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Kraftwerk : "Trans-Europe Express"
La froide marche du progrès

mardi 8 juin 2004, par Jérôme Delvaux


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Si 1954 est l’an zéro du rock, 1977 est l’année de ses plus importants tournants. A Memphis, Elvis Presley, devenu bouffi et caricatural, décède d’une overdose de somnifères. A Londres, le mouvement punk s’érige en contre-culture anarchiste et fait trembler l’Angleterre sur ses bases. Les Sex Pistols suscitent une révolution culturelle urbaine et une évolution radicale des moeurs. The Clash y signifie, via sa chanson "1977", la fin du règne des dinosaures du rock. A New-York, Television donne à la nouvelle vague florissante ses lettres de noblesse avec un album prodigieux, emmené par les deux premiers guitar heroes du punk. A Berlin, David Bowie publie les tomes I et II de sa ténébreuse trilogie et produit le plus sombre album d’Iggy Pop. A Manchester, Joy Division commence à répéter dans une cave, sous le nom de Warsaw. A Düsseldorf, Kraftwerk enregistre son meilleur album à ce jour. C’est ce dernier point qui nous intéresse aujourd’hui.

On parle souvent des Kraftwerk comme des grands-pères de la techno et des pionniers de l’electro. De fait, ils furent le premier groupe à faire un usage exclusif de synthétiseurs, et ce, dès le début des années 70. Devenu une valeur sure avec un LP comme Autobahn, le quatuor séduit un public d’intellectuels curieux et avides de nouvelles technologies. Leur influence sur des artistes comme Brian Eno et David Bowie n’est pas à démontrer. Le semi-instrumental V2-Schneider, qui figure sur Heroes, est directement dédié à Florian Schneider, tête pensante du groupe et co-producteur, avec Ralf Hütter, de Trans-Europe Express. Juste retour des choses, le concept même de l’album est inspiré par Station to station, le disque sorti par Bowie un an plus tôt. Avec une sonorité kraftwerkienne de locomotive samplée en intro et un jeu de clavier binaire, la plage titre Station to station, de plus de dix minutes, a considérablement marqué les Allemands. Les morceaux Trans-Europe Express et son enchaînement sans blanc, Metal to metal, qui font plus de quinze minutes, sont composés directement en réponse à ce modèle. Le bruit de la locomotive demeure ici tout au long des deux plages. Les percussions métalliques samplées, sons de basses et parties de claviers posées sur cette rythmique mécanique forment un tout menaçant, froid et martial. Les paroles, plus parlées que chantées, évoquent le passage du train par Paris, Vienne et Düsseldorf. Cette dernière étape est l’occasion d’un hommage à l’auteur de Station to station et à son inséparable compère de l’époque : « From station to station, back to Dusseldorf City, meet Iggy Pop and David Bowie ». Difficile de faire plus clair.

Sceptiques sur la question de la construction de l’Union européenne, Kraftwerk évoque le sujet dès la première plage avec Europe endless. L’Europe sans fin est ici présentée comme le mariage, je cite, de l’élégance et de la décadence. Mais qui est donc visé par l’adjectif décadent sinon la Grande-Bretagne ? La révolution punk évoquée ci-dessus existe pratiquement plus par l’attitude et par le look de ses représentants que par leur musique. Est-ce surprenant dans la mesure où c’est la styliste Vivienne Westwood qui s’occupe de la garde-robe des Sex Pistols et son compagnon, Malcolm McLaren, qui prémédite la plupart de leurs interventions politiquement incorrectes ? En cette époque de No Future, de chemises taguées et d’épingles à nourrices, Florian Schneider, Ralph Hütter, Karl Bartos et Wolfgang Flur tiennent à poser sur la pochette de l’album propre sur eux, bien coiffés, en costume et cravate. Pour se démarquer de ces voyous de Pistols, Clash, Buzzcocks, Stranglers et Damned mais aussi de Suicide qui mélange la même année attitude punk et sons électroniques.

Outre le look, la création musicale du quatuor est également à des années lumières de ce qui se fait alors à Londres. Bartos et Flur s’enregistrent cognant avec divers instruments sur des grandes plaques métalliques suspendues (procédé que reproduiront avec bonheur Gary Numan et Depeche Mode) tandis que Schneider et Hütter mettent au point des successions de boucles synthétiques répétitives (que n’ont eu de cesse de leur pomper tout le gratin de la scène techno de ces vingt-cinq dernières années). Florian y pose son imperturbable timbre de voix, pour un résultat novateur et résolument germanique.

Il fait un froid de canard sur ce Trans-Europe Express, œuvre à tout point de vue avant-gardiste. Outre l’aspect révolutionnaire de ses techniques, Kraftwerk peut également être crédité d’une certaine déshumanisation de la musique, la rendant tout à la fois moins chaleureuse, plus pesante et plus mélancolique. Un peu à l’image de la société qui l’entoure... De Bowie à Laurent Garnier, en passant par Depeche Mode, Front 242, Moby, New Order, Prodigy et les Chemical Brothers, les recettes kraftwerkiennes feront nombre d’émules pendant plus de deux décennies. Retourner aux racines de ce en quoi on croit est souvent utile et parfois indispensable. Au vu du succès de tous ces héritiers du son de Düsseldorf, le Trans-Europe Express n’est pas près de rentrer en gare...

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Jérôme Delvaux





Il y a 9 contribution(s) au forum.

Kraftwerk : "Trans-Europe Express"
(1/4) 30 octobre 2006
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(2/4) 23 septembre 2006
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(3/4) 4 septembre 2006
> Kraftwerk : "Trans-Europe Express"
(4/4) 15 mars 2005, par lkj




Kraftwerk : "Trans-Europe Express"

30 octobre 2006 [retour au début des forums]

TEE est vraiment ce qui dirais pour moi leur chef d’oeuvre avec Radio Activity ... parce que les predecesseurs c’est couci couca, mais la suite à partir de Man Machine ... c’est bon mais plus le temps passe , plus leurs musique devient garnie certe mais banale tout simplement parce que le style été creer, et ce n’est plus la grosse revolution

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Kraftwerk : "Trans-Europe Express"

23 septembre 2006 [retour au début des forums]

Je ne sais pas mais, il me semble (d’apres une impression) que l’album suivant The Man Machine, le style a bcp plus evolué, il me semble

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Kraftwerk : "Trans-Europe Express"

4 septembre 2006 [retour au début des forums]

vous dites "Krafwerk est le premier groupe à faire usage unique de synthetiseur" mais à ce temp là, il y avait aussi d’un tout autre style Tangerine Dream seulement le style est different kraftwerk : l’electrique, le mecanique et tagerine dream, le rêve , le plannage ....

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> Kraftwerk : "Trans-Europe Express"

15 mars 2005, par lkj [retour au début des forums]

Ce disque est également à l’origine du rap (Africa Bambaataa). D’ailleurs il y a un truc qui me saute aux yeux : où sont les musiques noires sur votre site ?

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