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Public Image Ltd. : "Public Image (First issue)" Iconoclasme haut de gamme mardi 30 mai 2006, par |
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Public Image Limited, ou PIL, pour les initiés, fut sans le savoir le premier groupe de ce qu’on appelle aujourd’hui communément le « post-punk ». Emmené par John Lydon, alias Johnny Rotten, le chanteur des Sex Pistols (à côté de qui Pete Doherty passerait pour un premier communiant), PIL capture l’essence même du punk - la révolte, le chaos - tout en lui donnant une vraie substance (sans jeu de mot), tout aussi anticonformiste mais plus aventureuse.
Sorti quelques mois à peine après la dissolution des Sex Pistols, en 1978, First issue se démarque radicalement dès sa plage d’ouverture du genre que Rotten, Sid Vicious et leurs semblables ont contribué à créer. Là où le rock dit punk des Ramones et des Damned se caractérisait par des morceaux très courts et directs dépassant rarement les deux minutes trente (et à peine plus long pour les Pistols), Theme s’étire allégrement sur plus de neuf minutes. Quoi de plus surprenant quand on sait qu’un des objectifs (ou en tout cas une des conséquences) de l’émergence du punk en 1976/77 fut justement de balayer le rock progressif, ses longueurs, ses enchevêtrements alambiqués et ses interminables solos ? On peut parler ici d’un beau pied de nez de l’ancienne figure emblématique du mouvement punk britannique, John Lydon, aux codes du style qui en a fait une star. Son chant y est pourtant toujours aussi,... disons, déroutant. Constamment à la limite entre la folie furieuse et la possession, il hurle, scande et se laisse aller à quelques rires sarcastiques bien gras qui ponctuent cet aveu martelé : « I wish I could die ». A ses côtés, la section rythmique crée une atmosphère à la fois tendue et hypnotique. Le batteur, Jim Walker, et le bassiste, Jah Wobble, jouent de manière extrêmement lourde et pesante (les responsables de la maison de disques regretteront que la basse soit mixée aussi fort) mais néanmoins précise. « Personne n’écoutait la basse dans le rock avant PIL », dira plus tard John Lydon. Quant au guitariste, Keith Levene (un ex-Clash), il présente ici de longues parties expérimentales distordues et bruitistes qu’on devine partiellement improvisées et dont le son très caractéristique influencera notoirement The Edge de U2 et Geordie Walker de Killing Joke. Et il y a de quoi car ça dépote ! C’est du punk avec la puissance de Led Zeppelin mais en moins prétentieux, diront certains critiques de l’époque. Religion I, la deuxième plage, voit John Lydon endosser à nouveau son costume de provocateur préféré de l’establishment conservateur à l’occasion d’un des premiers exercices de spoken words du rock. Il déclame a cappella un texte injurieux envers la religion catholique. Les deux premières lignes, « Stained glass windows keep the cold outside / While the hypocrites hide inside », suffisent à poser le décor. L’église, accusée de mentir et de ne s’intéresser qu’à l’argent, en prend pour son grade. Les termes employés, blasphématoires et irrévérencieux (Lydon allant jusqu’à qualifier les prêtres de gros porcs cupides : « Fat pig priest / Sanctimonious smiles / He takes the money / You take the lies »), auront évidemment l’effet escompté auprès de bons nombres de croyants, pratiquants ou non, tant en Europe qu’en Amérique. Histoire d’enfoncer le clou, PIL propose ensuite Religion II, une version chantée et mise en musique du même texte haineux. Si quelques titres, comme Public Image et Annalisa (qui sera presque plagié par Nirvana sur Radio friendly unit shifter, en 1993), évoquent inévitablement le chaos sonore des Sex Pistols, d’autres s’aventurent dans des directions plus inattendues. C’est le cas de Fodderstompf, qui fait plus que surprendre. Ce morceau ressemble à s’y méprendre à un foutage de gueule dans les règles de l’art... et c’est en fait bien de ça qu’il s’agit. Sur un rythme psychédélique, à mi-chemin entre disco et dub, Jah Wobble répète inlassablement pendant près de huit minutes la même petite phrase (« We only wanted to be loved ») d’une voix moqueuse et enfantine. Le but ? Fournir à Virgin Records un album d’au moins quarante minutes, comme convenu contractuellement. Le morceau deviendra, dit-on, l’un des hymnes des soirées drag-queens des eighties et sera parfois, avec le recul, qualifié de tout premier titre acid-house de l’histoire. Pas mal pour une improvisation iconoclaste de quatre camés qui s’en sont foutu tellement dans le nez en studio qu’ils n’avaient plus assez d’argent pour produire une chanson décente... Un heureux accident de l’histoire, en somme. Au terme d’un enregistrement chahuté (on raconte que la moitié du budget dévolu à sa réalisation est partie en drogues), qui a notamment vu le groupe se faire exclure d’un studio et Jah Wobble tabasser l’assistant de l’ingénieur du son, Public Image Ltd. recevra pour son premier effort une volée de critiques toutes plus négatives les unes que les autres. Pas assez rock’n’roll pour certains, sans doute trop avant-gardiste pour d’autres, First issue ne trouvera grâce qu’aux yeux des fans. Il mérite aujourd’hui assurément d’être réhabilité car, avec son cocktail de guitares stridentes et de voix démentes, PIL a sorti un beau disque de junkies et peut-être bien inventé le gothic-rock avant tout le monde. En plus d’avoir fermement décrété l’arrêt de mort du punk. |
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