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Pink Floyd : "Wish you were here" De l’aube au crépuscule mardi 4 novembre 2008, par |
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Richard Wright ayant tiré sa révérence il y a peu, il n’y a plus vraiment d’espoir de revoir un jour Pink Floyd sortir un nouvel album. L’âge n’aidant pas, les membres restants ne feront plus parler d’eux désormais que dans les pages nécrologiques des journaux. Triste ? Assurément, mais il reste les disques, une discographie mammouthesque s’étalant sur plus de trois décennies. Et l’un d’entre eux mérite qu’on s’y attarde, trop longtemps écrasé par son illustre prédécesseur du côté obscur de l’astre lunaire...
En 1973, Pink Floyd a fait un carton avec son Dark side of the moon, enfin le groupe est starisé, porté au pinacle, Waters, Gilmour, Wright, Mason ont du mal à y croire mais les chiffres de ventes l’attestent, ils ont cassé la baraque. Deux ans plus tard, les compères se disent qu’il faudrait peut-être s’y remettre histoire d’assurer la retraite. Mais comment faire aussi bien ? Fatalement, tous les casse-couilles et autres jaloux de la terre entière vont leur tomber sur le râble si ils se plantent. Bien loin de leurs débuts, ils découvrent un truc qu’ils n’avaient pas encore vraiment subi auparavant, la pression. Celle de la presse, toujours en quête d’un os à bouffer, et celle du public, qui, con comme à son habitude veut toujours la même soupe. Alors plutôt que de faire un Dark side of the moon 2 qui sera forcément moins bon que l’original, les Floyd vont faire l’antithèse de leur machine à tubes. Dark side of the moon était grandiloquent, bourré ras la gueule de titres énormes et relativement accessible, Wish you were here sera nettement plus posé, presque intimiste. La longue intro en crescendo de Shine on your crazy diamond le démontre, le Floyd cherche à atteindre une certaine paix intérieure, apaiser l’orage, retourner dans le cocon protecteur d’un relatif incognito. Le célèbre prédécesseur avait cette pochette noire, ce prisme monolithique, centre de toutes les attentions. Cet album était fait pour être un succès interplanétaire. Son successeur se veut un retour au calme, pochette blanche, avec cette photo énigmatique qui laisse à chacun le soin d’y voir ce qu’il y souhaite. Cette longue intro, menée par la guitare de Gilmour qui, dans cet album atteint la quintessence de son art, est d’une beauté confondante. Faites un film avec un lever de soleil et mettez ce titre en fond sonore, ça colle direct, ça vous paraîtra évident que le monde renaît tous les jours sur l’air de Shine on your crazy diamond. Ce titre serait un hommage à Syd Barrett, débarqué du groupe à cause de son état mental de plus en plus inquiétant. Cette splendeur peut être passée en boucle, jamais on ne s’en lasse, tout est beau et apaisant là-dedans, pas une virgule qui dépasse, prodigieux. Après un tel moment, Welcome to the machine semble plus enlevé, bruitages de machineries en fond, presque « électro » et toujours ces splendides accords de Gilmour, les paroles sont superbes, bon cru, très bon cru. Là où je coince, c’est sur Have a cigar, l’intro est un peu lourde et la chanson dans son ensemble me semble plus datée que le reste de l’album, elle n’est pas mauvaise en soi mais peut-être est-ce le fait que ce soit Roy Harper et non Roger Waters qui chante sur ce titre, il dénote par rapport au reste. La rythmique, teintée de simili funk, mais ralentie est bien trouvée, avec un très beau solo de Gilmour sur la conclusion mais les nappes de synthé me gênent, trop banales. Un petit caillou dans cette pépite que ce Have a cigar. On se rassure bien vite avec le titre Wish you were here (oui, c’est le titre qui donne son nom à l’album mais non je ne dirai pas éponyme, ce mot est une abomination linguistique). Ondes de radio distordues, puis lent solo de guitare bientôt doublé par une seconde guitare plus puissante et la voix de Waters, parfaite d’ailleurs tout du long car chargée d’émotions qui lance la machine, un titre que je qualifierai de subtil, planant, fait pour voyager dans sa tête, coincé que vous êtes dans votre bureau rikiki entre le fax et votre site internet cochon. Si vous voulez headbanguer comme des malades, ce n’est pas la bonne adresse, cet album s’apprécie comme un bon Cabernet-Sauvignon, à l’ombre d’un cerisier dans un hamac, c’est le nirvana, une douceur orgasmique. L’album s’achève par Shine on your crazy diamond part. II. Si le part. I évoquait pour moi un lever de soleil, le part. II s’approche plus du crépuscule, logique me direz-vous, la musique est plus sombre, les claviers s’étirent, l’ambiance est moins à la glandouille. On imagine, ou plutôt j’imagine la faune sylvestre, sentant la nuit et donc le danger approcher fuir en silence en des lieux plus surs et attendre patiemment le retour du soleil. Les parties 1 et 2 méritent d’être écoutées à la suite l’une de l’autre car elles ont des ressemblances de construction évidentes mais dans le même temps n’ont absolument rien à voir, mystère mystérieux. En effet, au bout de quatre minutes, le refrain est de retour et confirme bel et bien la filiation entre les deux. Bel exploit. La chanson et de ce fait l’album s’achève comme il avait commencé, tout en retenue, les cymbales sont frappées à intervalles très longs pour appuyer cet effet de langueur déjà perceptible grâce aux claviers, à n’en pas douter, Pink Floyd est parvenu à créer le son de l’aube et du crépuscule. Dark side of the moon est un best-seller, mais Wish you were here a ce que Séguéla aurait appelé une Force Tranquille qui m’enchante nettement plus. Merci Richard pour accompagner encore ces douces nuits d’été en pleine campagne, attendant fébrilement que le diamant fou ne disparaisse de notre vue, pour renaître au matin suivant. R.I.P. |
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