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The Rolling Stones : "Let it bleed" Requiem for the sixties dimanche 17 février 2008, par |
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Let it bleed, à l’instar de Beggar’s Banquet, Sticky fingers et Exile on Main Street, fait partie du quatuor incontournable de la discographie des Rolling Stones. Quatre albums étalés sur quatre années qui parvinrent à révéler les Rolling Stones autrement que comme un groupe de scène et de singles. Retour sur un des tous grands disques de la fin des années 60.
Grand disque parce qu’il voit le jour en plein cœur de la période la plus torride des Stones, celle où les albums de haute qualité se succédaient à un rythme effréné. Celle également où, d’excès en décès, leur réputation sulfureuse atteignait son point paroxystique. Let it bleed, au nom prédestiné également, puisqu’il fut publié entre deux événements tristement marquants de l’histoire personnelle du groupe : la mort de Brian Jones, retrouvé noyé dans la piscine de sa propriété anglaise le 3 juillet 1969 et celle de Meredith Hunter, un jeune spectateur noir tabassé à mort par les Hell’s Angels du service de sécurité des Stones au festival d’Altamont, le 6 décembre de la même année. Deux évènements qui, parmi d’autres, sonnèrent le glas des Golden sixties et des utopies qu’elles véhiculaient. Enregistré à la fin de l’année 68, Let it bleed demeure malgré tout le dernier témoignage d’un Brian Jones déjà en pleine déconfiture. L’ancienne figure de proue des Pierres qui roulent trouva quand même la volonté de participer à l’enregistrement de deux morceaux, jouant de la harpe sur You got the silver (par ailleurs premier morceau chanté intégralement par Keith Richards, l’ingénieur du son ayant malencontreusement effacé la version de Jagger) et des percussions sur Midnight rambler. Mick Taylor, son futur remplaçant, fait également une apparition discrète sur quelques autres compositions. La tendance dominante qui se dégage de Let it bleed peut surprendre. Influencé par ses virées londoniennes en compagnie d’un Gram Parsons qui souhaitait plus que jamais réconcilier country-music, folk/rock et rythm’n blues, Keith Richards venait de prendre goût à la musique country et contribua pour beaucoup à l’orientation très roots de cet album souvent considéré comme le plus « Richardsien » des grands disques des Stones. En témoigne pour commencer une chanson qui tape ouvertement dans ce dernier registre, Country honk (dont une version électrisée et énergisée deviendrait le célèbre Honky tonk woman) mais aussi Love in vain, méconnaissable cover country d’un vieux blues de Robert Johnson. Cette reprise, plus surprenante que réellement touchée par le génie, bénéficie toutefois de la présence de Ry Cooder à la mandoline et d’un Mick Jagger qui singe avec quelque talent le bouseux du Vieux Sud. La nouvelle marotte du guitariste se ressent en tout cas tout au long de l’album, solidement arrimée au vieux fond blues cher au groupe, dont la plus belle tentative s’incarne dans le lancinant Midnight rambler (consacré à Albert De Silva, le célèbre étrangleur de Boston). Avec son rythme très pur et son utilisation inspirée de l’harmonica, jamais les Stones n’ont été aussi près d’égaler leurs modèles du delta du Mississipi. Quant à la chanson-titre Let it bleed, elle m’a toujours donné l’impression de tirer quelque peu en longueur, en dépit de quelques accents intéressants. Ses paroles violentes et hautement sexuelles ne sont aujourd’hui plus suffisantes pour lui assurer l’accès au sanctuaire des morceaux incontournables des Rolling Stones. La facette plus rock des Stones n’a heureusement pas été jetée aux orties, et ouvre d’ailleurs l’album de la manière la plus éblouissante qui soit avec le monumental Gimmie shelter, inoubliable ode apocalyptique à ces temps troublés. Ce morceau décapant, dont les premières notes sont reconnaissables entre mille, ne serait pas ce qu’il est s’il ne se trouvait magnifié par la voix gospel de la chanteuse Merry Clayton, dont la légende raconte qu’elle fit une fausse couche peu de temps après cette interprétation à fleur de peau. Légende urbaine certes, mais à laquelle on pourrait presque accorder foi tant ce morceau - le plus grandiose jamais composé par le groupe ? - a le chic pour vous filer la chair des poule dès les premières secondes. Deuxième sommet rock de Let it bleed, ce Monkey man qui, outre le fait de faire subitement resurgir le souvenir d’un épisode de 21 Jump Street, libère un torrent de phéromones à la fois animales et sensuelles. Au terme de l’album, impossible de faire l’impasse sur le fameux You can’t always get what you want, ambitieux mélodrame long de près de huit minutes croulant sous les chœurs et les cuivres. Si la maîtrise des Stones sur cette symbiose entre R&B et une architecture sonore presque baroque est admirable, cette célèbre composition ne m’a personnellement jamais beaucoup enthousiasmé. Les grands albums des Stones ne sont finalement pas si nombreux et il serait criminel de passer outre cette excellente cuvée 69, qui donne un aperçu assez exhaustif des multiples talents des Rolling Stones tout en conservant une relative constance dans la qualité de son contenu. Comme en rendra compte avec brio le live de l’année suivante, le très acclamé Get yer ya-ya’s out, que ce soit dans une veine sereine ou fébrile, Richards et Jagger y sont en tout cas au sommet de leur art. |
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