|
|
Led Zeppelin : "Physical graffiti" De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace dimanche 6 janvier 2008, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
En 1975, Led Zeppelin est, à peu de choses près, le plus grand groupe de l’univers. Même la presse, traditionnellement indifférente - voire même hostile - au groupe britannique, ne peut plus se permettre de rester de marbre face à l’ampleur du phénomène. Led Zeppelin incarne dans son intégralité une certaine notion du groupe de légende. La fougue et la violence de leurs prestations scéniques font du Zep l’incarnation même du rock. La longueur de ces mêmes concerts et la tendance du groupe à déployer certaines de ses compositions sur plusieurs dizaines de minutes les imposent comme des virtuoses sans égal. Leurs trois premiers albums - plus indispensables les uns que les autres, faut-il le préciser - les ont non seulement présenté comme les champions de l’urgence et des riffs âpres mais aussi comme les musiciens en vue les plus à même de faire ressortir la sensualité féline du blues à travers le rock.
Continuant sur leur foudroyante lancée, Plant, Page, Jones et Bonham dévoilent sur leur quatrième album une nouvelle facette de leur art en sculptant quelques unes des sagas folk les plus gracieuses jamais imaginées (Stairway to Heaven et The battle of evermore pour ne citer que les plus célèbres), en connexion directe avec le Plan des fées et des lutins tolkienniens. Quant au Houses of the holy de 1973, il proposait quelques expérimentations funk et reggae assez surprenantes. Chez Led Zeppelin, chaque album se doit d’être plus grandiose, plus maîtrisé, plus accompli que son prédécesseur. Pour un groupe de leur calibre, toute stagnation équivaut à une condamnation à mort. Deux ans plus tard, afin d’asseoir sa domination sur le monde, le groupe n’hésite pas à recourir aux grands moyens : rien de moins qu’un double album pour un total de quinze morceaux, dont un peu plus de la moitié seulement ont été enregistrés spécifiquement pour Physical graffiti ; les autres compositions remontent parfois à un certain nombre d’années, à l’instar du très bel instrumental folk Bron-yr-aur et de l’efficace House of the Holy, étrangement écarté de l’album précédent qui portait pourtant le même patronyme. La réalité est plus prosaïque : plongé dans une tournée-marathon à la suite de Houses of the holy, Led Zeppelin n’aurait pas eu le temps d’enregistrer l’album dont il rêvait et, refusant de gaspiller la moindre de ses compositions, aurait raclé les fonds de tiroir pour gagner en quantité ce qu’il estimait perdre en qualité. En vérité, ni la quantité ni la qualité ne font réellement défaut à Physical graffiti. Cet étalement des morceaux dans le temps explique aussi la variété involontaire du chant de Plant qui, depuis son opération aux cordes vocales de l’année précédente, ne pu jamais retrouver totalement le timbre suraigu de ses jeunes années. Massivement acclamé à sa sortie et considéré encore aujourd’hui comme un des grands albums légendaires de l’histoire du rock, Physical graffiti déclencha, pour la dernière fois de l’histoire du groupe, une puissante vague d’hystérie zeppelinienne à travers le monde, ce qui entraîna la réintégration immédiate de tous les anciens albums du Zep dans les charts. Pourtant, Physical graffiti eut l’heur de déplaire à certains esprits chagrins. L’ambition forcenée du groupe à se surpasser, fut-ce en nombre de morceaux proposés, suscita quelques grincements de dents. Pour la première fois, Led Zeppelin semblait succomber à l’éternel dilemme entre le plus et le mieux. Conséquence inévitable de la surenchère quantitative, les morceaux n’atteignent pas systématiquement le niveau d’excellence minimale requise à propos de tout ce qui concerne le groupe. Si Led Zeppelin donne parfois l’impression de s’éparpiller, la vérité est toute autre. Physical graffiti, tout spécialement sur le second disque, administre une remarquable leçon de savoir-faire sur la multiplicité des sources d’inspiration du groupe et sur sa capacité à réactualiser pour le grand public des sonorités, des mélodies et des accords autrement réservés aux seuls spécialistes. Le premier disque, ramassé sur ses blues écorchés et sur l’impérial Kashmir, se suffit sans doute déjà à lui-même Il s’agit d’un album de Led Zeppelin dans la droite lignée des précédents et dans la plus pure acceptation du terme : une réécriture rock abrasive et disciplinée d’un vaste medley d’antiques blues, comme en témoignent les foudroyants Custard pie (inspiré du Drop down Daddy de Sleepy John Estes), l’inquiétant The rover et l’éblouissant Trampled under foot au rythme proprement diabolique - personnellement mon morceau préféré de ce double-album. Dans ce dernier cas, on ne sait à qui le morceau emprunte le plus. A Robert Johnson pour les métaphores sur le sexe et les voitures, à Stevie Wonder pour l’utilisation des clavinets ou au Long train runnin’ des Doobie Brothers pour le rythme général du morceau ? Peu importe, une fois encore, il s’agit d’un de ces monuments éternels à avoir façonné le trône sur lequel Led Zeppelin repose encore aujourd’hui. In my time of dying est la plus longue chanson jamais composée par le groupe, avec près de douze minutes et est elle aussi inspirée d’une antique morceau, en l’occurrence Jesus make up my dying bed de Blind Willie Johnson. Changeante, boursouflée, avec sa ligne de guitare ahanante et comme à bout de souffle et sa rythmique de fonderie, ce chef-d’œuvre est un des points d’orgue de la carrière du Zep même si on ne saurait la conseiller aux débutants en la matière, peu susceptibles de s’y retrouver dans cette symphonie kilométrique et déstabilisante. Plant hésitera à la chanter après son accident de voiture au cours de l’année 75 et la supprimera tout simplement de son répertoire après le décès soudain de son fils Karac deux ans plus tard. Et puis, il y a Kashmir évidemment. Kashmir, la pièce larger than life, le chef-d’œuvre ultime de Led Zeppelin des propres dires de Page et Plant, la symphonie mystique et brûlante à même de transporter n’importe qui sur les pistes battues par les vents de l’Asie centrale, en quête d’un Eden fantasmé. Premier signe de l’engouement de Plant pour les sons de l’Orient - qui ne le quittera plus à partir de là - Kashmir est l’un des rares morceaux du groupe à avoir nécessité l’emploi de musiciens de session. Ce sont eux qui, au violon, au violoncelle et au mellotron, enserrent le morceau dans des motifs musicaux marocains, indiens et moyen-orientaux. La lente montée en puissance de Kashmir reste en définitive l’une des plus grandioses qui soient à travers l’histoire du rock. Passons au sujet qui fâche : le second disque. Ici, la volonté d’éclectisme l’emporte clairement sur le génie. Si toutes les compositions ne sont pas entrées dans la légende, il n’en demeure pas moins qu’on y trouve tout de même amplement de quoi se sustenter : le très long et très atmosphérique In the light, et son intro jaillie des hautes terres écossaises dévorées de brume ; le sautillant rockabilly Boogie with Stu, influencé par Ooh, my head de Richie Valens, qui aurait lui-même un peu plagié le Ooh, my soul de Little Richard ; Down by the seaside, qui donne plutôt dans la ballade champêtre inoffensive, ou encore le râpeux Sick again, qui lorgne du côté du glam-rock . Le reste est effectivement beaucoup moins mémorable, à l’instar de Black country woman, une ballade folk assez insignifiante ou de Night flight, qui dégouline malheureusement un peu trop de claviers pour être honnête. Si on peut tiquer légèrement au vaste fourre-tout sans cohérence que constitue cette seconde galette, libre à chacun de le considérer comme une sorte de bonus-disc. Si on s’attache simplement à l’impact direct et à la force de persuasion de l’album - et à ce compte là, plus un album est long, plus il voit s’éloigner la possibilité d’entrer dans la légende - Led Zeppelin n’a probablement pas livré son chef-d’œuvre avec Physical graffiti. Il n’en reste pas moins que par sa démesure et le grand nombre de tendances développées en son sein, le sixième album studio de Led Zeppelin offre des possibilités d’écoute passionnantes, à l’instar de la carte d’un restaurant de standing : même si on ne va évidemment pas consommer tout ce que le menu a à proposer, on est tout de même très satisfait d’être face à une telle débauche de bonnes choses. Et puis, faut-il vous répéter qu’un album de Led Zeppelin, même un peu bordélique et - parfois - inégal comme peut l’être celui-ci, reste un album de Led Zeppelin ; un truc à côté duquel la majeure partie de ses propres contemporains (pour ne même pas parler des formations actuelles) n’a plus qu’à se faire petit, très petit, et à ne surtout pas la ramener au sujet de ce que doit être la grande musique rock... |
|||
|
|
|
Il y a 6 contribution(s) au forum. Led Zeppelin : "Physical graffiti"
(1/3) 18 février 2008 Led Zeppelin : "Physical graffiti"
(2/3) 7 janvier 2008, par Pédoncule Vengeur Led Zeppelin : "Physical graffiti"
(3/3) 7 janvier 2008 |
Led Zeppelin : "Physical graffiti" 7 janvier 2008, par Marc Lenglet [retour au début des forums]
Je ne voyais pas vraiment les deux chansons cités comme des références claires à Tolkien (pour ça, il y a Ramble on). J’utilise simplement le grand écrivain de manière adjectivale pour décrire quelque chose de totalement hors du temps, qui n’évoque aucune atmosphère en particulier (ni ouvertement celtique, ni germanique, ni asiatique,...) et qui s’éloigne des clichés de la fantasy trop prévisible.
Led Zeppelin : "Physical graffiti" 7 janvier 2008, par Quand on boit, on z’est plein [retour au début des forums]
Encensons, encensons, il en restera toujours quelque chose, fut-ce l’odeur entêtante qui cause la nausée. Passons sur le style et la syntaxe toujours déficients de Monsieur Lenglet pour déplorer qu’une fois de plus ce soient les cryorockeurs qui permettent aux chroniqueurs de s’approprier une culture rock directement importée des anthologies ou recueils du genre. Franchement, pas marre de ressasser du Zeppelin ? A moins d’avoir acheté son philishave hier, on sait qu’ils existent et ce qu’ils ont produit, pas besoin de piqûre de rappel tous les mois. Ca saoule, cette invocation des mânes du dirigeable dont il ne devrait rester que les qualités (relatives) de ses pilotes plus qu’un gigantesques catalogue de pillages et emprunts divers et avariés à des prédecesseurs que les éminents rédacteurs de ce site ignorent. Allez, le Hindenburg est définitivement crashé et les survivants doivent passer à autre chose. J’oubliais : Spiritual Ouistiti est un album moyen pour l’époque (comparez), qui a mal vieilli et supporte mal les comparaisons. Il est terne, sa production est plate et le son trop rauque. Retourne donc Irongemaisdents.
Led Zeppelin : "Physical graffiti" 12 janvier 2008 [retour au début des forums]
Torchons, torchons, ça essuiera toujours quelque chose...
En attendant je suis preneur d’une liste "des prédécesseurs que les (...) rédacteurs de ce site ignorent", visant moi-même à l’éminence. A propos d’éminence, m’est avis que votre postillon (non exempt de coquilles et lourdeurs), avec son final tordant-proche-du-slip, vous donne droit c’est prouvé à un aller-retour pour voir le pape avec l’autre nain-là...
|