche ?

- Ca dépend. J’adore l’attitude punk. Ma définition du punk, c’est tout ce qu’on peut faire qui ne fait pas forcément partie de la tendance du moment. Est-ce que tu ne crois pas qu’aujourd’hui, aimer Christina Aguilera, par exemple, même sa période la plus commerciale, et le revendiquer, c’est réellement une attitude en marge ?

- Oui, c’est certainement plus difficile à défendre que de se dire fan des Arctic Monkeys...

- Exactement.

- Le dernier groupe qu’on a interviewé sur Pop-Rock, c’est End of Fashion, un groupe rock australien. Tu les connais ?

- Non, mais si c’est un groupe assez récent, c’est normal, car j’ai quitté l’Australie depuis longtemps et je ne suis plus trop ce qui s’y passe. L’interview est déjà sur le site ? J’irai voir !

- Tu assistes à beaucoup de concerts ?

- En ce moment, non. Je travaille beaucoup et avec l’enregistrement de l’album, je n’ai plus énormément de temps. D’ailleurs, j’ai écrit sur mon blog que si on me croisait à Bruxelles le soir, il fallait absolument me renvoyer chez moi ! (Rires)

- Outre Bruxelles, tu aimes beaucoup Londres, je crois...

- Oui, j’y suis allée plusieurs fois. Si j’étais riche, London, c’est give it to me ! J’adore.

- Moi, j’y retourne ce week-end...

- Ah oui, c’est vrai, tu vas voir Depeche Mode. J’ai lu ça. You bastard ! (Rires) Moi quand je vais à Londres, c’est chez des amis. J’ai rencontré des gens en Angleterre grâce à MySpace. En fait, grâce à MySpace, j’ai désormais des amis un peu partout dans le monde ! (Rires)

- Surtout à Bruxelles !

- Oui, j’adore les Belges. Honnêtement.

- Surtout les hommes ?

- Les hommes belges, j’aime beaucoup. I won’t hide it ! (Rires)

- Qu’est-ce qu’ils ont de plus que les autres ?

- Ils sont assez peu machos, en tout cas extérieurement. Ils ne sont pas pour autant trop corrects. Ils sont sympas, mais pas ennuyeux. Ils sont totalement uniques, en fait.

- A Bruxelles, en plus de la musique, tu fais de la télévision. On t’a vu sur Plug TV et sur la chaîne flamande TV-Brussel...

- Yes. Les émissions sur TV-Brussel sont en anglais sous-titré car je ne parle pas le néerlandais.

- Il me semble pourtant t’avoir vu interviewer Rim-K en néerlandais...

- C’était de la television magic, ça. (Rires) Des petites phrases préparées. Même si cela fait neuf mois que je me dit que je dois apprendre la langue, je ne la maîtrise pas encore.

- L’exercice de l’interview, quand c’est toi qui tient le micro, c’est quelque chose que tu aimes faire ?

- J’ai parfois eu le trac quand je travaillais pour Plug TV, car le producteur me demandait surtout de faire quelque chose de très visuel. La forme comptait plus que le fond. Un jour, j’ai fait une interview dans une piscine avec deux membres de Rammstein totalement nus. Là, j’avais le trac ! (Rires) Quand je suis rentrée au bureau après pour visionner les cassettes, j’étais entourée de femmes toutes excitées. Sur le moment même, quand j’étais dans l’eau, je les regardais droit dans les yeux car j’étais tellement nerveuse... (Rires)

- Tu as rencontré Felix da Housecat aussi...

- Oui. J’étais nerveuse également, je crois qu’on l’a vu sur les images, car c’était la toute première émission pour TV-Brussel. J’ai dû attendre 6 heures du matin pour le rencontrer, il était donc très fatigué. Ce soir-là, avant de venir mixer au Dirty Dancing, il s’était produit dans une autre discothèque à Liège, ou ailleurs, je ne sais plus. Il était donc crevé et avait surtout envie d’aller dormir. (Rires)

- A l’antenne, tu donnes l’image d’une grande nightclubbeuse. C’est le reflet de la réalité ?

- Je l’ai été, oui. Maintenant, je me suis un peu calmée. Quand on travaille le jour, ce n’est pas évident d’encore vivre la nuit. Mais quand je sors, il m’arrive encore d’être très scandaleuse...

- Scandaleuse ?

- Pas tout le temps. (Rires) Mais j’aime faire la fête à fond, oui, boire un verre, danser... Si j’ai bu du Champagne, là, je ne réponds plus de rien ! (Rires)

- Tu es une fille à Champagne, toi ?

- Oh yes !

- Comment fais-tu pour rester aussi mince ?

- Rien ! Je ne fais absolument rien.

- C’est la drogue ?

- Même pas. Je ne fais pas de sport, rien. C’est de famille. Chez moi, nous sommes tous très minces.

- Tu as un look très college girl aujourd’hui...

- Yeah ! C’est pour plaire aux nerds qui lisent ton site. (Rires) Non, sérieusement, j’adore les cravates. Dans les années 80, à l’école, je portais presque toujours des cravates...

- On parlait de MySpace, tout à l’heure, j’ai l’impression que tu es accro au net...

- Oh oui, totalement. C’est horrible !

- Sur ton site officiel, tu dis que tu aimes les geeks. C’est sérieux ?

- Oui, j’aime beaucoup les geeks hardcore. (Rires) J’ai peut-être été trop attirée par les informaticiens pendant mes études. J’y ai rencontré des geeks et des nerds qui étaient de vrais stéréotypes, y compris au niveau de leur look. Contre tout attente, je les trouvais sympas et j’aimais particulièrement le fait qu’ils ne soient absolument pas machos. Ce sont des gens passionnés et ça, ça me plait aussi. En ce qui concerne MySpace, pour moi, ça devient une vraie drogue !

- Est-ce que tu as découvert de chouettes groupes sur MySpace ?

- C’est une bonne question, ça. (Rires) Oui, j’ai découvert quelques très bons graphistes. En musique, je n’ai pas vraiment eu de coups de cœur, à part l’un ou l’autre groupe de rap français. En fait, MySpace est surtout un moyen d’être facilement en contact avec mes amis. Les L-Fêtes, par exemple. C’est un duo de DJettes bruxelloises que j’adore. Elles seront à l’honneur dans ma prochaine émission sur TV-Brussel !

- Je crois qu’il me restait une question, mais je n’arrive plus à relire mon écriture calamiteuse. Ce sera pour une prochaine fois...

Anita Lixel sera en concert à Bruxelles, au Soho Club (anciennement Le Bal), boulevard du Triomphe, le 12 mai à 22h30.

Egalement à l’affiche : D.A.D.I.M., Alton Miller, Murvin Jay, Sweatshop et Steph X.

- www.anitalixel.com
- www.myspace.com/anitalixel

Photos : (c) Philippe Carly (www.newwavephotos.com). Droits réservés.





Jérôme Delvaux