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The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"
Le Saint-Graal ?

lundi 17 novembre 2008, par Marc Lenglet

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L’idée de départ de Sgt. Pepper provient d’un constat simple : les Beatles en ont plus qu’assez de la scène. Les conditions techniques de l’époque limitent fatalement les possibilités de présenter au public quelque chose de complexe. Les quatre Liverpudliens fourmillent d’idées mais doivent se cantonner à composer ces bluettes et autres pop songs simples qui sont les seules à offrir un rendu convenable sur scène. Cette simplicité obligatoire pèse de plus en plus sur le moral du groupe...

Il est vrai que l’époque est propice à nourrir d’autres ambitions : chacun à leur manière, Bob Dylan, les Beach Boys et Frank Zappa repoussent continuellement les limites de la musique populaire. Les Beatles ne peuvent pas décemment rester en dehors de cette révolution artistique. Décision est donc prise de cesser de se plier aux exigences des tournées, ce qui, prosaïquement, signifie arrêter tout simplement de tourner. Délivrés de cette pression commerciale, les Beatles s’enferment dans les studios d’Abbey Road et entament le processus de création de ce qui serait parfois considéré plus tard comme l’album le plus incontournable de l’histoire du rock. Facétieux et désireux de se moquer des patronymes à rallonge de certains groupes américains, ils inventent le Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, un groupe fictif qu’il enverront en tournée à leur place.

Les articles à la précision monomaniaque relatifs à Sgt. Pepper foisonnent un peu partout sur le web. Rien que quand on songe que les dernières secondes de l’album (constituée d’un son aigu uniquement audible par les chiens et, sur vinyle, d’un sillon qui répétait à l’infini un collage de phrases incompréhensibles) ont alimenté les spéculations durant des décennies, revenir de manière exhaustive sur les multiples détails, méthodes de travail et influences qui ont façonné Sgt. Pepper nécessiterait quelques milliers de page. Mais la richesse et la qualité de l’album ne font aucun doute, et une simple écoute suffit pour s’en assurer.

Grâce à cette débauche d’effets spéciaux, ces arrangements luxueux et originaux et bien évidemment, au sens mélodique toujours intact de ses géniteurs, Sgt. Pepper fut un triomphe avant même sa sortie, une consécration durant les années qui suivirent, et une sorte de Saint-Graal dont il ne faut parler qu’avec révérence et humilité depuis lors (il suffit de constater le nombre d’articles parus dans la presse à l’occasion des quarante ans de sa sortie). Pourtant, je ne parviens pas à me persuader que Sgt. Pepper soit plus fondamental que d’autres albums sortis à la même époque. Zappa, pour ne citer que lui, réalisait des collages beaucoup plus audacieux (mais également beaucoup moins accessibles au commun des mortels). Le fait est que les Beatles furent quand même parmi les premiers à se lancer dans des développements artistiques aussi révolutionnaires (plus ou moins en même temps que Brian Wilson des Beach Boys, pour qui cette compétition amicale allait prendre une tournure dramatique) et que, en temps que groupe le plus célèbre et le plus apprécié au monde, leurs moindres faits et gestes étaient observés avec une attention maladive. Qu’ils composent Fixing a hole et tout le monde y décèle une ode à la drogue plus que la narration d’un après midi de bricolage domestique. Et Personne n’a jamais voulu croire que Lucy in the sky with diamonds tirait son inspiration d’un dessin naïf de Julian Lennon.

Je persiste néanmoins à avoir du mal à avaler la vulgate officielle et surtout, je doute que la stature de Sgt. Pepper ait si bien supporté le passage des ans qu’on ne voudrait le faire croire. Il est difficile d’évaluer avec justesse si les Beatles ont réellement produit des albums fabuleux, ou si ces albums étaient obligatoirement fabuleux parce que composés par les Beatles... De déterminer si c’est le groupe qui a nourri le mythe, ou si l’un et l’autre se sont mutuellement alimentés, y compris durant les années 60.

Le tandem Lennon-McCartney était à nouveau sur le pied de guerre, et ça s’entend. Au point que le dernier morceau, le mélancolique A day in the life est un medley d’une chanson écrite par Lennon et d’une autre écrite par McCartney. Unique exception à cette mécanique bien huilée : Within you without you est la contribution de George Harrisson à l’album, une ode mystique agrémentée d’un sitar avec pour mission de faire connaître l’œuvre de son ami Ravi Shankar en Occident.

Et il manque quelque chose à ce Sgt. Pepper pour se montrer tout à fait pertinent actuellement. L’album fonctionne un peu comme un vieux coffre à jouets découvert dans un grenier. La découverte, l’exhumation de son contenu est toujours fascinante, mais rien n’indique qu’on y trouver nécessairement un jouet réellement intéressant ou tout simplement en état de fonctionner.

Pourtant, de très belles compositions, Sgt. Pepper n’en manque certainement pas. With a little help from my friends par exemple, mais qui devrait attendre encore deux ans pour entrer réellement dans la légende, avec l’interprétation hallucinée de Joe Cocker à Woodstock. Ou encore l’inévitable Lucy in the sky with diamonds, à la postérité « paléontologique » bien connue. Moins emblématiques mais néanmoins charmantes sont l’amusant When I’m sixty-four (un moment à présent dépassé, et McCartney semble ne manquer de rien !), les envolées célestes de She’s leaving home ou le féerique Being for the the benefit of Mr. Kite et son collage farfelu d’orgue de barbarie, d’harmonium et d’harmonica. Et on pourrait même pousser le vice jusqu’à se souvenir que, parmi les chansons n’ayant finalement pas été retenues au montage final, on trouvait Penny Lane et Strawberry fields forever, rien que ça !



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Marc Lenglet





Il y a 9 contribution(s) au forum.

The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"
(1/6) 18 novembre 2008
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(2/6) 18 novembre 2008, par Ardéa
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(6/6) 17 novembre 2008, par Quentin




The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"

18 novembre 2008 [retour au début des forums]

Moi qui commençait à m’inquiéter de ne plus voir d’articles de M. Lenglet....
Me voilà rassurer. Je vous croyait disparu, remplacé par d’autres chroniqueurs, mais non. Vous refaites surface, et toujours en forme à ce que je vois.... Ravi de pouvoir vous relire à nouveau.
Bonne continuation !!

Fubuk

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The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"

18 novembre 2008, par Ardéa [retour au début des forums]

Le simple fait que Sgt. Pepper’s soit le premier album des Beatles chroniqué sur le site malgré le recul bienvenu de l’article, prouve à lui seul la puissance du mythe.

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The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"

17 novembre 2008, par Nobuko [retour au début des forums]

"Les quatre Liverpudliens fourmillent d’idées mais doivent se cantonner à composer ces bluettes et autres pop songs simples qui sont les seules à offrir un rendu convenable sur scène." Parce que Tomorrow Never Knows, sorti un an avant Sergent Peppers et de loin le meilleur titre des Beatles, était une bluette simple ? Faut réécouter la discographie des Beatles avant d’affirmer ce genre de chose.

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The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"

17 novembre 2008 [retour au début des forums]

Je ne sais pas si Sgt Pepper est le plus grand disque pop de tous les temps ! Difficile à dire. Pour faire une comparaison qui pourrait affirmer qu’Hendrix est effectivement le plus grand guitariste rock de tous les temps ? Par contre, on peut affirmer que ce disque quoi qu’il en soit qu’il fait partie de l’histoire du rock. Impossible de l’écarter car il est à lui tout seul une révolution. Mais je préfère de loin Revolver, Abbey road et le White Album qui sont musicalement bien au-dessus.
Mais culturellement Sgt Pepper les dépasse tous. Ce disque a quelque chose en plus indéniablement.

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The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"

17 novembre 2008, par Salt’N’Pepper [retour au début des forums]

Penny Lane et Strawberry Fields Forever n’ont pas été retenues pour "Sgt.Pepper" puisque sorties en single juste avant (la politique des maisons de disques à cette époque, était de ne pas faire doublon avec les titres parus en 45t). ces 2 morceaux sont à mon humble avis, meilleurs que la plupart des titres de "Sgt.Pepper", album qui m’a toujours paru un peu désuet dans la forme comme dans le fond. A Day In The Life est vraiment le morceau qui se détache du lot avec With A Little Help From My Friends (sur lequel Ringo chante admirablement bien !... ça n’a pas souvent été le cas !). Lucy In The Sky With Diamonds, Getting Better, Within You Without You et When I’m 64 sont de bons morceaux, mais le reste me paraît bien en deçà des compositions figurant sur "Revolver".
"Sgt.Pepper" est surtout devenu un mythe plus pour les circonstances et le contexte dans lequel il a été créé, que pour son contenu propre. "Rubber Soul", "Revolver" et "Magical Mystery Tour" possèdent bien plus de titres réussis que la majorité de cette pièce montée pas toujours digeste et ayant forcément bien vieillie !

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The Beatles : "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band"

17 novembre 2008, par Quentin [retour au début des forums]

Très bon article du fait du recul avec l’exaltation qui empare tout un chacun a l’évocation des Beatles et donc de la portée critique qui évite l’écueil fréquent avec ce genre de monument d’abandonner toute critique a une ode élégiaque.

Ceci étant dis,je n’ai que 19 ans et n’ai pas connu l’époque,mais ce disque est toujours une source de frisson et de plaisir.

(Ah !Et moi aussi j’ai du mal
a croire que Lucy in the Sky with Diamond ne soit pas une ode au LSD !)

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